
Monsieur Gadzhi Gadzhiev bonjour. Merci d’avoir accordé ce grand entretien à Opinion Internationale. C’est la première fois que vous vous confiez ainsi à la presse.
Votre sort illustre les ingérences, manipulations et autres campagnes de désinformation russes pouvant revêtir toutes formes de visage. En l’espèce, il s’agit de celui de Irina Petrushova et Natalia Sadykova, deux journalistes pourtant réputées internationalement. La première, russe, vit à Londres, la seconde, Kazakhe, à Kyiv. Petrushova édite sur le web, un magazine hebdomadaire, Respublika, Sadykova, diffuse une chaîne You Tube, Base. Toutes deux dénoncent la corruption des dirigeants Kazakhs et couvrent l’actualité politique et économique de cette région stratégique de l’Asie centrale.
Or l’une de leur cible privilégiée, c’est vous. Le meurtre du mari, et associé de Sadykova, au printemps 2024, dans les rues de la capitale Ukrainienne, a déchaîné les attaques contre le dirigeant d’Almaty. D’aucuns voyant en vous le commanditaire de ce crime, d’autres, vous décrivant comme un chef d’entreprise modèle, surfant sur l’ouverture des marchés florissants, chinois, turques et des anciennes républiques soviétiques, voisines de votre pays natal.
Une chose est certaine, la campagne de dénigrement dont vous êtes victime, Monsieur Gadzhi Gadzhiev, profite à Moscou, inquiet d’une bascule de l’opinion publique Kazakhe en faveur de l’Ukraine, depuis février 2022. En salissant systématiquement votre réussite, les deux journalistes sèment le trouble dans les relations entre le Kazakhstan et l’Ukraine, au grand bénéfice de Moscou !
Vous avez intenté un procès à Natalia Sadykova, le 22 avril, à Kyiv, audience finalement reportée à juin. Merci de vous confier pour la première fois à un journaliste… Pour commencer, nous aimerions mieux vous connaître. Qui êtes-vous ?
Je m’appelle Gadzhi Gadzhiev Shapievich. Je suis un entrepreneur kazakh possédant une vaste expérience dans le monde des affaires et dans les affaires publiques. Tout au long de ma carrière, j’ai participé à divers projets visant à développer le commerce, les infrastructures et la coopération internationale. Dans les années 1990, je me suis installé en Chine et j’y ai passé dix ans à établir des relations commerciales avec différents pays. À cette époque, la croissance économique de la Chine était particulièrement dynamique. Mes activités couvraient un large éventail de domaines, de la production au commerce. Au cours de ces années, j’ai bien sûr acquis une riche expérience qui m’a été précieuse pour la suite de mon parcours. Je suis aussi président de la Fédération kazakhe d’haltérophilie et vice-président du Comité national olympique de la République du Kazakhstan, passions sportives que je partage avec mes enfants.
Après avoir terminé vos études au Kazakhstan, alors république soviétique, vous avez occupé plusieurs postes de direction dans des entreprises kazakhes et chinoises. Pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Mes études portaient sur la finance et la construction de transports. Alors que le Kazakhstan faisait encore partie de l’Union soviétique, j’ai débuté ma carrière professionnelle dans le secteur commercial.
Je me suis concentré sur le développement de mes compétences pratiques et la mise en œuvre de processus efficaces de gestion de projets d’infrastructure et d’affaires, notamment en Chine, à Hong Kong et dans les anciennes républiques du bloc soviétique. J’ai dirigé plusieurs entreprises kazakhes et chinoises, dans divers secteurs de la production, du commerce et de la logistique. Ces expériences m’ont permis de mieux comprendre les spécificités du monde des affaires sous différentes juridictions et d’établir des partenariats financiers fructueux pour des projets liés au commerce et à la coopération économique, ainsi qu’au secteur de la construction. Au début des années 2000, la demande dans le secteur de la construction était forte. C’est dans ce domaine que j’ai commencé à évoluer.
Par ailleurs, j’ai toujours été attiré par la construction d’infrastructures de transport, tant ferroviaires que routières. Ce secteur est stratégique pour mon pays, situé au carrefour de vastes territoires, nécessitant d’importants équipements de transport. J’ai eu l’opportunité de travailler avec des partenaires chinois qui possédaient la maîtrise de technologies modernes révolutionnant ce secteur, ainsi qu’avec des fabricants européens d’ouvrages certifiés et de machines de construction. Mes contacts, fondés sur la proximité géographique, les liens historiques et les intérêts commerciaux communs, m’ont permis de réussir dans différents pays. »
Vous êtes la cible d’une campagne de diffamation, qui a dégénéré en harcèlement, menée par deux journalistes kazakhes, Irina Petrushova et Natalia Sadykova. Depuis dix ans, cette dernière, qui vit à Kyiv, vous accuse de corruption et de gouverner le pays sans mandat sur sa chaîne YouTube, Base. Quelle est votre réponse ?
Je réfute ce réquisitoire, le considérant comme infondé et diffamatoire. Natalia Sadykova porte atteinte à ma réputation en diffusant des informations non confirmées et dépourvues de preuves. Ces allégations, systématiques et partiales, concernant mon implication dans des affaires de corruption ou de prétendue influence informelle sur les processus gouvernementaux sont sans fondement. Je ne possède pas l’autorité qui m’est attribuée. Ces déclarations sont manipulatrices et trompeuses.
Malheureusement, ces publications ne respectent pas les normes journalistiques élémentaires, notamment la vérification des faits, l’équilibre des opinions et l’objectivité. Pendant longtemps, j’ai tenté de les ignorer, espérant qu’il s’agissait de publications isolées, mais cela est devenu récurent. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Elles n’ont jamais cherché à m’interviewer pour établir la vérité. C’est pourquoi je porte plainte contre Natalia Sadykova.
Le procès a eu lieu le 22 avril à Kyiv mais il a été renvoyé à juin. J’entends continuer à défendre mon honneur, ma dignité et ma réputation professionnelle exclusivement dans un cadre légal accessible à tout citoyen, en utilisant les mécanismes prévus par la loi. J’exige qu’elle retire rapidement de sa chaîne You Tube, toutes les vidéos diffamatoires diffusées depuis trop longtemps. »
Le meurtre d’Aidos Sadykov, le mari de Natalia Sadykova, a eu lieu à Kyiv en juin 2024. Certaines personnes, dont son épouse, vous accusent d’être impliqué dans ce crime. Comment comptez-vous réagir ?
Une fois encore, je rejette avec la plus grande fermeté ces accusations. Elles sont sans fondement, tut en étant très graves et infondées. Elles portent atteinte à ma réputation. Je suis profondément indigné qu’il soit si facile et irresponsable, dans le paysage médiatique actuel, d’accuser quelqu’un d’être impliqué dans un crime aussi crapuleux. Je n’ai rien à voir avec la tragédie survenue à Kyiv. Je considère les tentatives d’associer mon nom à cet événement, inacceptables. De telles accusations induisent le public en erreur et sapent les principes fondamentaux de l’État de droit, selon lesquels la culpabilité doit être établie exclusivement par la loi et sur la base de preuves.
Depuis Londres, par le biais de son support, partial, à visées politiques orientées, Respublika, Irina Petrushova diffuse de fausses informations transmises par sa consœur depuis Kyiv, Natalia Sadykova. Cela ne peut plus durer !
La carrière d’Irina Petrushova est marquée par des épisodes troubles : elle a été arrêtée deux fois à Moscou et relâchée quelques heures plus tard. Que pensez-vous de ces anomalies ?
J’estime qu’il est important de s’abstenir de diffuser des informations et des appréciations non vérifiées, surtout lorsqu’il s’agit d’accusations graves. De telles affirmations doivent se fonder exclusivement sur des faits avérés et des données officielles. Concernant les points évoqués, je ne dispose d’aucune information fiable me permettant de tirer des conclusions quant à leurs causes ou de formuler une quelconque appréciation. Toute interprétation dépourvue de preuves suffisantes ne peut que contribuer à la propagation de fausses informations et compliquer la recherche de la vérité. Je crois que toutes les questions relatives aux activités de personnes physiques doivent être examinées par les autorités compétentes dans le cadre légal. Il est important que les conclusions reposent sur une enquête objective, et non sur des suppositions ou des rumeurs. Pour ma part, je m’attache à protéger ma réputation dans le respect de la loi et j’appelle toutes les parties à respecter les principes de légalité et de responsabilité concernant les informations diffusées.
Quelles preuves les Natalia Sadykova et Irina Petrushova apportent-elles pour étayer les accusations portées contre vous ? Les avez-vous déjà rencontrés ?
Tout d’abord, je tiens à préciser que toute déclaration publique et toute diffusion d’informations, notamment confidentielles, doivent reposer sur des faits avérés. La responsabilité est un principe fondamental du journalisme. Malheureusement, depuis plusieurs années, les sites web Base et Respublika publient des informations inexactes qui portent atteinte à ma réputation. Pourtant, durant tout ce temps, personne n’a cherché à me contacter, ou mon entourage, pour obtenir des commentaires ou des éclaircissements. Cela soulève de sérieuses questions quant à l’objectivité et à l’intégrité des rédacteurs de ces publications. Ces attaques incessantes indiquent que les instigateurs de cette manœuvre sont mal intentionnés. Je suis convaincu que justice sera faite, car la vérité est de mon côté.
Le procès que vous disputerez à Kyiv le 22 avril contre Natalia Sadykova, et à distance, contre Irina Ptrushova, vise à rétablir votre honneur. Vous exigez la restauration de votre dignité et de votre réputation professionnelle, ainsi que la suppression de toutes les fausses informations diffusées par les publications Base et Respublika. Non pas une compensation financière pour le préjudice moral, mais un jugement équitable. Quels sont vos arguments pour obtenir gain de cause ?
Aucune preuve convaincante et vérifiable n’a été présentée pour étayer les accusations portées contre moi. Elles se résument à des suppositions, des interprétations et des références à des sources non confirmées qui ne sauraient constituer de preuves suffisantes. Il est fondamental, à mon sens, que toute accusation sérieuse repose sur des faits concrets, et non sur des conjectures. On m’accuse d’avoir tenté de soudoyer Aidos Sadykov à hauteur de 5 000 $ pour qu’il retire des vidéos de la chaîne Base, puis d’avoir commandité son assassinat pour 3 millions de dollars. Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? Je ne suis pas un meurtrier ! Je n’ai jamais aucune raison de procéder de la sorte. Je n’ai jamais eu le moindre contact avec ces journalistes, encore moins avec le mari de Natalia Sadykova.
Les vidéos ont été mises en ligne sur la chaîne Base et diffusées par le journal Respublika. Le mal est fait par ces mensonges propagés dans le monde entier. J’exige leur retrait. Que justice soit faite et que mon honneur soit définitivement rétabli !
Iriez-vous jusqu’à affirmer que les services secrets russes diligentent cette campagne de dénigrement ? En manipulant deux journalistes pour salir votre honneur, pensez-vous que les services secrets russes cherchent à nuire à la relation entre le Kazakhstan et l’Ukraine, à fortiori depuis 2022 et le basculement de l’opinion Kazakhe en faveur de l’Ukraine ?
Malheureusement, je ne suis pas en mesure de vous livrer des informations concrètes et précises à ce sujet. Mais, pour autant, j’ai décidé d’engager des poursuites judiciaires afin de protéger ma réputation professionnelle. Ces informations mensongères déforment les faits et portent gravement atteinte à ma réputation. De plus elles sont diffusées publiquement dans le but manifeste de nuire. Mes adversaires n’ont fait aucune tentative pour régler la situation à l’amiable. Dans ces circonstances, saisir la justice s’est avéré pour moi l’unique moyen d’obtenir une évaluation objective de la situation. Je crois que, dans le monde actuel, les media deviennent trop souvent un instrument d’influence et que diverses forces peuvent les utiliser pour servir leurs intérêts. Toutefois, toute conclusion définitive doit reposer non sur des suppositions, mais sur les résultats d’une enquête objective. Pour ma part, je préfère protéger ma réputation en agissant dans le cadre légal.
Vous êtes inscrit sur le site web ukrainien Myrotvorets. Ce site répertorie les profils associés à des activités hostiles à l’Ukraine. Comment expliquez-vous cette considération des autorités de Kyiv ?
Malheureusement, ce site web diffuse des informations déformées et mensongères à mon sujet, sans aucun fait, ni preuve. Il est fort probable que cela soit orchestré dans le cadre d’une campagne de désinformation de longue haleine visant à discréditer ma réputation et celle de mon pays, le Kazakhstan. J’ignore comment ces fausses informations se sont retrouvées sur ce site. Je suis convaincu que de telles décisions ne peuvent être prises sans une vérification rigoureuse des données, fondées sur des évaluations subjectives ou des informations incomplètes. Cela conduit inévitablement à des conclusions erronées. Quant à la perception de ce site par les autorités de Kyiv, à ma connaissance, il n’a aucun statut officiel auprès de l’État. Cependant, les décisions des organismes gouvernementaux sont prises dans le respect de la loi et sur la base d’informations vérifiées, et non uniquement sur la base de données provenant de telles plateformes
Envisagez-vous d’entreprendre des démarches pour faire retirer votre nom de la liste du site Myrotvorets ?
À ce jour, je n’ai entrepris aucune démarche civile ou administrative pour contester ou faire retirer mon nom de la base de données Myrotrovrets. Toutefois, je comprends les conséquences juridiques et les atteintes à ma réputation qu’une telle inscription dans cette base de données entraîne, et je me réserve le droit de protéger mes intérêts conformément à la loi. Si nécessaire, je pourrais envisager de saisir les autorités compétentes, y compris les tribunaux, et d’utiliser toutes les voies de recours légales. »
Considérez-vous ces attaques répétées contre vous comme une manœuvre malveillante de vos ennemis, visant également votre pays, le Kazakhstan ?
Je ne dispose d’aucune information crédible permettant de confirmer définitivement l’existence d’un mobile ou d’une quelconque corruption justifiant mon inscription sur cette liste, ainsi que pour toutes les violentes campagnes de dénigrement dont je suis victime. Toutefois, je pense qu’une explication possible réside dans une mauvaise interprétation des faits, ainsi que dans la diffusion d’informations inexactes et diffamatoires, notamment par certains journalistes ou media. Ces informations ont pu être utilisées sans vérification préalable, contribuant ainsi à forger une image erronée de moi ! »
Avez-vous été présent à l’audience du procès de Natalia Sadykova, à Kyiv, le 22 avril dernier ?
Non, je n’avais pas l’intention d’assister personnellement au procès contre Natalia Sadykova. Mes intérêts ont été représentés devant le tribunal par un avocat. J’en attends sereinement les conclusions.
Vous êtes considéré comme l’une plus importantes fortunes du Kazakhstan. Certains critiquent votre réussite. Les mêmes vous accusent de corruption, de détournement de fonds publics et d’abus dans l’attribution de marchés publics. Que leur répondrez-vous ?
Toutes ces accusations sont pures spéculations et sans fondement. Ma prospérité est le fruit de nombreuses années d’efforts dans mes activités entrepreneuriales. J’ai participé à divers projets commerciaux, établissant des partenariats à long terme avec la Chine, la Turquie, Hong Kong. Tous m’ont permis de développer mes entreprises. J’ai su identifier les marchés prometteurs, notamment les anciennes républiques soviétiques. La Turquie, les Émirats Arabes Unis ont aussi été de véritables eldorados où j’ai pu prospérer. J’ai construit des autoroutes, des ponts, des voies ferrées, des ports, d’importantes infrastructures, utiles à ces pays émergents. J’ai également construit de nombreux ouvrages majeurs au Kazakhstan. Tout cela, je le dois à mon seul travail, acharné, toujours au service de dirigeants ambitieux.
Ce récit est significatif et revêt une importance symbolique pour les nombreuses initiatives chinoises, partagées au débit des années 2000. Il y a aussi l’ambitieuse réalisation des Routes de la Soie, à laquelle j’ai aussi participé, apportant mon savoir-faire et mes nombreuses connections en Asie centrale. Toutes ces opérations commerciales continuent d’être menées conformément aux législations des pays concernés, en respectant toutes les procédures et normes nécessaires. Je tiens à préciser que je n’ai décroché aucun contrat public ces dix dernières années. Il s’agit donc là, une fois de plus, de calomnies qu’entretiennent sans s’être documenté, Sadykova et Petrusheva. Toutes mes activités se développent aujourd’hui exclusivement sur les marchés privés. Cependant, je sais que le succès engendre souvent envie et jalousie !
Pouvez-vous nous parler de vos relations d’affaires avec la Chine ?
Mes relations d’affaires avec la Chine se sont développées tout au long de ma carrière professionnelle. Elles ont principalement consisté en la mise en œuvre de projets d’infrastructure. J’ai collaboré à plusieurs reprises avec des partenaires chinois sur des questions liées à la construction, la logistique, la production, la transformation et d’autres secteurs, y compris le sport. Je suis actuellement président de la Fédération de wushu de la République du Kazakhstan.
J’entretiens donc des relations étroites et durables avec la Chine. J’ajoute que je parle le chinois, ce qui dans le monde des affaires est une valeur ajoutée très appréciée de nos interlocuteurs.
Que pensez-vous des relations entre le Kazakhstan et la France, premier pays de l’Union européenne à avoir reconnu l’indépendance de votre pays, le 25 janvier 1992, principal partenaire commercial de la France en Asie centrale ?
Je me réjouis des relations entre le Kazakhstan et la France, concrètes, pérennes et équilibrées. Elles sont constructives et mutuellement avantageuses. La France est un partenaire clé du Kazakhstan au sein de l’Union européenne. La coopération entre nos deux pays couvre un large éventail de domaines de l’économie et des investissements énergétiques, notamment avec Total, à la culture et à l’éducation. Le Kazakhstan est également un partenaire stratégique de la France, via Orano, pour l’approvisionnement en uranium, ce qui confère aux relations bilatérales une importance particulière dans le contexte de la sécurité énergétique et de la coopération à long terme. Depuis de nombreuses années, le Kazakhstan et la France entretiennent un dialogue constructif, fondé sur le respect mutuel et un partenariat stratégique, créant ainsi un environnement propice au développement de projets communs. Dans le cadre de ma carrière professionnelle, j’ai régulièrement entretenu des relations d’affaires avec des partenaires européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Serbie, y compris français, dans le cadre d’initiatives commerciales et d’investissement. Je reste convaincu que le potentiel de coopération entre le Kazakhstan et la France demeure important et que son développement est dans l’intérêt des deux parties. En ce qui me concerne, je ferai tout pour qu’il se développe au mieux. »
Pourriez-vous nous décrire de vos activités au cours des dix dernières années ?
Depuis 10 ans, ma carrière professionnelle s’est concentrée sur le développement et la gestion de projets d’entreprise, principalement dans les secteurs de la construction, des infrastructures et de la coopération internationale. J’ai également mis en œuvre plusieurs projets agricoles au Kazakhstan, accompagné de partenaires étrangers. Je profite également du succès de mes entreprises dans le bâtiment pour m’investir dans des projets autour de l’agriculture, la transformation, le stockage et la lyophilisation de fruits, ainsi que l’élevage de volailles. Ma société, FruitArt, est une entreprise spécialisée dans la culture, la transformation et l’exportation de fruits. Nous produisons 500 tonnes de fraises et en achetons 1 000 tonnes supplémentaires pour l’export. Notre unité de lyophilisation transforme entre 3 500 et 4 000 tonnes de petits fruits frais chaque année. Nous exportons 7 000 tonnes de pommes et approvisionnons également le marché local, grâce à nos entrepôts frigorifiques qui stockent jusqu’à 16 000 tonnes de pommes et 5 000 tonnes de fruits surgelés. Nous avons créé 600 emplois pour les habitants de la région, et ce n’est qu’un début ! Nous développons également des unités d’élevage de volailles, avec la planification de la construction d’un incubateur industriel pour la production d’œufs. Nous avons plusieurs autres projets dans les domaines de la transformation et de la production d’engrais. Enfin, nous sommes évidemment engagés dans les technologies de l’information, cherchant à développer notre business du côté des Emirats Arabes Unis, mais la situation de conflit a retardé nos investissements dans cette région. Je n’arrêterai jamais de travailler pour le bien de mon pays et de ses citoyens !
Vous inculquez aux jeunes les traditions kazakhes et l’amour du sport. On dit que vous investissez beaucoup dans le développement du sport kazakh. D’où vous vient votre passion pour les sports de combat ?
Comme je l’ai dit, j’ai une longue histoire avec le sport et j’accorde une importance particulière aux valeurs qu’il incarne : l’honnêteté, la responsabilité, le respect d’autrui, la patience, le travail et la volonté de progresser sans cesse. Les générations futures doivent comprendre l’importance de l’éducation, de la discipline et de la capacité à prendre des décisions de manière autonome. Tout cela leur donne confiance, car je considère que chacun d’entre nous est responsable de l’avenir du pays et je m’efforce de contribuer à son développement par mes activités. Par le biais de mes activités professionnelles, de mon engagement civique et de mon soutien aux initiatives sociales, je m’efforce d’inculquer le meilleur aux jeunes et de leur montrer l’exemple. Un exemple frappant est notre campagne, que nous avons menés pendant plusieurs mois, lors de la pandémie de COVID-19. Mes protégés et moi avons décidé d’apporter notre soutien aux personnes âgées isolées, de 80 ans et plus. Lorsque le confinement a été annoncé, les services sociaux ne pouvaient pas les atteindre, ni leur venir en aide. Nous avons alors commencé à préparer nous-mêmes des repas chauds chaque jour et à leur livrer des produits frais à domicile, plus d’un millier d’adresses rien qu’à Almaty. En deux semaines, nous avions déjà mis en place ce dispositif d’aide dans de nombreuses villes du Kazakhstan. Nous avons également fourni des repas aux médecins hospitaliers pendant cette terrible période. Cette année, j’ai apporté mon aide en fournissant du matériel et d’autres ressources essentielles lors de la mise en place d’hôpitaux temporaires dans les grandes villes du pays. Mon objectif est de léguer à mes enfants et aux générations futures un environnement plus durable, prospère et juste.
Pourquoi un tel engouement pour les sports de combat ?
Le sport occupe une place particulière dans ma vie. Il forge le caractère, enseigne la discipline et la patience, et inculque le patriotisme, le respect et le goût de la réussite. Concernant le sport, je tiens à préciser que mes détracteurs ont commenté mon implication accrue après 2022. Or, bien avant cela, dès le début des années 2000, j’étais déjà activement engagé, d’abord comme bénévole, puis comme officiel. En 2009, je suis devenu président du présidium de l’Union des arts martiaux de la République du Kazakhstan. Depuis plus de 15 ans, je dirige et participe au développement de diverses organisations sportives. Mon intérêt pour les sports de combat s’est développé dès mon plus jeune âge, en commençant par la lutte libre, puis le Wushu Sanda, et enfin les arts martiaux mixtes. Ces disciplines m’ont toujours attiré, non seulement pour l’effort physique qu’elles exigent, mais aussi pour les valeurs qu’elles incarnent : la discipline, le respect, la force de caractère et la recherche de l’excellence. Au fil du temps, cette passion s’est muée en un désir de soutenir et de développer le sport à l’échelle systémique de mon pays. C’est pourquoi je m’implique activement dans les instances des fédérations sportives, contribuant à créer un environnement propice au développement des athlètes. Je participe activement, au plus haut niveau, aux travaux des fédérations internationales, des arts martiaux et de l’haltérophilie au Kazakhstan. Mon engagement envers le mouvement olympique est sincère et de longue date ? Je suis aujourd’hui vice-président du Comité olympique du Kazakhstan, fonction pour laquelle je suis très reconnaissant de la confiance que mon pays m’accorde.
Propos recueillis par Eric Bazin, journaliste, et Michel Taube





















