Edito
16H55 - mardi 6 octobre 2026

Louis Dumoulin, directeur de Nuances d’avenir : « chaque dépendance réduite est une victoire écologique »

 

Louis Dumoulin, directeur de Nuances d'avenir : « chaque dépendance réduite est une victoire écologique »

Le Covid, la guerre en Ukraine, puis la séquence iranienne ont fait revenir dans le vocabulaire courant un mot que trente ans de « mondialisation heureuse » avaient relégué au second plan : la dépendance.

Nous avons redécouvert, parfois brutalement, avec une certaine naïveté, que notre chauffage dépendait du gaz importé, notre industrie des semi-conducteurs asiatiques, nos médicaments de principes actifs chinois et notre agriculture d’engrais du Maroc ou de Russie.

Ces fragilités existaient depuis longtemps : les crises les ont rendues visibles… puis politiquement insupportables.

Cette question devrait être au cœur du projet écologique. Elle en reste largement absente. L’écologie dominante a souvent parlé de la planète quand les Français pensaient à leur commune, d’empreinte carbone quand ils regardaient leur facture, si bien que 70 % d’entre eux jugent le discours environnemental utopique et déconnecté de leurs réalités[1]. Si les enjeux climatiques ne s’ancrent pas sur des préoccupations réelles, comme notre besoin d’autonomie, ils ne pourront mobiliser largement.

Climat et dépendance agissent pourtant sur les mêmes chaînes physiques. Isoler un logement ou installer une pompe à chaleur permet de réduire les émissions tout en diminuant notre consommation de gaz importé. Un agriculteur qui réduit son recours aux engrais étrangers renforce la résilience de son exploitation face aux aléas climatiques et son autonomie à l’égard des marchés mondiaux. Les deux agendas ne se confondent pas, mais ils convergent assez pour qu’une même action serve les deux.

D’autant que la France sait rompre ses dépendances. Après les chocs pétroliers, elle a bâti un parc nucléaire qui lui donne aujourd’hui, avec l’hydraulique, l’une des électricités les plus décarbonées d’Europe. Elle dispose également d’une agriculture extrêmement diversifiée et d’un patrimoine bâti largement façonné par les ressources et les savoir-faire locaux.

Mais ces atouts ne se valorisent pas seuls. Ils demandent un effort, notion que le discours écologique a souvent cherché à contourner. La sobriété, mal présentée, a été vécue comme une privation, et peu de responsables ont voulu assumer l’impopularité de la contrainte.

L’effort, au contraire, n’a rien d’une expiation. C’est une manière de reprendre la main et beaucoup de Français agissent déjà en ce sens. Ils ne l’ont pas fait par conversion idéologique ni sous la contrainte de l’État, mais par intérêt bien compris.

C’est à partir de cette réalité qu’il faut repenser le discours écologique. Non comme une injonction supplémentaire, mais comme une politique de reconquête de notre autonomie. Chaque dépendance que nous réduisons est à la fois une vulnérabilité en moins et un pas de plus vers une économie plus sobre, plus résiliente et plus libre.

 

Louis Dumoulin, fondateur et directeur de Nuances d’Avenir

 

[1] Nuances d’Avenir (2024). Etude Segmentation & environnement.