Edito
16H41 - mercredi 7 octobre 2026

Trois ans après le 7-Octobre, Hassen Chalghoumi alerte : « L’antisémitisme n’est pas l’affaire des seuls juifs »

 

Trois ans jour pour jour après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël, Hassen Chalghoumi appelle à ne « pas oublier » les victimes et alerte sur la progression de l’antisémitisme en Europe. Dans une tribune publiée ce mercredi 7 octobre par le magazine Rupture, le président de la Conférence des Imams de France condamne avec force le Hamas et l’islam politique, tout en appelant à poursuivre le dialogue et le rapprochement entre les peuples.

Hassen Chalghoumi revient d’abord sur le traumatisme du 7-Octobre, évoquant les familles assassinées, les jeunes tués au festival Nova, les violences sexuelles et les otages emmenés dans la bande de Gaza. « Le monde d’avant ce matin-là n’est plus le monde d’aujourd’hui », écrit-il. L’imam rappelle également s’être rendu, un an plus tôt, dans plusieurs des lieux frappés par les attaques, notamment à Sderot, Be’eri, Kfar Aza, Nir Oz et sur le site du festival Nova.

« Le Hamas n’est pas l’islam »

Une large partie de son texte publié dans Rupture vise à distinguer l’islam des crimes commis par le Hamas. Hassen Chalghoumi rappelle plusieurs interdits coraniques concernant le meurtre et le caractère sacré de la vie. « Le viol, l’incendie des corps, le meurtre par traîtrise, la prise d’otages : tout cela est haram », écrit-il, avant d’affirmer : « Le Hamas n’est pas l’islam. »

Le président de la Conférence des Imams de France va plus loin en présentant le Hamas comme une manifestation de « l’islam politique » et en mettant directement en cause l’influence idéologique des Frères musulmans. Il accuse également le régime iranien d’avoir armé et financé le Hamas. Ces accusations sur le rôle précis de Téhéran dans la préparation du 7-Octobre constituent la lecture développée par Chalghoumi dans sa tribune.

Une charge contre LFI et une partie de l’extrême gauche

Hassen Chalghoumi porte également un jugement très sévère sur les réactions observées en Europe depuis trois ans. Il accuse les Frères musulmans, certains réseaux associatifs et « une partie de l’extrême gauche » d’avoir repris des mots d’ordre qu’il associe au Hamas.

La France insoumise est directement visée. Chalghoumi lui reproche d’avoir, « par la voix de plusieurs de ses élus et de ses cortèges », laissé s’installer des slogans qu’il considère comme une forme de complaisance envers le Hamas. Il cite notamment le slogan « From the river to the sea », entendu dans plusieurs manifestations européennes. Ces appréciations constituent la position exprimée par l’auteur dans Rupture et sont contestées par les responsables politiques ainsi mis en cause.

Mais le cœur de son appel concerne surtout l’antisémitisme. « L’antisémitisme n’est pas l’affaire des seuls juifs. C’est la nôtre », insiste-t-il. Selon lui, lorsque des Juifs envisagent de quitter la France ou d’autres pays européens parce qu’ils ne s’y sentent plus en sécurité, c’est l’ensemble du continent qui doit s’interroger. Chalghoumi dit porter ce message à Genève, aux côtés d’une personne ayant sauvé des vies lors de l’attaque du festival Nova.

Ne pas transformer la mémoire en « haine sans fin »

Malgré la dureté de sa condamnation du Hamas et de l’islam politique, Hassen Chalghoumi termine sa tribune en refusant que le souvenir du 7-Octobre entretienne indéfiniment la confrontation. « Ces sacrifices ne doivent pas nourrir une haine sans fin », écrit-il.

Il appelle au contraire à retrouver le chemin du dialogue et cite les Accords d’Abraham comme modèle de rapprochement régional. « Déraciner la haine est un travail collectif. Il nous appartient à tous », conclut le président de la Conférence des Imams de France.

Trois ans après le 7-Octobre, le message publié dans Rupture tient ainsi en deux exigences que Chalghoumi veut rendre indissociables : ne rien céder sur la mémoire des victimes et la lutte contre l’antisémitisme, sans renoncer pour autant à rechercher une perspective de paix et de dialogue.