
Le football survivra-t-il à ceux qui prétendent le servir ? À voir le spectacle offert ces derniers mois par la FIFA et son président Gianni Infantino, la question mérite d’être posée. La Coupe du monde demeure sans doute le plus grand événement sportif de la planète. Mais pour combien de temps encore ? Lorsqu’un journal comme L’Équipe met en scène Donald Trump tenant dans ses mains à la fois Gianni Infantino et le trophée mondial, c’est toute une époque qui se dévoile. Une époque où le sport semble parfois n’être plus qu’un accessoire du pouvoir.
On pourrait d’ailleurs inverser l’image. Qui manipule qui ? Trump instrumentalise-t-il la FIFA pour sa propre communication planétaire ? Ou bien Infantino utilise-t-il la puissance politique américaine pour renforcer son empire footballistique ? Une chose est certaine : cette proximité assumée entre le président des États-Unis et le patron du football mondial brouille dangereusement les frontières entre le sport, la politique et les affaires.
Les critiques se multiplient. Elles ne viennent pas seulement des opposants habituels à la FIFA. Elles sont relayées par une partie de la presse sportive elle-même. Un arbitre somalien, pourtant désigné pour participer au Mondial, a été refoulé à son arrivée sur le territoire américain malgré un visa valide. La FIFA s’est contentée de constater les dégâts sans véritablement défendre l’un des siens. Des membres de délégations étrangères ont également signalé des contrôles particulièrement intrusifs. Des joueurs sénégalais ont été fouillés dès leur descente d’avion. Des inquiétudes persistent autour de la participation de certaines sélections, notamment l’Iran, dans un contexte géopolitique explosif.
À cela s’ajoutent des reproches plus anciens mais toujours plus vifs : inflation du nombre d’équipes, explosion du calendrier, billets à des prix parfois prohibitifs, gigantisme des infrastructures, logique commerciale omniprésente. Beaucoup dénoncent une FIFA davantage préoccupée par ses recettes et son influence que par l’esprit du jeu. Même certains observateurs favorables à l’expansion du football mondial évoquent désormais un mélange d’appât du gain, de vanité et de démesure.
Et pourtant. Malgré les calculs des dirigeants, malgré les stratégies des puissants, malgré le business qui envahit chaque recoin du football moderne, quelque chose résiste. Dès que le ballon roule, les manœuvres des états-majors s’effacent peu à peu. Les supporters ne vibrent pas pour les contrats commerciaux. Ils vibrent pour les exploits, les surprises, les émotions, les larmes et les joies que seul le football sait offrir.
Plus la compétition avancera, plus les joueurs reprendront le pouvoir sur les communicants, les financiers et les politiques. Plus on se rapprochera de la finale, plus le terrain reprendra ses droits sur les arrière-cuisines du pouvoir.
Le football est plus grand que ceux qui le dirigent. Heureusement. Même aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique qui accueillent la Coupe du monde 2026.
Vive le foot !
Michel Taube




















