Edito
18H13 - samedi 24 octobre 2026

La protection rapprochée des candidats, un enjeu clé de la présidentielle. L’édito de Michel Taube

 

La protection rapprochée des candidats, un enjeu clé de la présidentielle. L’édito de Michel Taube

Le soir même de son éclatante victoire à la primaire de la gauche sociale-démocrate, le 11 octobre, Raphaël Glucksmann a été enfariné à Paris. Quelques heures après sa désignation, un homme pouvait donc l’atteindre physiquement. Plusieurs responsables, dont Jordan Bardella et la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, ont condamné cette agression. Il aurait fallu que cette condamnation soit un réflexe unanime, immédiat, sans arrière-pensée partisane de tous les leaders politiques.

De la farine, dira-t-on. Mais qui pouvait, au moment du geste, garantir la nature de ce qui était projeté ? Un enfarinage et une tentative d’assassinat sont évidemment des actes de gravité différente mais le processus d’agression peut être le même.

Doit-on le rappeler ? Aux États-Unis, Donald Trump a été visé à Butler, en Pennsylvanie, le 13 juillet 2024, puis par une nouvelle tentative d’assassinat à West Palm Beach, en Floride, le 15 septembre suivant. Ces événements ont rappelé qu’une campagne électorale pouvait basculer en quelques secondes, avec des conséquences incalculables pour tout un pays.

La France a connu aussi cette histoire. Charles de Gaulle échappa à l’attentat de Pont-sur-Seine le 8 septembre 1961, puis à celui du Petit-Clamart le 22 août 1962. Le 14 juillet 2002, Jacques Chirac fut visé par un tir de Maxime Brunerie pendant le défilé militaire sur les Champs-Élysées. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 5 au 6 octobre 2002, vers 2 h 30, Bertrand Delanoë était poignardé dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, au cours de la première Nuit blanche. Le maire avait ouvert la mairie aux Parisiens pour une fête populaire. La violence s’y était invitée.

La protection des dirigeants a donc toujours préoccupé les États. Mais la montée d’une violence désinhibée et de la haine de l’adversaire devenu ennemi donne aujourd’hui à cette question une urgence particulière.

La présidentielle de 2027 se prépare dans ce climat de tensions et de violences qui fait craindre des dérives insurrectionnelles.

La protection des candidats, des équipes et du public doit donc être considérée comme une condition du bon déroulement du scrutin. La liberté de se présenter devant les Français suppose de pouvoir aller à leur rencontre sans risquer sa vie et la leur.

L’État dispose pour cela de professionnels spécialisés. Le Service de la protection, le SDLP, appartient à la Police nationale. Sa sous-direction de la protection des personnes assure notamment la protection rapprochée ou l’accompagnement de sécurité des personnalités auxquelles ces mesures sont accordées. Le président de la République en exercice relève, quant à lui, du Groupe de sécurité de la présidence de la République, le GSPR, composé de policiers et de gendarmes et rattaché à la Direction de la sécurité de la présidence de la République.

La sécurité du président à l’intérieur du Palais de l’Élysée est dévolue au département des Équipes de sécurité, composée de gendarmes de la CSPR, compagnies de sécurité de la présidence de la République, gardes républicains, rattachés à cette même DSPR.

Autour des déplacements et des rassemblements du président, les forces territoriales de police et de gendarmerie concourent également à la sécurité, sous l’autorité compétente.

Pour les candidats à la présidentielle, le principe est celui d’une protection adaptée à la menace. Le ministère de l’Intérieur décide des mesures à accorder à partir des évaluations des services spécialisés, notamment de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste, l’UCLAT. Une protection peut être mise en place avant même la campagne officielle lorsqu’une personnalité est menacée. Le dispositif doit ensuite évoluer avec son exposition et les risques identifiés. Il ne s’agit donc pas d’attribuer mécaniquement le même accompagnement à chacun : les situations diffèrent, et les besoins changent au fil de la campagne.

Cette protection repose sur un travail collectif d’anticipation, de préparation des déplacements, de coordination et d’adaptation entre les équipes des candidats et les pouvoirs publics.

Les candidats disposent évidemment de leurs propres équipes : un responsable de sécurité, des professionnels de la protection physique, des prestataires chargés de la sûreté des événements et un service d’ordre pour leur organisation, parfois bénévoles, parfois professionnels. Ces fonctions doivent être clairement réparties. La protection physique professionnelle relève d’une activité réglementée, exercée par des agents titulaires de la carte professionnelle correspondante délivrée par le CNAPS. La coordination avec les policiers et les gendarmes est essentielle pour que chacun connaisse ses responsabilités.

Au Rassemblement national, un nom incarne cette continuité : Thierry Légier. Il a longtemps protégé Jean-Marie Le Pen, puis Marine Le Pen. Les informations les plus récentes le présentent désormais auprès de Jordan Bardella. Son parcours illustre la place particulière qu’occupe un protecteur dans l’entourage d’un dirigeant : une présence durable, une connaissance des habitudes, une relation de confiance construite au fil des années. Cette proximité impose en retour une rigueur professionnelle constante.

 

De l’art de protéger

Tous ces agents de protection doivent permettre au candidat de rencontrer les citoyens tout en préservant sa sécurité. Voilà une difficulté majeure de leur métier : une campagne exige du contact, de la disponibilité, parfois de la spontanéité. Le responsable de la protection doit composer avec cette réalité, faire comprendre les contraintes et obtenir la confiance de la personnalité accompagnée. L’expérience, le discernement et la discrétion comptent autant que les capacités d’intervention.

Mike Agency Protect - La protection rapprochée des candidats, un enjeu clé de la présidentielle. L’édito de Michel Taube

Comme nous le confie Mike ([nos photos], président de MIKE AGENCY PROTECT, qui a participé à la protection de quatre présidents de la République et en a été leur épaule, lequel dirige aujourd’hui une société de sécurité au concept 360°, la sécurité des personnalités les plus exposées suppose une appréhension globale des risques, bien au-delà de la seule présence d’un garde du corps.

Pour Mike, « prévenir, anticiper, sécuriser l’environnement, les données ou les informations mais aussi les téléphones portables et les véhicules, penser aux interactions entre le candidat et ses proches qui peuvent laisser percer des failles dans la sécurisation de la personne, telle est l’approche 360° qui permet une approche plus efficace de la sécurité des candidats ».

Cette protection rapprochée repose aussi sur cet art subtil que nous pourrions appeler une « distance rapprochée » entre le responsable de la protection et le candidat ou la candidate.

La formule dit beaucoup. Être suffisamment proche pour comprendre, anticiper et intervenir, tout en conservant la distance nécessaire à son jugement professionnel et pour laisser au candidat sa liberté d’être au contact de ses militants et de la foule.

Connaître la personnalité sans se laisser absorber par son entourage. Savoir exprimer une réserve, faire entendre une consigne, maintenir une vigilance que la fatigue et la répétition des déplacements mettent à l’épreuve. Cette relation humaine constitue une dimension essentielle de la protection.

Espérons que, dès maintenant, l’État apporte un appui adapté à tous les candidats dont la candidature se construit sérieusement, avec une perspective crédible de réunir les 500 parrainages d’élus habilités et les moyens de mener campagne. Il faut anticiper cette préparation avec leurs équipes. Et lorsqu’une menace est avérée, la protection doit répondre au danger, quel que soit le poids électoral de la personne visée. La sécurité d’un candidat ne saurait dépendre de sa popularité ni de sa proximité avec le pouvoir.

Il est inutile d’avoir lu Les Deux Corps du roi d’Ernst Kantorowicz pour comprendre la portée symbolique d’une attaque contre un dirigeant. Derrière le corps physique se trouvent une fonction, des convictions, des électeurs. Atteindre la personne physique qui aspire à la magistrature suprême, c’est s’attaquer à la République.

Pour le responsable politique comme pour tout citoyen, la sécurité physique conditionne l’exercice des autres libertés. Merci à toutes celles et à tous ceux qui consacrent leur vie, et parfois la sacrifient, à protéger les personnes exposées à la violence. Leur discrétion les tient souvent à distance de la reconnaissance publique. Notre démocratie leur doit pourtant beaucoup.

 

Michel Taube

Michel Taube

Le Pen condamnée mais présidentiable : l'humiliation ou la justice face aux politiques. L'édito de Michel Taube
Directeur de la publication