La saga du LIT
07H45 - dimanche 1 novembre 2020

L’art du lit : le lit de camp de Napoléon 1er

Les grands lits de l’histoire ! Mieux, les canapés, les couchettes, les pageots qui ont fait l’histoire ! Notre saga du lit ne manquera de les revisiter. Et nous ne pouvions commencer sans le plus illustre des Français : Napoléon Bonaparte.

Napoléon affronta, entre 1796 et 1815, sept coalitions qui tentèrent de le renverser comme héritier de la révolution française. Au cours de ces guerres qui l’opposèrent, essentiellement, à l’Angleterre, la Prusse, l’Autriche et la Russie, il participa à près de deux cent batailles dont les plus importantes furent les Pyramides, Trafalgar, Austerlitz, Iéna, Eylau, Friedland, Wagram, Moskova, Leipzig, Waterloo.

Durant son règne, il passa les deux tiers de son temps en campagne. Or son lit de campagne le suivait partout, porté par des mulets. Il installait son bivouac, généralement, au pied d’un arbre.

L’empereur dormait peu, quatre heures par jour en moyenne. En temps normal, il se couchait à 9 heures du soir, se levait à deux heures du matin pour lire les rapports des ministres ou la situation des armées. Durant des batailles qui duraient parfois trois jours, il pouvait dormir seulement une ou deux heures. Il avait la capacité de passer, en une minute, du sommeil le plus profond au réveil le plus lucide.

Son bivouac était un monument d’ingéniosité et de luxe. La tente de campagne pouvait être ovale, carrée ou ronde. Il y avait quatre tentes reliées entre elles qui constituaient ses appartements avec antichambre, salon, cabinet de travail, chambre ; son lit pliant, en fer, avec une couche, appelé « lit-parapluie » était la création d’un talentueux serrurier nommé Marie-Jean Desouches.

Napoléon l’adorait et y dormit dès 1804, l’essentiel de sa vie. Dans son bivouac, près de son lit de camp, il disposait d’un bidet réalisé par Biennais et d’un ensemble d’objets de campement, pratiques et précieux -sièges, lampes, assiettes- pour le coucher, le repas, la toilette ou le travail.

Tous ces objets étaient conçus légers et pliables pour être facilement transportables. Lit, table, fauteuil, écritoire étaient dépliés pour être utilisés et ensuite rangés dans des malles et étuis spécifiques. Mais ils n’en étaient pas moins raffinés, fabriqués en argent, en bronze ou acajou par les grands noms de l’artisanat français de l’époque, comme Jacob-Desmalters ou Thomire.

Ainsi, l’homme le plus puissant du monde passa plus de temps dans son bivouac et dans son lit pliant de campagne que dans les ors de l’Empire, à Versailles ou aux Tuileries. Une leçon pour les grands de notre monde ?

Michel Scarbonchi