
Il y a eu Orange mécanique, dans les années 1970, et sa mise en scène glaçante de l’ultraviolence. Il y a désormais ce que j’appellerai la génération Halloween : celle qui transforme la colère en spectacle, le masque en protection et la destruction en langage politique. Une génération définie moins par son âge que par son rapport à la République : ses institutions seraient illégitimes, ses policiers forcément coupables, ses règles bonnes à piétiner. Entre la brutalité des casseurs et le romantisme révolutionnaire de certains bobos de gauche, c’est toujours la même France qui risque de payer : celle qui travaille, tient un commerce, élève ses enfants et aspire à vivre tranquillement.
Pour ce samedi 31 octobre, les avertissements sont explicites. Laurent Nuñez annonce la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes et décrit une journée à risque très élevé de troubles à l’ordre public. Selon le ministre de l’Intérieur, des appels diffusés sur les réseaux sociaux, issus notamment de mouvances d’ultragauche et de certains réseaux de gilets jaunes radicalisés, encouragent l’insurrection, les pillages et les saccages. Halloween pourrait ainsi fournir un décor et des déguisements à ceux qui cherchent l’affrontement. Tout doit être fait pour empêcher ce scénario. Une fête ne saurait devenir un permis de terroriser les autres.
La séquence dépasse d’ailleurs la seule nuit d’Halloween. La Coordination des gilets jaunes avait donné rendez-vous devant l’Assemblée nationale vendredi 30 octobre au soir. Elle appelle également à des rassemblements devant les mairies samedi, puis prépare une grève et un blocage généralisé à partir du 5 novembre. Manifester est un droit ; appeler à manifester ne constitue évidemment pas un appel à casser. Mais après les violences et les pillages du 17 octobre, les organisateurs ont une responsabilité particulière : prévenir les débordements, isoler ceux qui les recherchent et refuser que les revendications sociales leur servent de couverture.
La jeunesse mérite mieux que la stratégie de l’affrontement
Ce week-end sous tension précède la rentrée scolaire et la poursuite annoncée des mobilisations lycéennes et étudiantes. Le gouvernement a pourtant présenté des réponses, notamment un plafonnement progressif des classes de seconde à 28 élèves et la création de postes d’enseignants. Ces engagements devront être précisés, financés et tenus. Les contester ou les juger insuffisants reste parfaitement légitime. Mais si aucune avancée ne permet jamais de desserrer la confrontation, alors une question politique se pose : cherche-t-on encore à améliorer les conditions d’études, ou veut-on entretenir une crise jusqu’à l’épuisement du pays ?
La France insoumise, qui soutient activement cette mobilisation, doit répondre à cette question. Jean-Luc Mélenchon a condamné les violences tout en encourageant le mouvement : cette condamnation doit trouver une traduction constante dans les discours et dans les actes. On ne peut pas prétendre protéger la jeunesse sans lui rappeler aussi les limites qu’impose la vie démocratique. Un adolescent mérite davantage que de devenir le figurant d’une stratégie présidentielle. La responsabilité d’un dirigeant politique consiste à ouvrir des perspectives, à défendre des propositions et à obtenir des résultats. Elle exige aussi de dire clairement à ses soutiens qu’aucune colère ne justifie d’incendier une école ou de s’attaquer à un policier.
La République, elle aussi, doit être à la hauteur. Protéger les manifestations pacifiques, les habitants, les commerces et les établissements scolaires relève d’une même obligation. L’autorité publique perd sa crédibilité lorsqu’elle laisse les violences s’installer ; elle la compromet également lorsqu’elle renonce à la maîtrise et à la proportionnalité de son action. Nous avons besoin d’un État ferme, cohérent, capable de faire respecter ses décisions et de tenir ses engagements. Les Français ne peuvent pas vivre chaque fin de semaine dans l’attente des prochaines vitrines brisées, des prochains incendies et du prochain bilan de blessés.
Après le 17 octobre, nous ne devons pas nous habituer à organiser notre vie autour de la menace des casseurs. Une génération abandonnée au ressentiment peut laisser des blessures durables dans un pays. Voilà pourquoi il faut combattre cette culture de la violence, mais aussi offrir à la jeunesse mieux que ses slogans : une école qui instruit, un travail qui permet d’avancer, des institutions qui inspirent confiance. La République a le devoir de lui transmettre un avenir. Elle a tout autant le devoir d’empêcher ceux qui veulent le brûler d’imposer leur loi.
Michel Taube




















