La saga du LIT
06H48 - dimanche 22 novembre 2020

Lit de réanimation, lit de (sur)vie ?

Il y a quelques mois, il ne serait venu à l’idée de personne d’aborder les lits de réanimation dans une saga du lit. Mais notre monde est aussi celui d’une pandémie dont la dangerosité n’a certes aucune commune mesure avec la peste, le choléra ou la variole, mais qui à force de tuer 50.000 personnes en France et des millions dans le monde, à force de hanter les médias et les gouvernants, a fini par hanter nos esprits.

Or si la France, au bilan sanitaire et économique hélas peu reluisant, s’en remet à un confinement partiel, bafouillant, inéquitable, ruineux et d’une efficacité discutable, c’est parce que le président de la République et son gouvernement, suivant certaines recommandations médicales, sont obsédés par la saturation des lits de réanimation, comportement symptomatique de l’échec de la prévention pourtant louée par Emmanuel Macron, alors candidat à la magistrature suprême.

Penchons-nous un instant sur ce fameux lit, si effrayant et pourtant d’autant plus précieux en ces temps de pandémie que nous en avons cinq fois moins que les Allemands. Personne ne veut en effet s’y allonger, mais tout le monde espère qu’il pourra en bénéficier si les choses devaient mal tourner.

Lit ferme, matelas confectionnés par des entreprises spécialisées, tout un monde invisible qui fait aussi notre système de santé. La literie du lit de réanimation existe ! C’est aussi cela notre système de santé.

Etre réanimé, c’est tout faire pour retourner à la vie. Telle une couveuse pour un nouveau-né prématuré, le lit de réanimation est un dispositif médical qui sauve. Il n’en existe pas un modèle unique. Autour d’un lit d’hôpital, on installe des dispositifs médicaux flexibles ou fixes visant à la prise en charge et à la surveillance du patient, en fonction de son état. Evidemment la réanimation chirurgicale n’est pas identique à la réanimation néonatale ou encore neurochirurgicale. Mais dans tous les cas, elle vise principalement à pallier à une défaillance temporaire d’un ou de plusieurs organes.

En matière de Covid-19, le patient en état critique souffre le plus souvent de détresse respiratoire aiguë, raison pour laquelle le lit de réanimation est équipé d’un respirateur artificiel, qui va alimenter le corps en oxygène le temps pour les poumons de recouvrer tout ou partie de leurs capacités. La détresse respiratoire peut être accompagnée d’une insuffisance rénale, conduisant à utiliser d’autres équipements, éventuellement aux fins de dialyse.

Ce n’est pas parce que le lit de réanimation est une merveille de technologie que le patient n’est pas entouré, surveillé, monitoré 24h/24, 7j/7, par une équipe soignante à ses petits et grands soins, prête à adapter le dispositif à l’évolution de son état. Une personne dans un lit de réanimatinon, ce sont 5 à 6 soignants qui l’entourent de leur attention, de leurs compétences, de leur affection certes professionnelle mais décisive aussi. Même si on ne peut cantonner la prise en charge hospitalière à la seule réanimation, ce sont surtout ces femmes et ces hommes, médecins, infirmiers, aides-soignants, techniciens de santé qui ont mérité pleinement les applaudissements dont ils étaient gratifiés tous les soirs du premier confinement.

Dans lit de réanimation, le patient est endormi, maintenu en coma artificiel pour faciliter les interventions lourdes destinées à le sauver et à le ramener à la vie. Impressionnant, pendant que la victime du Covid dort, les soignants lui parlent, comme s’il entendait. Et il entend peut-être, certainement pour certains. Humanité quand tu nous tiens, même au cœur d’un dispositif technologique le plus pointu.

S’agissant de la seconde vague de Covid, 70 à 80 % des patients en réanimation s’en sortent, soit davantage que lors de la première vague de la pandémie. On progresse ! Bravo, même s’ils furent 50.000 à ne jamais se remettre de leur passage dans ce fameux lit de réanimation.

Soyons optimistes, le lit de réanimation (et les équipes qui l’entourent) seront de plus en plus efficaces. À l’issue de cette épreuve, le patient devra certes passer par une phase convalescence et de rééducation. Mais il sera chez lui, dans son cocon, et il retrouvera son lit. C’est là, parmi les siens, qu’il retrouvera le goût de la vie et le moral. C’est là qu’il rechargera ses batteries en vue d’écrire une nouvelle page de sa vie, dans son lit et entouré des siens.

 

Raymond Taube