Edito
10H01 - jeudi 30 avril 2026

Le retour des (vrais) gilets jaunes ? L’édito de Michel Taube

 

Le retour des (vrais) gilets jaunes ? L'édito de Michel Taube

Quelque chose est en train de bouillir en France. Et la marmite pourrait exploser bien avant 2027… surtout avec un pouvoir qui se moque autant des Français.

L’inflation (et pas que les prix du carburant à la pompe puisqu’on nous annonce pour bientôt une baguette à 1,60 voire 2 euros) et la peur des mois à venir étouffent les ménages depuis 60 jours et la guerre contre l’Iran des mollahs devenue la bataille d’Ormuz. Et pendant ce temps, que fait le gouvernement ? Des annonces. Toujours des annonces. Trois salves de « mesurettes » en deux mois. Des points de presse pour accuser les pompistes de s’en mettre plein les poches puis pour annoncer l’électrification du pays dans dix ou vingt ans. Mais, incroyable mais vrai, sur le compte bancaire des entreprises et des ménages les plus impactés par l’explosion des prix du pétrole et du gaz, rien ! Toujours Rien ! Rien avant juin si l’on a bien compris ! 

Samedi 2 mai à Paris, des collectifs naissants d’artisans, de transporteurs routiers, de taxis, de professionnels de santé, de pêcheurs, d’agriculteurs et de commerçants appellent à manifester leur colère face à l’effondrement économique et social qui frappe la France qui travaille. Cette France silencieuse que l’on sollicite toujours davantage mais que l’on écoute de moins en moins.

Les noms mêmes des initiateurs de ce mouvement racontent quelque chose de notre époque : Union française des pêcheurs artisans, Réveil des terroirs, Agriculteurs en colère, Collectif des artisans et commerçants de France… Tout cela sent la France des territoires, la France enracinée, la France qui produit encore, la France qui se lève tôt, la France des indépendants, des TPE, des PME, des travailleurs qui ne vivent ni des subventions ni des réseaux du pouvoir. Bref, cette France qui fut l’âme du premier mouvement des gilets jaunes.

Car il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : à l’origine, les gilets jaunes furent d’abord une révolte profondément populaire, sociale et même sociétale. Celle des ronds-points. Celle des artisans étranglés. Celle des automobilistes punis. Celle des classes moyennes abandonnées. Celle des Français qui voyaient un pouvoir technocratique leur expliquer qu’il fallait sauver la planète pendant qu’eux-mêmes n’arrivaient plus à finir le mois. « La fin du monde contre la fin du mois » avec une taxe carbone profondément injuste : tout était déjà dit.

Puis vinrent très vite les récupérations idéologiques par l’extrême-droite et l’extrême-gauche, les violences, les dérives complotistes, les groupuscules extrémistes, les casseurs professionnels et les apprentis révolutionnaires. Le mouvement perdit alors son âme. Il aurait pu devenir une immense révolution démocratique et économique au service des classes productives françaises. Il devint progressivement un champ de ruines politiques.

Mais aujourd’hui, tous les signaux repassent au rouge.

Les charges étranglent les entreprises. Les indépendants croulent sous les normes. Les artisans sont asphyxiés par les prix de l’énergie. Les commerçants voient leurs marges s’effondrer. Les agriculteurs n’en peuvent plus. C’est ce cocktail, dont la guerre contre l’Iran des mollahs qui a dérivé en guerre d’Ormuz est peut-être l’étincelle, qui devient explosif. Le sentiment de mépris. Le sentiment que le pouvoir joue avec le feu. Le sentiment que ceux qui gouvernent vivent dans un autre monde.

Comment expliquer autrement qu’au moment où les grandes multinationales de l’énergie engrangent des bénéfices historiques, l’on continue à faire peser les contraintes sur les derniers maillons de la chaîne, les pompistes, les transporteurs, les artisans, les indépendants ? Comment accepter que le capitalisme français fonctionne désormais comme une machine à écraser les petits au profit des géants bureaucratiques et financiers ?

La France à deux vitesses est devenue insupportable. D’un côté, une oligarchie économique et administrative protégée, mondialisée, subventionnée, souvent déconnectée du réel. De l’autre, la France qui produit, qui paie, qui travaille, qui entreprend et qui étouffe.

Voilà pourquoi le retour d’un grand mouvement populaire n’est plus une hypothèse marginale. Il devient une possibilité politique majeure.

Encore faut-il tirer les leçons du passé. Si un nouveau mouvement des gilets jaunes devait émerger, il devra rester profondément enraciné dans les préoccupations concrètes du pays réel. Il devra refuser les dérives extrémistes. Il devra défendre une vision claire : celle d’une libération économique des classes moyennes françaises, des artisans, des commerçants, des indépendants, des TPE et des PME qui constituent le véritable cœur battant de la nation.

Car le problème français n’est pas le travail. Le problème français est l’étouffement de ceux qui travaillent.

À un an de l’élection présidentielle, une évidence s’impose : la France ne pourra pas continuer longtemps ainsi. Il faudra bien refonder notre modèle économique, social et politique. Redonner du pouvoir aux territoires. Récompenser ceux qui produisent. Simplifier radicalement un système bureaucratique devenu fou. Réconcilier enfin la nation avec son économie réelle.

Sinon, les ronds-points pourraient de nouveau se remplir. Et cette fois, la colère pourrait être encore plus profonde et ne pas renverser que les ronds-points.

 

Michel Taube

Directeur de la publication