Edito
08H37 - vendredi 23 octobre 2026

Marine Hannouna et Jérôme Lades : « il faut un « quoi qu’il en coûte sécuritaire  » pour rétablir l’ordre contre le chaos des insoumis »

 

Marine Hannouna et Jérôme Lades : « il faut un "quoi qu’il en coûte sécuritaire " pour rétablir l’ordre contre le chaos des insoumis »

« S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent me chercher », énonçait le Président de la République, Emmanuel Macron le 24 juillet 2018 lorsqu’il faisait face à l’une de ses premières crises politiques, la fameuse affaire Benalla.

L’attitude arrogante comme moyen de respectabilité est une empreinte forte des deux quinquennats du plus jeune dirigeant de la Ve République.

Bien au-délà de son indignité institutionnelle, cette prise de parole traduisait une forme d’égo incompatible avec le principe de responsabilité, mais utilisée pour compenser un manque d’autorité et de charisme de son auteur. L’allocution du chef de l’État dimanche 18 octobre 2026, aux accents contrits face à l’effarante réalité, trahissait une panique que le pouvoir n’a plus les moyens de dissimuler.

C’est pour cette raison que le chef du Gouvernement, Sébastien Lecornu, envisage de déclencher la procédure de l’État d’urgence, une mécanique de rétablissement de l’ordre déployée lors de la vague d’attentats terroristes de 2015 par François Hollande.

 

Le 17 octobre 2026 : un avant-goût d’une police désarmée en cas de victoire de LFI en 2027

Comment expliquer une telle défaillance des services de renseignement ? Alors que le ministère de l’Intérieur prévoyaient 180 000 à 200 000 manifestants pour ce seul samedi 17 octobre 2026, ce sont finalement plus de 550 000 personnes qui ont déferlé sur le territoire national.

En face, le dispositif initial de 12 000 forces de l’ordre s’est révélé dramatiquement insuffisant, contraignant l’exécutif à jeter en urgence 60 000 agents dans la bataille. À cette impréparation humaine s’ajoute aussi une insuffisance des moyens matériels. En pleine manifestation, les agents tombent en pénurie de gaz lacrymogène, une aubaine supplémentaire pour les pilleurs venus en masse pour détruire tout ce qui symbolise notre pays. Les leçons des émeutes de 2023 n’ont manifestement pas été tirées : le renseignement a totalement sous-estimé l’ampleur de la mobilisation et la capacité de destruction de ces groupuscules d’ultra-gauche.

Faute d’anticipation, des choix tragiques et peu stratégiques ont dû être imposés dans l’urgence. Selon les informations communiquées par des agents de la police nationale, la priorité a été légitimement accordée à la défense des bâtiments institutionnels pour éviter l’effondrement de l’appareil d’État.

Tout le reste a dû hélas être abandonné, quitte à renoncer à la mission fondamentale de protéger les personnes et les biens. Des policiers municipaux, dont le maintien de l’ordre n’est ni leur vocation ni leur dimension, ont été envoyés en première ligne. En conséquence, presque un millier de forces de sécurité ont été blessés sur ce seul jour de mobilisation.

Ces défaillances logistiques se sont accumulées. À l’exception des CRS et des gendarmes mobiles, l’immense majorité des agents ont été privés de véhicules blindés ou protégés contre les projectiles. Pire encore, les restrictions de stocks imposées en début de semaine sur les lanceurs de balles de défense (LBD) témoignent de ce désarmement.

En définitive, la réduction drastique des effectifs d’armuriers et du personnel chargé de gérer les stocks a conduit à une perte de contrôle totale sur le suivi des lots et des munitions.

Le chaos s’est donc installé à Paris, dans de nombreux quartiers comme le 11e arrondissement, mais aussi l’un des quartiers les plus chics de la capitale avec l’accaparement de la Place Vendôme. Un désastre qui aura des répercussions néfastes sur le tourisme et sur notre capacité à se redresser économiquement.

Mais le chaos s’est simultanément diffusé dans la plupart des grandes villes de France, avec, comme pillage stratégique, la mairie de Marseille, l’Office de Tourisme de Lyon, l’avenue Sainte-Catherine de Bordeaux ou encore le mythique Hôtel de ville de Limoges. Comment allons-nous répondre à ce désastre alors qu’Emmanuel Macron nous laissera avec un patrimoine de plus de 3 500 milliards de dettes ?

 

De l’arrogance à la repentance : Emmanuel Macron signe une rupture morale entre le pouvoir et sa police

L’imprépation matérielle a trouvé son équivalent moral dans la gestion politique des forces de l’ordre. La Police nationale est la corporation la plus contrôlée de France. En 2024, près de 914 enquêtes de l’IGPN ont été diligentées, soit presque trois nouveaux dossiers par jour. En écho à cette mise sous pression permanente, Laurent Nunez annonçait encore, le 13 octobre dernier, l’ouverture de 36 nouvelles procédures à l’endroit de fonctionnaires intervenant sur le terrain lors des émeutes lycéennes.

Sous l’uniforme, ce sont des agents lessivés, hantés par la crainte à l’approche de chaque rassemblement, conscients que les ordres de leur hiérarchie seront déconnectés du réel. Si les chiffres officiels des arrêts maladies restent tabous, les syndicats policiers sont alertés sur une flamblée sans précédent, notamment lors de la précédente crise agricole. Certains pics locaux de +26% à 29% ont été recensés en l’espace d’une semaine. L’absentéisme des agents n’est pas une défaillance, mais un marqueur du délitement de la sûreté nationale. Les derniers 144 000 policiers tiennent encore grâce à l’esprit de corps et de cohésion de groupe. Mais, combien seront-ils pour protéger la nation le 5 novembre prochain ?

 

Il nous faut un « quoi qu’il en coûte sécuritaire »

Aujourd’hui, à l’aube d’un acte II, la crainte est portée sur l’armement privé et le recours aux services de sécurité privée. Pour les agents sur le terrain, cela représente aussi bien une aide qu’un risque de débordement parallèle.

Pour autant, la France, les Français et les forces de l’ordre sont loin d’avoir capitulé. Toutefois, face à une profession particulièrement exposée aux risques suicidaires, le constat est sans appel. Les effectifs de la voie publique, en proie à un sentiment d’abandon légitime, subissent une lassitude profonde nourrie par des directives contradictoires et peu cohérentes, une réponse pénale laxiste, une pression hiérarchique asphyxiante et un profond sentiment de colère pour chaque collègue posant un genou à terre.

Si l’État macroniste a échoué dans sa mission, c’est bien l’esprit d’équipe qui a permis aux agents mobilisés le 17 octobre de tenir. Privés de considération qui leur est pourtant due, ils ont assuré leur mission par pur devoir et par solidarité nationale. Ils représentent ce dernier rempart qu’aucun émeutier ne pourra détruire.

Maintenant, il appartient au Président de la République, au ministre de l’Intérieur et au ministre de la Justice de prendre leurs responsabilités. À six mois de la présidentielle, les Français exigent davantage de sécurité ; ce qui représente la seconde priorité pour 28% d’entre eux.

Cela implique une révision opérationnelle de la doctrine du maintien de l’ordre, qu’il convient d’inscrire dans la fermeté. Si l’empathie exigée par le Président de la République a très rapidement montré ses limites, il faut redresser l’autorité de l’uniforme. La réponse pénale doit être à la hauteur des préjudices moraux, économiques et physiques des 3 000 commerces détruits.

Au 20h de TF1, lundi 19 octobre, Gérarld Darmanin annonçait la requalification des violences en criminalité organisée. C’est de toute évidence ce qui est attendu à l’encontre des 2 331 personnes placées en garde à vue. 70% d’entre eux sont des personnes majeures : nous attendons des peines exemplaires. Mais derrière s’ouvre aussi une nouvelle séquence fastidieuse pour les enquêteurs et les magistrats qui devront éplucher un ensemble de données ayant servi aux organisateurs de mobiliser ces individus et ces groupuscules d’ultra-violence.

Le 17 octobre 2026 nous avons vécu l’acte 1 de la révolution insurrectionnelle théorisée par Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko.

En amont d’un acte II prévu ce samedi 24 octobre sulfureux, et d’un énième acte de chaos envisagé le 5 novembre 2026, il appartient désormais au peuple français de se positionner clairement : soit se ranger résolument aux côtés de ceux qui font la grandeur de la France, soit accepter un basculement irréversible dans le chaos permanent incarné par Jean-Luc Mélenchon et son projet « Nouvelle France ».

 

Marine Hannouna, analyste politique indépendante

Jérôme Lades, analyste en sécurité, major honoraires de la police nationale