
Ismaël Njoya, bonjour merci d’avoir accordé un entretien à Opinion Internationale et à notre rubrique Opinion Afriques. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je m’appelle Ismaël Njoya. Je suis chef d’entreprise au Cameroun, originaire de l’Ouest dans ma région natale de Noun, une région profondément ancrée dans la tradition agricole et entrepreneuriale. Je suis né le 16 octobre 1972.
Votre parcours entrepreneurial est dense. Comment le résumeriez-vous ?
C’est un parcours construit sur la durée et l’expérience. J’ai commencé dans le transport il y a plus de vingt-cinq ans. Très vite, j’ai élargi mes activités en créant la Société camerounaise d’intermédiation et de négoce (SCIN), élargie au secteur du bâtiment, notamment dans les infrastructures et les matériaux. Par la suite, je me suis engagé dans le ferroviaire, en collaboration avec la Société nationale, notamment dans l’entretien et les travaux techniques qui a notamment participé au renouvellement de 175 km de voies entre Nanga et Bachenga.
Puis, au fil des années, j’ai pris un tournant vers les énergies, en développant une activité liée à la valorisation des déchets pétroliers. C’est ainsi qu’est née une nouvelle entreprise, avec notamment une implantation industrielle.
Vous êtes également très engagé dans l’agriculture. D’où vient cette orientation ?
L’agriculture est d’abord une passion. Mais c’est aussi, à mes yeux, un secteur stratégique pour l’avenir du Cameroun. J’exploite aujourd’hui plus de 300 hectares dans le département du Noun, à l’Ouest du pays.
Nous y développons plusieurs filières : la vanille, les cultures maraîchères, l’élevage — notamment piscicole — ainsi que l’élevage bovin. Nous avons également des plantations de palmiers. C’est une approche intégrée, tournée vers la production et, demain, vers la transformation.

Comment analysez-vous aujourd’hui le potentiel économique du Cameroun ?
Le Cameroun bénéficie d’un atout essentiel : sa stabilité. Dans un monde incertain, c’est une force. Le pays dispose également d’infrastructures stratégiques, comme le port de Douala et le port en eau profonde de Kribi.
Mais surtout, le Cameroun est une terre extraordinairement riche. Chaque région possède ses spécificités agricoles. Nous alimentons déjà plusieurs pays de la zone CEMAC. Il y a un potentiel immense, encore largement sous-exploité.
Vos ambitions dépassent-elles les frontières camerounaises ?
Oui. Mes activités sont aujourd’hui solidement ancrées au Cameroun, mais je souhaite désormais me développer dans la sous-région.
Les rencontres que j’ai faites lors de forums internationaux, notamment en France, ont été déterminantes. Elles m’ont ouvert à de nouvelles perspectives. À partir de cette année, je vais donc engager des projets dans des pays voisins.
Quel regard portez-vous sur la situation internationale et ses effets sur votre pays ?
Comme tous les pays, le Cameroun est exposé aux turbulences mondiales. Mais il a montré sa capacité de résilience, notamment durant la crise du COVID-19. Nous produisons aussi du pétrole, ce qui contribue à notre indépendance énergétique. Nous avons su nous adapter, trouver des solutions locales. Cela montre que notre économie, bien que perfectible, possède des bases solides.
Et votre regard sur la France ?
La relation avec la France reste importante. Le Cameroun est un pays indépendant, mais il a besoin de partenariats forts pour accélérer son développement. La coopération économique, les investissements, les transferts de compétences sont essentiels. Je crois à une relation équilibrée et constructive avec la France.
Le Cameroun ne s’inscrit donc pas dans une logique de rupture avec la France, comme c’est le cas dans d’autres pays africains ?
Non, pas du tout. Le Cameroun reste ouvert et attaché à ses partenaires historiques, tout en diversifiant ses relations. Il n’y a pas d’hostilité, mais une volonté de coopération.
Un mot sur la visite récente du pape Léon XIV au Cameroun. Que représente-t-elle selon vous ?
Ce fut un événement majeur et il faut saluer le président Paul Biya qui a invité le pape dès son élection. Cette visite a dépassé le cadre religieux. Elle porte un message de paix, d’apaisement et d’unité.
Je pense qu’elle a eu un impact profond, notamment dans des régions sensibles. C’est aussi une reconnaissance du rôle du Cameroun sur la scène internationale.
Venons-en à votre projet phare : la vanille. Pourquoi ce choix ?
C’est une découverte presque inattendue. Les cyclones à Madagascar et dans l’Océan indien poussent les acteurs du secteur, notamment le monde de la pâtisserie, à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
À Paris, j’ai rencontré des experts français, emmenés par Monsieur Fausto Bouchereau, qui m’ont appris que la vanille était cultivée au Cameroun depuis les années 1920. De retour sur place, j’ai constaté que d’anciennes plantations avaient existé, mais étaient abandonnées. Avec leur aide, nous avons relancé la culture sur cinq hectares. Les résultats sont très encourageants.
Quels sont vos objectifs dans cette filière ?
À court terme, nous visons une extension à plus de 50 hectares, avec une double production : vanille de bouche et vanille d’extraction. Les premières gousses sont attendues dans trois ans. Nous cultivons déjà plusieurs variétés, notamment issues de La Réunion.
Pensez-vous pouvoir rivaliser avec des références comme Madagascar ?
Oui, j’en suis convaincu. Les conditions climatiques et la richesse des sols camerounais sont très favorables. Les experts qui nous accompagnent sont très confiants sur la qualité future de notre production. J’invite les grands chefs pâtissiers français connus dans le monde entier à venir découvrir ma plantation et à s’associer à moi pour donner à la vanille camerounaise tout l’avenir qu’elle mérite jusque dans l’assiette des gourmets français.
Le marché sera-t-il au rendez-vous ?
Absolument. Lors du Forum européen des ingrédients à Paris en décembre dernier, j’ai rencontré plusieurs industriels français très intéressés. La demande mondiale est forte, notamment en raison des aléas climatiques à Madagascar. Les acheteurs cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Vous développez également un projet industriel autour de la tomate…
Oui. C’est un enjeu majeur. Nous produisons des tomates, mais faute d’unités de transformation, une partie de la production est perdue. Je travaille donc à la création d’une usine de transformation. L’objectif est simple : valoriser localement ce que nous produisons.
Quel message souhaitez-vous adresser aux investisseurs français et européens ?
Le Cameroun est un pays d’opportunités. Il y a tout à construire, tout à développer.
J’invite les investisseurs français et européens à venir découvrir ce potentiel. Nous avons besoin de partenaires pour transformer nos richesses en croissance durable.
En une phrase, votre conviction profonde ?
Le Cameroun est une terre d’avenir — pour ceux qui savent y investir avec vision et engagement.
Propos recueillis par Michel Taube




















