Edito
17H44 - mardi 28 avril 2026

Le leadership de l’Inde en matière de protection de l’environnement et d’action climatique devrait tous nous inspirer. L’édito de Michel Taube

 

Le leadership de l’Inde en matière de protection de l’environnement et d’action climatique.

L’Inde s’est imposée comme un acteur mondial responsable et résolument engagé dans la lutte contre le changement climatique, démontrant que développement économique et protection de l’environnement ne sont nullement incompatibles. Bien qu’elle demeure un pays en développement, confronté à d’importants besoins énergétiques et de croissance, elle a accompli des progrès remarquables en matière de durabilité, d’essor des énergies propres et de contribution constructive aux efforts climatiques internationaux.

L’un des piliers de sa stratégie environnementale réside dans sa transition rapide vers les énergies renouvelables. Au 31 mars 2026, l’Inde disposait d’environ 283,5 GW de capacités non fossiles installées, dont près de 275 GW issus des énergies renouvelables (avec 150,3 GW pour le solaire, 56 GW pour l’éolien, et une contribution significative de l’hydroélectricité). Cette dynamique lui a permis d’atteindre, dès juin 2025, 50 % de sa capacité électrique cumulée à partir de sources non fossiles, soit cinq années avant l’échéance fixée pour 2030 dans le cadre de sa contribution déterminée au niveau national (CDN) au titre de l’Accord de Paris. À elle seule, l’année fiscale 2025-2026 a vu l’ajout record de 55,3 GW de capacités non fossiles, un niveau inédit à l’échelle mondiale sur une seule année. L’Inde occupe désormais le troisième rang mondial en matière de capacités installées en énergies renouvelables.

Des objectifs ambitieux, – porter cette capacité à 500 GW d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2070, illustrent la vision de long terme du pays. En 2025-2026, les sources non fossiles ont représenté 29,2 % de la production totale d’électricité, soit 538,97 milliards d’unités.

Les avancées de l’Inde se reflètent également dans la trajectoire de ses émissions. Le pays est parvenu à réduire l’intensité carbone de son PIB de 36 % entre 2005 et 2020, et a relevé ses ambitions en visant désormais une réduction de 47 % à l’horizon 2035. Cette évolution traduit un découplage progressif entre croissance économique et émissions de carbone, soutenu par des politiques publiques volontaristes : incitations à la production d’énergies propres, réformes réglementaires et promotion de l’hydrogène vert.

Parmi les initiatives phares figure la Mission nationale pour l’hydrogène vert, lancée en 2023, qui vise une production annuelle de 5 millions de tonnes d’ici 2030. Au début de l’année 2026, l’Inde avait déjà mis en service une capacité d’environ 8 000 tonnes par an, les premiers appels d’offres révélant des prix compétitifs pour l’ammoniac vert destiné notamment aux industries des engrais.

L’accent mis sur les solutions climatiques fondées sur la nature constitue un autre volet essentiel de cette stratégie. De vastes programmes de reboisement et de conservation forestière ont permis de renforcer les puits de carbone tout en soutenant la biodiversité et les moyens de subsistance ruraux. Selon l’évaluation mondiale des ressources forestières 2025 de la FAO, l’Inde occupe désormais le neuvième rang mondial en superficie forestière (72,7 millions d’hectares, soit environ 2 % des forêts mondiales) et se classe troisième pour l’augmentation nette annuelle, avec près de 191 000 hectares supplémentaires chaque année entre 2015 et 2025. Des initiatives telles que la Green India Mission, le mécanisme CAMPA ou encore la campagne citoyenne « Ek Ped Ma Ke Naam » (« Un arbre au nom de la mère ») ont favorisé une mobilisation collective en faveur de la reforestation.

Sur la scène internationale, l’Inde joue également un rôle moteur dans l’orientation du débat climatique et la promotion de l’action collective. L’Alliance solaire internationale, cofondée avec la France en 2015, rassemble aujourd’hui plus d’une centaine de pays autour du déploiement de l’énergie solaire. Elle est complétée par l’initiative ambitieuse « One Sun, One World, One Grid » (OSOWOG), qui vise à créer un réseau énergétique mondial interconnecté permettant de partager l’électricité renouvelable à travers les fuseaux horaires, avec l’Inde comme pivot central. À cela s’ajoute le mouvement « Lifestyle for Environment » (LiFE), qui encourage des modes de consommation plus durables.

Un élément déterminant de la position indienne tient à sa contribution historiquement limitée aux émissions mondiales. Depuis l’ère industrielle, l’Inde ne représente qu’environ 3 à 4 % des émissions cumulées de CO₂, alors même qu’elle abrite près d’un sixième de la population mondiale. Ses émissions par habitant demeurent nettement inférieures à la moyenne mondiale. Ce contexte fonde sa défense constante du principe d’équité et de responsabilités communes mais différenciées dans les négociations climatiques internationales.

Pris dans leur ensemble, ces efforts illustrent la capacité de l’Inde à concilier protection de l’environnement et impératifs de développement. Ses performances, expansion rapide des énergies renouvelables (avec 50 % de capacités non fossiles atteints en avance), réduction de l’intensité carbone, progression de la couverture forestière (9e mondiale, 3e en croissance annuelle), promotion de l’hydrogène vert et leadership climatique international, témoignent d’une approche équilibrée, équitable et résolument tournée vers l’avenir.

À l’heure où le monde fait face à l’urgence climatique, le modèle indien, fondé sur la durabilité, l’équité, l’innovation et une croissance inclusive, offre des enseignements précieux pour construire une action climatique à la fois efficace et juste.

 

Michel Taube

Directeur de la publication