
Gabriel Attal vient donc de proposer l’organisation d’une « grande primaire des démocrates ». Enfin, serait-on tenté de dire. À condition de ne pas avoir écouté les réactions qui ont immédiatement suivi. Du côté d’Édouard Philippe, la porte reste fermée. Dans l’entourage de Bruno Retailleau, le projet est déjà enterré. Avant même de discuter du calendrier, des règles ou du programme, chacun a regagné sa position et remonté le pont-levis. Voilà où nous en sommes : tous prétendent vouloir sauver la France, mais aucun ne semble disposé à commencer par renoncer à lui-même.
Encore faudrait-il savoir qui Gabriel Attal entend réunir. En laissant ouverte l’hypothèse d’une participation de Raphaël Glucksmann, le patron de Renaissance ajoute à l’urgence électorale une confusion politique dont personne n’avait besoin. Quel projet de gouvernement commun entre le candidat de la gauche sociale-démocrate, Bruno Retailleau et David Lisnard ? Quels accords sur la dépense publique, la fiscalité, l’immigration, l’autorité ? On peut partager un attachement à la démocratie et défendre des choix profondément différents pour le pays. Prétendre régler ces divergences par une procédure de sélection, c’est préparer les désaccords du lendemain avant même d’avoir remporté l’élection.
Le rassemblement exige une direction. Les Français ont le droit de savoir pour quoi on leur demande de voter, quelles réformes seront engagées et quels renoncements seront assumés. À force de vouloir accueillir tout le monde sous une même bannière, on finit par ne plus rien y inscrire de lisible. Après tant d’années de macronisme, faudrait-il vraiment leur proposer une nouvelle saison du « en même temps », avec davantage de candidats au générique ?
Mais cette incohérence ne saurait exonérer ceux qui refusent toute méthode pour se départager. Comme nous l’écrivons depuis des semaines, une primaire des héritiers de la macronie et de la droite républicaine aurait dû être préparée depuis des mois. Dès la dissolution de 2024, il fallait comprendre que la dispersion pouvait devenir mortelle. Il fallait débattre, fixer un périmètre, établir des règles et s’engager à les respecter. Ils ont préféré attendre. Chacun espérait que le voisin s’effondrerait assez vite pour lui épargner l’effort d’un accord.
Reste une issue : un conclave. Que les dirigeants se réunissent, confrontent leurs projets et arrêtent une méthode pour désigner celui qui les représentera. Qu’ils prennent, ensemble, un engagement public de soutien au candidat retenu. Et que personne ne songe à oublier David Lisnard, dont la progression dans plusieurs enquêtes d’opinion mérite d’être enfin prise au sérieux. Lui défend depuis longtemps le principe d’une primaire. Il aurait quelque raison de sourire en voyant ses concurrents découvrir aujourd’hui la nécessité de se départager, si la situation du pays permettait encore de goûter ce genre d’ironie.
Cette solution par les chefs devrait convenir à une droite qui parle si volontiers d’autorité, de décision et de responsabilité. Encore faudrait-il qu’elle s’applique ces exigences à elle-même. Comment prétendre restaurer l’autorité de l’État lorsqu’on est incapable de faire respecter un engagement collectif entre quelques dirigeants ? Comment demander demain des efforts aux Français lorsqu’on refuse aujourd’hui le moindre sacrifice personnel ?
Avouons-le : même à ce sursaut, nous avons de plus en plus de mal à croire. Les discours sur l’intérêt général se multiplient, les candidatures aussi. Chacun prépare déjà les arguments qui permettront d’imputer la défaite aux autres. Et pendant que ces messieurs se disputent la première place dans leur camp, ils prennent le risque de priver leurs électeurs de toute place au second tour.
La machine à perdre de la droite la plus bête du monde tourne à plein régime. Elle peut emporter avec elle bien davantage que quelques ambitions présidentielles : la possibilité d’offrir au pays une alternative cohérente et capable de gouverner. Le suicide collectif n’a pourtant rien d’inévitable. C’est précisément ce qui rend leur obstination impardonnable.
Michel Taube





















