Opinion Outre-Mer
09H51 - jeudi 11 juin 2026

Yan Monplaisir : la Martinique doit choisir l’émancipation, pas la rupture.

 

Les déclarations de Jean-Luc Mélenchon ce jour ont le mérite de la clarté. Elles confirment l’existence d’une convergence politique entre La France insoumise et certains responsables martiniquais qui considèrent que l’avenir de notre territoire passe par une remise en cause toujours plus poussée des liens qui l’unissent à la France et à l’Europe.

Cette position mérite d’être entendue. Mais elle mérite également d’être discutée.

Car derrière les discours et les postures, une question fondamentale se pose : quel avenir voulons-nous construire pour la Martinique ?

Depuis plusieurs années, certains députés et responsables indépendantistes développent un récit politique fondé sur la dénonciation permanente de l’État et de la France. Les difficultés économiques, les tensions sociales, les insuffisances des politiques publiques ou encore les retards de développement seraient la conséquence directe de notre appartenance à la République.

Cette lecture des réalités martiniquaises est à la fois incomplète et dangereuse.

Incomplète, parce qu’elle passe sous silence les responsabilités locales, les mutations économiques mondiales et les défis structurels auxquels sont confrontés l’ensemble des territoires insulaires de la Caraïbe.

Dangereuse, parce qu’elle entretient l’idée que la rupture constituerait à elle seule une solution aux difficultés que rencontrent les Martiniquais.

Pour ma part, je crois à une autre voie.

Je crois à une Martinique fière de son identité, consciente de son histoire et déterminée à maîtriser davantage son destin.

Je crois à une Martinique qui valorise sa culture, sa langue, son patrimoine, son intelligence collective et ses ressources propres.

Je crois à une Martinique qui développe une économie plus autonome, plus innovante et davantage ancrée dans ses réalités locales.

Je crois à une Martinique qui renforce ses relations avec les peuples de la Caraïbe, qui multiplie les coopérations régionales et qui assume pleinement sa vocation de carrefour entre l’Europe, les Amériques et le bassin caribéen.

Mais je refuse de confondre émancipation et rupture.

Car il serait irresponsable d’ignorer les réalités économiques et sociales qui sont les nôtres.

Notre appartenance à la République française et à l’Union européenne ne constitue pas seulement un héritage historique. Elle représente aussi un cadre de stabilité, de solidarité et de protection dont bénéficient quotidiennement les Martiniquais.

Notre système de santé, notre protection sociale, nos retraites, notre école, nos infrastructures publiques, nos dispositifs de solidarité et une part importante de nos investissements reposent sur des mécanismes dont beaucoup de peuples de notre environnement régional ne disposent pas.

Cela ne signifie pas que nous devons nous satisfaire de la situation actuelle. Bien au contraire.

Nous devons être plus exigeants envers l’État. Nous devons revendiquer davantage d’efficacité, davantage d’écoute et davantage de moyens lorsque cela est nécessaire.

Mais nous devons également avoir l’honnêteté de reconnaître ce que nous apporte notre appartenance à l’ensemble national et européen.

L’avenir de la Martinique ne se résume pas à un choix entre soumission et indépendance.

L’avenir de la Martinique réside dans une ambition plus moderne et plus réaliste : davantage de responsabilités locales, davantage de développement endogène, davantage d’ouverture caribéenne, davantage de confiance dans les capacités des Martiniquais, tout en préservant les solidarités et les garanties qui constituent aujourd’hui un atout majeur pour notre population.

C’est cette voie d’émancipation responsable que je défends.

Une Martinique pleinement martiniquaise.

Une Martinique pleinement caribéenne.

Une Martinique pleinement actrice de son avenir.

Mais une Martinique qui ne tourne pas le dos à la France ni à l’Europe, parce qu’elle sait que sa force réside précisément dans sa capacité à conjuguer identité, ouverture et solidarité.

Yan Monplaisir
Maire de Saint Joseph. Martinique