Edito
12H52 - lundi 16 mars 2026

Municipales : quand la France profonde résiste encore et toujours aux sirènes des extrêmes. L’édito de Michel Taube

 

Municipales : quand la France profonde résiste encore et toujours aux sirènes des extrêmes. L’édito de Michel Taube

Commettre un édito de portée nationale est profondément anachronique tant les électeurs décident ou non de se rendre aux urnes et de voter pour tel ou tel candidat dans leur commune en fonction d’enjeux locaux, d’adhésion à telle ou telle personnalité, bien plus que de considérations idéologiques. Il y a de bons maires et de mauvais maires, de droite, du centre ou de gauche.

Ceci dit, le premier tour des 34 875 élections municipales de 2026 nous éclaire sur quelques tendances profondes qui travaillent la société française.

Tout d’abord, l’érosion du taux de participation électorale continue d’inquiéter et de souligner combien le divorce entre les Français et le monde politique est profond. À part dans quelques villes comme Paris, où la participation électorale a été importante, le parti de l’abstention, avec 43 % d’abstentionnistes, soit 7 % de plus qu’en 2014, progresse d’élection en élection.

Ensuite, les échecs patents des instituts de sondage se confirment une fois de plus. Voilà des années que nous insistons sur l’insondabilité des Français, qui cachent de plus en plus leur vote aux instituts de sondage et dont la volatilité électorale a pris des proportions considérables. À Paris, Nice, Lyon ou Marseille, les résultats des élections municipales n’ont pas du tout été anticipés par les instituts. Il serait vraiment temps que la dictature des sondages soit remise en question par les leaders d’opinion censés éclairer le débat public. Il fut un temps, lors de la présidentielle 2022 ; où Ouest France – et Opinion Internationale ! – avaient décidé de ne pas relayer les sondages. Une idée à suivre pour le second tour des municipales ?

Sur le fond, saluons les maires réélus dès le premier tour. Tout d’abord dans ces milliers de communes où une seule liste était en lice, comme Christophe Rogy, maire de Rémilly, que nous interviewions la semaine dernière. Mais aussi David Lisnard à Cannes (avec 81% des voix, le président de l’AMF fait le seul score de maréchal ou de dictateur africain qui ne soit pas truqué, bravo l’artiste), Jean-Philippe Dugoin-Clément à Mennecy, Sébastien Leclerc à Lisieux, Patrick Casagrande à Aurillac ou encore Lamia Bensarsa Reda à Juvisy-sur-Orge, Robert Ménard à Béziers, connus des lecteurs d’Opinion Internationale.

D’un point de vue national donc, à quelques rares exceptions concentrées dans certaines métropoles, les trois forces politiques qui avaient le vent en poupe au niveau national depuis une décennie, Renaissance, le Rassemblement national et La France insoumise, peinent à s’imposer dans la démocratie locale.

Certes, LFI conquiert ou s’apprête à conquérir quelques villes du Nord de la France, comme Roubaix l’islamisée, mais aussi la ville de Saint-Denis, deuxième commune d’Île-de-France avec 150 000 habitants, arrachée aux socialistes. Certes, LFI réussit ici et là à prendre en otage le parti socialiste comme à Toulouse où une alliance de la honte se fomente pour battre le maire divers droit, Jean-Luc Moudenc.

De son côté, le Rassemblement national continue à progresser : Éric Ciotti est en passe de ravir la mairie de Nice à Christian Estrosi, mais on est loin d’une vague « bleu marine » dans toutes les villes où le RN a présenté des candidats. Dans le Nord, Lens, Calais et Boulogne-sur-Mer devraient ainsi échapper au RN.

Mais une fne fois de plus, comme si un plafond de verre démocratique résistait encore et toujours, le fossé que nous soulignions dans un précédent édito entre ce paysage politique national — où le RN et LFI occupent largement le terrain à l’Assemblée — et la France des territoires, où les socialistes et Les Républicains, très implantés dans les villes de taille moyenne, dominent encore largement le spectre politique, n’est pas près de se refermer.

« Dans près de 50 % des villes de plus de 9 000 habitants, c’est un candidat Les Républicains ou une liste alliée qui arrive en tête », affirmait hier soir Bruno Retailleau. LR résiste donc plutôt bien, même si le parti restera une fois de plus absent de la conquête des grandes métropoles françaises. Ceci dit, à Grenoble par exemple, Alain Carignon est dans une bonne posture.

Enfin (ou presque) à Paris, l’union impossible entre Sarah Knafo et Pierre-Yves Bournazel autour de Rachida Dati montre bien que la division des droites peut ouvrir un boulevard à la gauche la plus sectaire. Nous y reviendrons demain.

Au final, les nouveaux partis — la macronie hors jeu (aucun macroniste n’a été élu maire au premier tour), le RN et LFI — n’arrivent toujours pas à s’implanter durablement dans la démocratie municipale. Mais il faudra attendre le second tour pour savoir si LFI à gauche et le RN à droite ont réussi à empêcher les socialistes, les écologistes d’un côté, et les Républicains de l’autre, à se maintenir.

 

Michel Taube

Directeur de la publication