
Les présidents français et indonésien s’estiment traditionnellement. Car les deux personnages représentent des nations qui tendent à s’imaginer non-alignés.
Pour l’Indonésie, la chose est naturelle, car il y a une volonté en haut lieu d’avoir un solide allié occidental. Dans le même temps, une volonté française existe, sur une génération au moins, pour s’ancrer à un pays d’Asie du Sud-Est dans ce qui était une tentative de rester pertinent en Asie généralement.
Or il y a une question de taille, de volonté, de vision, et de goût. Prenons la taille : l’archipel indonésien est certes plus grand, mais la France est aussi un archipel, insulaire, et la géostratégie française cherche des relations spéciales, des pôles, des alliances multiples et spécifiques. Un non-alignement partagé.
Le rapprochement entre les deux pays devrait se passer de manière naturelle. La République de Corée (du Sud), le Japon, même Taïwan nous ont attiré un moment. Or si nos relations restent excellentes avec tous ces pays, et sans exclure d’autres pays comme la Thaïlande et le Vietnam, la taille et la situation ne correspondaient pas entièrement, et partout la concurrence avec les États-Unis voire avec la Chine fait rage.
Et toujours dans cette logique, les stratèges français ont avancé l’idée de l’Indopacifique. Sous Emmanuel Macron cette notion monte en flèche avec la publication en 2021 d’une Stratégie à cet effet. Ce document de 67 pages avait tout pour plaire à des aventuriers du grand large. Des théories d’équilibre stratégique, des chantiers d’expansion commerciale et culturelle, des influences exotiques à ingérer, des cartes géographiques colorées dans le style universitaire – tout était là pour frapper les élus, les milieux économiques, les étudiants, les militaires, les missionnaires, les entrepreneurs. Tout cela a marqué notre passé colonial, mais aujourd’hui il n’y a pas de conquête, pas de domination, seulement de la coopération.
Et voilà que la République d’Indonésie suit une trajectoire similaire. Depuis 1965, l’influence américaine anti-communiste était suprêmement active. Mais une capacité d’égalité parfaite n’y était pas. La France, si elle peut traiter à égalité avec l’Indonésie, ne peut prétendre la protéger contre la République populaire de Chine. Mais elle peut s’associer à elle, lui apporter armes et moyens d’en fabriquer, et peut entrer dans une relation de proximité qui tient de l’affect. Les Français peuvent être comme cela.
Or voici que l’Indonésie n’est pas alliée des États-Unis, n’est plus d’une utilité absolue pour la vision indopacifique américaine – les États-Unis aussi en ont une de 19 pages, publiée en 2020 sous Joe Biden. Mais toujours l’Indonésie n’est pas centrale pour Washington.
Et voilà notamment pourquoi la France et l’Indonésie peuvent et doivent se rapprocher. L’Australie est un facteur crucial à cet égard : le pays est un allié par traité des États-Unis, mais le gouvernement conservateur avait choisi la France pour construire des sous-marins franco-australiens pour la marine australienne. Nous connaissons le revirement spectaculaire du gouvernement de Tim Morrison, en septembre 2021, qui enterra le projet déjà entamé de partenariat militaire franco-australien, dans une brouille intense. L’Australie entra dans un accord avec les États-Unis et le Royaume-Uni, AUKUS. La stratégie indopacifique française était en danger, et c’est alors que l’Indonésie fut là pour tout remettre sur de nouveaux rails !
Et là entra en compte un facteur sentimental du côté indonésien : les élites indonésiennes, économiques et culturelles, ont toujours manifesté leur intérêt dans la France. Les archéologues français sont parmi les plus présents, une véritable tradition française menée par le Museum National d’Histoire Naturelle. La musique indonésienne, le gamelan balinais et aussi javanais, est prisée en France. Les Musées Branly et Guimet ont souvent promu les thèmes indonésiens.
Enfin, l’Indonésie n’a aucun contentieux avec la France. Emmanuel Macron et Joko Widado puis Prabowo Subianto sont proches. De nombreux tête-à-tête entre Macron et Prabowo ont déjà eu lieu. Le défilé de militaires indonésiens sur les Champs-Élysées, et l’offre toute récente de Prabowo d’envoyer 20 000 militaires indonésiens à Gaza pour faciliter la paix, illustre une forte coopération diplomatique franco-indonésienne.
Ceci peut continuer, sans risque de revirement, sans mécontenter quiconque, et dans l’enrichissement mutuel. Les raisons objectives et affectives de l’amitié entre la France et l’Indonésie sont bien vivantes.
Harold Hyman
Journaliste spécialisé en questions internationales
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Dossier L’Indonésie à Paris
A l’occasion de la visite d’État du président Prabowo Subarto en France le 28 mai 2026, Opinion Internationale publie une édition spéciale Indonésie. Entretiens avec ces Français à la pointe du rapprochement économique des industriels français et indonésiens, analyse du journaliste géopolitique Harold Hyman, portrait du plus francophile des dirigeants asiatiques, ce dossier est un appel aux chefs d’entreprise français : investissez dans le plus grand marché du sud-est asiatique ! |
Au sommaire :
Prabowo Subianto, cet ami inattendu de la France
Harold Hyman : l’inévitable Win Win de la relation Indonésie-France
Ce dossier inaugure une nouvelle rubrique à la Une d’Opinion Internationale : Opinion Indonesia.
Un dossier réalisé en partenariat avec Relecom & Partners, acteur stratégique du rapprochement franco-indonésien.
















