Edito
10H32 - mardi 26 janvier 2021

Un Beauvau de la sécurité pour échapper au Vendôme de la Justice. L’édito de Michel Taube

 

Le « Beauvau de la sécurité » (on a échappé au « Grenelle » au bénéfice de la Place qui héberge le ministère de l’Intérieur) s’est ouvert le 25 janvier, dans une relative indifférence, Covid et prochain confinement obligent, malgré l’affaire Yuriy, du nom de cet adolescent lynché par une bande de jeunes de la banlieue voisine, le terme « jeune » procédant de l’amalgame, employé à dessein pour éviter d’en faire un autre. 

La grand-messe de la sécurité fut surtout initiée par le président de la République sur fond de violence… policière. Quelques bavures, certaines racistes, furent montées en épingle, éclipsant une violence endémique, notamment dans les cités, une véritable haine anti-flic. Le racisme, l’antisémitisme, souvent l’islamisme, la haine de la France, la délinquance qui sévit dans une partie de cette population qui se dit elle-même racialisée (c’est leur obsession) est passé au second plan. 

Emmanuel Macron veut une concertation nationale pour améliorer les pratiques policières et renouer les liens entre les Français et leur police. Quels Français ? Ils ont toujours été largement majoritaires à lui faire confiance. Bien plus que les politiques, les juges ou les médias. Renouer les liens entre la police et les jeunes électeurs, et accessoirement rassurer les forces de l’ordre qui ont le sentiment d’être abandonnées par le chef de l’État, lorsqu’il évoqua la violence policière et son racisme, comme s’il s’agissait d’un phénomène de grande ampleur.

Donc, place Beauvau, toutes les deux semaines, des experts et des élus vont phosphorer sur l’avenir de notre police. Il va falloir faire passer la loi de sécurité globale, qui ne plaît pas à certains jeunes et globalement à la gauche, et jouer la montre à l’égard d’une police dont les moyens rappellent parfois davantage le gendarme de Saint-Tropez que les policiers d’élite des séries américaines.

En réalité, nul besoin de concertation et de grand show pour écrire la feuille de route : augmenter considérablement le budget de la police, la moderniser, la protéger juridiquement et techniquement contre les violences dont elle est l’objet, notamment grâce à la généralisation des caméras-piéton. La peur doit changer de camp, mais Emmanuel Macron ne l’a pas encore compris. Sa popularité progresse dans les enquêtes d’opinion, ce qui est surprenant, vu l’humeur et l’exaspération des Français. Mais le dernier sondage Harris Interactive pour le quotidien L’Opinion le donne derrière Marine Le Pen au premier tour de la prochaine présidentielle. Il confirme aussi un effondrement de la gauche, même si la madone parisienne des vélos, Anne Hidalgo, se lançait dans la bataille. Elle serait même derrière le candidat islamogauchiste Mélenchon qui franchirait à peine la barre des 10 %.

Les Français sont exacerbés par la violence et l’impunité des délinquants et non de la police. Emmanuel Macron devrait en prendre acte. Mais ils savent aussi que la justice porte une lourde responsabilité dans cette impunité, qui n’est plus seulement un sentiment. 

L’autosatisfaction permanente des magistrats, tout comme leur irresponsabilité, est devenue indéfendable. Trop de délinquants, même multirécidivistes, sont arrêtés par la police et aussitôt relâchés, en particulier s’ils sont mineurs. Les lourdes peines prévues par la loi sont un leurre, car le juge bénéficie d’un pouvoir d’interprétation qui va bien au-delà de l’individualisation de la peine. Il dégénère en arbitraire judiciaire et en politisation de la justice. Lorsque le juge répressif condamne, le délinquant n’exécute que rarement sa peine, faute de place en prison, ou de cet usage abusif des garanties de représentation (une adresse et une promesse d’embauche, même bidon) par le juge de l’application des peines pour éviter la prison aux délinquants. 

Toute la chaîne pénale est à revoir, pas nécessairement dans le sens du tout carcéral. Une des raisons du surpeuplement des prisons est que les délinquants n’en ont pas peur. Trop souvent, ils ne finissent incarcérés qu’après un crescendo dans la délinquance qui va parfois jusqu’au crime.

Les politiques hésitent à s’attaquer à la justice. Ils la craignent. Nicolas Sarkozy, François Fillon, et aujourd’hui les procès qui s’annoncent sur fond de Covid. La thématique de la dictature des juges progresse dans l’opinion. Ils sont pointés du doigt pour leur mansuétude, même si c’est l’institution judiciaire et le droit pénal, plus que les juges, qui en portent une large responsabilité. Alors que débute le Beauvau de la sécurité, c’est un Vendôme de la Justice qui devrait se préparer. Un vœu pieux, sans doute pour longtemps. A moins qu’en 2022 une femme ou un homme vienne enfin mettre les choses dans l’ordre et accomplir la promesse de révolution qu’annonçait Macron avant de trahir son engagement fondateur.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

 

Directeur de la publication