
L’Inde a organisé début mars le Raisina Dialogue 2026 qui s’est tenue dans l’ombre de la confrontation en cours impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, avec le Golfe et l’Asie occidentale élargie comme principal théâtre.
Les intervenants de ce Davos indien ont décrit cette situation non comme une simple guerre régionale, mais comme un test de résistance pour l’ensemble de l’ordre mondial.
Le constat y a été implacable : les attaques et contre-attaques perturbent les voies maritimes en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz. Les marchés de l’énergie réagissent instantanément, avec des répercussions sur l’inflation et la reprise économique à l’échelle mondiale.
Les acteurs régionaux du Conseil de coopération du Golfe se retrouvent tiraillés entre d’anciennes garanties de sécurité et de nouvelles stratégies d’équilibrage avec Téhéran, Pékin et les puissances émergentes.
Enfin, la confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran redessine les routes maritimes de l’Indo-Pacifique, la sécurité énergétique et les coûts d’assurance.
Sur ce constat complexe, les voix venues du Golfe ont exprimé une inquiétude claire : ne pas être contraintes à des choix binaires dans un conflit qu’elles ne contrôlent pas. Leurs priorités sont directes : protéger les infrastructures énergétiques, maintenir ouvertes les voies maritimes et empêcher une escalade susceptible d’embrasser toute la région.
Comment l’Inde joue une carte difficile avec habileté
Pour l’Inde, qui est très proche d’Israël et dont, cette crise n’a rien d’un cas d’école abstrait en politique étrangère. Elle constitue un test direct de son autonomie stratégique et de sa crédibilité en tant que puissance responsable.
Lors du Raisina Dialogue, les responsables et stratèges indiens ont défendu une ligne articulée autour de trois idées centrales :
- Autonomie stratégique, et non neutralité
L’Inde condamne clairement le terrorisme et les attaques contre les civils, tout en évitant de s’enfermer dans une logique de camps. Elle entretient des liens solides avec les États-Unis, une très forte amitié avec Israël (le premier ministre Narendra Modi s’est rendu dans l’Etat hébreu le mois dernier), des relations énergétiques et humaines profondes avec les pays du Conseil de coopération du Golfe, ainsi qu’une relation fonctionnelle avec l’Iran. Cet exercice d’équilibre n’est pas un signe de faiblesse ; il constitue la manière pour l’Inde de préserver sa marge de manœuvre dans une région dense et instable.
- Sécurité énergétique et protection des populations
Des millions de citoyens indiens vivent et travaillent dans le Golfe. Une part significative des importations énergétiques de l’Inde transite par des eaux contestées. Les discussions du Raisina Dialogue ont mis en avant la planification des évacuations, la protection des voies maritimes et la diversification énergétique comme des priorités politiques concrètes, et non de simples déclarations d’intention.
- Une plateforme, sinon un médiateur
L’Inde ne joue pas officiellement le rôle de médiateur entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Toutefois, en accueillant à New Delhi des dirigeants, ministres et experts issus de l’ensemble du spectre géopolitique, elle a offert une plateforme neutre rare où les messages peuvent être testés et des convergences informelles explorées.
En somme, un peu comme la France lorsqu’Emmanuel Macron dit ne vouloir faire la guerre à personne, l’Inde démontre sa capacité à rester ferme sur ses principes, souple dans sa pratique et pragmatique dans la défense de ses intérêts – une combinaison que de nombreux observateurs européens jugeront familière et de plus en plus indispensable.
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