Edito
18H46 - mercredi 7 octobre 2026

Jonas Haddad : avec la nouvelle fracture sociale, « C’est Nicolas qui paie » ! Un livre et un entretien.

 

Jonas Haddad : avec la nouvelle fracture sociale, « C’est Nicolas qui paie » ! Un livre et un entretien.

Jonas Haddad, vous êtes avocat et vice-président de la Région Normandie. Ancien conseiller ministériel, vous intervenez régulièrement sur les questions d’économie, d’emploi et de justice intergénérationnelle. Vous êtes également porte-parole de Bruno chez les Républicains. Vous publiez le livre « C’est Nicolas qui paie » (éd. de l’Observatoire).

Pourquoi avoir écrit ce livre et comment avez-vous flairé, dans le débat, le ras-le-bol fiscal des « Nicolas » ?

J’ai vu monter au début des années 2020, quelque chose que les politiques ne voulaient pas regarder : la lassitude de ceux qui travaillent, paient, cotisent, respectent les règles et ont le sentiment que leur effort ne leur permet plus d’avancer. L’amorce d’une fracture générationnelle. 

« C’est Nicolas qui paie » est parti d’une plaisanterie sur les réseaux sociaux. Mais derrière la blague, j’ai immédiatement vu un fait politique beaucoup plus profond. Nicolas se demande pourquoi, après avoir payé son logement, ses impôts, ses cotisations, son énergie, il lui reste si peu pour épargner, acheter un appartement ou fonder une famille.

Le ras-le-bol fiscal n’est donc que la partie visible de l’iceberg. 

La vraie question de Nicolas, ce n’est pas : “Pourquoi est-ce que je paie des impôts ?” C’est : “Pourquoi est-ce que je paie autant sans avoir le sentiment de construire davantage ma vie ?”

Et cette question touche directement à la cohésion nationale. Une société tient tant que chacun pense que l’effort est juste. Lorsque ceux qui travaillent commencent à penser qu’ils vivront moins bien que leurs parents tout en laissant davantage de dettes à leurs enfants, le contrat social se fissure.

 

Qui sont les Nicolas ? Quel est leur niveau de vie aujourd’hui ?

Nicolas n’est pas qu’un jeune homme de 30 ans. Nicolas c’est toute une génération d’actifs. C’est l’infirmière, l’artisan, le salarié d’une PME et le petit patron. Tous ceux qui vivent d’abord de leur travail et qui financent, par ce travail, notre modèle collectif.

Ce ne sont d’ailleurs pas nécessairement les Français les plus pauvres. Ce qui rend leur malaise intéressant : ils peuvent avoir un salaire correct sur le papier et se sentir pourtant empêchés.

Il y a un chiffre très marquant : les niveaux de revenus entre actifs et retraités sont aujourd’hui égaux. Les chiffres de l’INSEE sont révélateurs. En 2025, le niveau de vie médian est d’environ 2 300 euros par mois pour un actif de 30-39 ans, contre environ 2 300 euros pour un retraité de 65-74 ans.  Mais la différence essentielle est ailleurs : le trentenaire doit encore acquérir son logement alors que beaucoup de retraités sont propriétaires, il doit élever ses enfants, là où les générations plus âgées ont beaucoup plus souvent déjà constitué leur patrimoine.

Le problème de Nicolas n’est donc pas seulement son revenu : c’est son horizon. C’est ce sentiment de déclassement relatif que le livre cherche à mettre en lumière.

 

Que dit votre livre pour transformer le modèle social ?

Le modèle social français est à l’agonie. C’est un modèle social qui repose sur une pyramide des âges. Or, cette pyramide des âges n’existe plus. Une pyramide c’est une base large d’actifs et une pointe fine d’inactifs. Aujourd’hui c’est l’inverse, on peut même parler de la forme d’un Kebab. 

Je propose donc de sauver ce modèle pour un nouveau contrat social. Il faut remettre celui qui travaille au centre du contrat social.

Chaque heure travaillée doit réellement augmenter le niveau de vie. Il faut alléger les prélèvements sur le travail, permettre une meilleure transmission générationnelle des entreprises et introduire davantage de capitalisation dans notre système de retraite.

Enfin, je défends une immigration beaucoup plus économique car aujourd’hui seuls 10% des immigrés viennent en France pour le travail. Nous devons accueillir prioritairement ceux dont notre économie a besoin et faire du travail la porte d’entrée dans la communauté nationale.

Mais surtout, je refuse la guerre des générations. Le but n’est pas de prendre aux grands-parents pour donner aux petits-enfants. Le but est que les grands-parents puissent regarder leurs petits-enfants en sachant qu’ils leur transmettent autre chose qu’une dette.

 

Quelle serait la situation des Nicolas si LFI ou le RN étaient au pouvoir ?

Avec LFI, Nicolas serait tondu. C’est le programme le plus anti-actifs qui existe. Le projet de LFI serait d’encore accroître la pression fiscale et la dépense publique. Leur projet budgétaire prévoit notamment le retour de la retraite 60 ans et la suppression d’exonérations de cotisations.

LFI pense essentiellement le partage de la richesse existante ; moi, je pense qu’avant de partager, il faut permettre aux Français de produire, de travailler et de transmettre davantage.

Le RN pose, lui, de vraies questions sur l’immigration ou le coût de certaines structures publiques. Mais il demeure extrêmement conservateur à l’égard du modèle social existant et des retraites : il propose le retour de la retraite à 60 ou 62 ans. On ne sait plus trop d’ailleurs. Ce qui est sûr, c’est que tout cela sera payé par les actifs. 

C’est là ma différence fondamentale. On ne peut pas promettre aux actifs de moins payer tout en promettant à chacun que rien ne changera.

Mon projet ne désigne pas un bouc-émissaire, il veut réparer tous les travers du système actuel. 

Pour rendre réellement du pouvoir aux actifs, il faut avoir le courage de réformer tout ensemble : la dépense publique, les retraites et notre politique migratoire. 

La cohésion nationale ne se construit pas en désignant celui qui doit payer la facture ; elle se construit en s’assurant que chacun contribue à la mesure de ce qu’il peut apporter.

Sinon, je redoute que la fracture générationnelle ne devienne la nouvelle Fracture sociale comme à l’époque de Chirac. 

 

Votre Nicolas, pourquoi devrait-il voter Bruno Retailleau ? 

Parce qu’il a compris qu’il fallait tourner la page du macronisme.

Ces dix dernières années, le poids fiscal qui pèse sur les épaules des actifs n’a fait qu’augmenter. Tout le discours sur la start-up nation s’est révélé être un grand mirage.

Il faut maintenant libérer toutes les énergies et retirer avec méthode tout ce qui bride cette génération d’actifs qui n’en peut plus.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Michel Taube