Edito
18H35 - vendredi 22 janvier 2021

Charte des principes de l’islam de France : tournant historique ou mirage dans le désert ? L’édito de Michel Taube

 

Emmanuel Macron serait-il naïf au point de penser que l’adoption d’une Charte va changer le cours des choses ?

Les avis sont partagés sur la portée de la Charte finalement signée par deux-tiers des fédérations qui composent le Conseil français du culte musulman (CFCM). L’association ultra rigoriste Foi et Pratique, une des neuf fédérations censées représenter l’islam de France, a refusé de signer la charte. Deux autres, dont le CCMTF sous influence turque, exigent d’amender le texte avant d’envisager de la signer. Faut-il saluer cette franchise ? Tous les récalcitrants demandent à consulter leurs bases car ils savent très bien que ces dernières sont encore plus rigoristes que leurs représentants.

Certains commentateurs voient dans cette charte une formidable avancée vers un islam de France parfaitement intégré à la République, comparable à celle obtenue par Napoléon à l’égard des Juifs en 1807, lorsque le Grand Sanhédrin accepta l’entière soumission aux lois laïques en échange d’une pleine citoyenneté des Juifs. L’analogie est hâtive et la comparaison peu pertinente, les juifs, au demeurant largement moins nombreux que les musulmans aujourd’hui, n’ayant jamais eu de dessein prosélyte.

Néanmoins, il est exact que la charte des principes de l’islam reconnaît une forme de soumission de l’islam à la loi laïque et à quelques-uns de ses principes, y compris l’égalité entre femmes et hommes, comme l’ont fait avant lui le christianisme et le judaïsme. Elle affirme également que la France n’est pas l’ennemi de l’islam, ce qui n’est pas sans importance après les vociférations haineuses de leaders politiques et religieux dans le monde arabo-musulman. On y remarque aussi la condamnation des salafistes et des frères musulmans. Sous cet angle, le problème de l’islam politique apparaît réglé. La page est tournée et on peut passer à autre chose. Bravo Macron, le Napoléon du XXième siècle !

Mais la mariée n’est-elle pas trop belle ?

D’autres analystes sont en effet bien plus circonspects : d’abord, l’engagement pris dans cette charte n’est en définitive que formel. On le sait bien : quand des dirigeants n’arrivent pas à (ou ne souhaitent pas) changer les mœurs, ils adoptent une Charte, excellent paravent pour l’opinion publique.

Ensuite, il manque du monde à l’appel. Les musulmans se réclamant des fédérations refusant de s’y associer vont-ils ouvertement prôner et pratiquer le séparatisme ?

D’un point de vue théologique, la plupart des écoles juridiques de l’islam sunnite ne sont en phase avec cette charte des principes de l’islam, par exemple en ce qui concerne l’égalité des femmes et des hommes, ou l’apostasie. Leur enseignement et leur jurisprudence sont la plupart du temps l’antithèse de la laïcité. Certaines doctrines, comme celle défendue par le Roi du Maroc, prônent la contextualisation du message coranique et donc son intégration dans les cadres juridico-politiques modernes. Mais les luttes idéologiques internes à l’islam sont féroces.

S’agissant de l’influence étrangère, aucune mosquée ou institution financée par l’Algérie, la Turquie, le Maroc, ou accessoirement le Qatar, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite ne rompra ses relations avec ses financeurs, bienfaiteurs, influenceurs. Ces derniers ne l’entendraient d’ailleurs pas de cette oreille, en particulier le président turc Erdogan, qui considère l’assimilation comme une violation des droits de l’homme (sauf en Turquie, bien sûr !) et veut développer un islam radical et nationaliste qui s’affranchirait des règles des pays d’accueil.

D’un point de vue politique, que vaut la signature des représentants des Musulmans de France (ex-UOIF) en bas d’un document reconnaissant l’égalité entre les femmes, qu’ils s’acharnent à voiler, même à l’enfance, et les hommes ? Quel crédit accorder à leur condamnation des frères musulmans, alors que le premier reproche qui leur est fait est d’en être l’émanation ? Si cette mise en scène n’est pas de la taqîya (stratégie de dissimulation et d’infiltration), cela y ressemble beaucoup.

Les leaders d’opinion de l’islam politique et radical, dans le monde associatif, culturel ou cultuel, dans les clubs sportifs, les entreprises ou les services publics, œuvrent méthodiquement à installer le séparatisme. Et ce n’est pas un bout de papier qui va les en dissuader. D’année en année, de rapport en rapport (Institut Montaigne, Fondation Jean Jaurès…), d’enquête en enquête, tous les indicateurs confirment le glissement de la communauté musulmane vers une certaine radicalisation conduisant au séparatisme, en particulier chez les jeunes, désormais majoritaires à privilégier la charia, lorsqu’elle est en conflit avec la loi nationale. C’est l’exact contraire des engagements figurant dans la charte des principes de l’islam concoctée par le CFCM, dont la représentativité est plus que jamais sujette à caution.

Dans les relations internationales et dans les guerres, on a coutume d’affirmer que l’on se comporte comme si les partenaires étaient de bonne foi, mais qu’on se prépare comme s’ils ne l’étaient pas. La guerre contre l’islam radical est interne, mais avec de fortes implications et influences externes. Cet adage peut lui être appliqué, mais vu la nature de certains interlocuteurs, il est difficile de croire au conte de fée d’un islam de France subitement laïc, républicain dans sa globalité, et débarrassé des néfastes influences étrangères.

Il est temps que les partisans d’un Islam sécularisé et laïc aillent beaucoup plus loin que la rédaction poussive d’une pétition de principe et qu’ils prennent les mille et une mesures, douloureuses mais nécessaires, pour fondent enfin un véritable Islam de France.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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