Edito
06H55 - lundi 18 mai 2020

Au secours, les gilets jaunes et la gauche reviennent ! L’édito de Michel Taube

 

 

Emmanuel Macron va-t-il mettre un coup de barre à gauche pour préparer la présidentielle et tenter de couper l’herbe sous le pied d’une gauche qui se (re)voit pousser des ailes ?

Tandis que le nouveau calendrier du second tour des élections municipales est sur le point d’être annoncé (probablement pour fin juin), ce dont nous débattrons ce soir avec Didier Maus dans le Live Opinion Internationale, le monde d’après ressemble de plus en. plus, déjà, à un retour au monde d’avant.

La colère française qu’ont exprimée fin 2018 et en 2019 les gilets jaunes est légitime. Ce ne sont pas les infirmières, les aide-soignantes et les urgentistes qui diront le contraire. Mais la traduction politique qui en a été la leur les a conduits dans une impasse. Et voilà que Jérôme Rodriguez appelle les gilets jaunes, chez nos amis de Putsch, à désigner un porte-parole du mouvement pour lui donner une seconde chance d’aboutir politiquement. Une nouvelle force politique de gauche est annoncée…

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C’est qu’on se bouscule à gauche pour réinventer le monde d’après et la France d’après : une dizaine de députés macroniens de gauche (le coup de force des frondeurs aura fait chou blanc) vont désormais voler de leurs propres ailes. Surtout relevons l’initiative audacieuse de l’ancien député socialiste Christian Paul et du journaliste économique Guillaume Duval qui ont publié dans plusieurs médias la tribune « Au cœur de la crise, construisons l’avenir » signée notamment par le communiste Ian Brossat, Raphaël Glucksmann du mouvement Place publique, l’écologiste Yannick Jadot, le patron du Parti socialiste Olivier Faure, et 150 personnalités. Jean-Christophe Cambadélis n’est pas en reste qui propose, dans un entretien avec Opinion Internationale, « un nouvel Epinay de la gauche », convaincu que l’élaboration d »un nouveau projet de société doit aller de pair avec la structuration en organisation politique de ce mouvement d’idées. L’ancien premier secrétaire du PS a tactiquement raison mais sera-t-il entendu par les autres ténors de sa famille politique ? Et la France Insoumise, seule dans son coin, retorse à tout élargissement pour mieux conserver le leadership électoral gagné en 2017, risque de faire échouer ces tentatives d’union des gauches.

L’enjeu est vital pour la France. L’échec annoncé du logiciel macronien (le en même temps était séduisant pour prendre le pouvoir mais inopérant pour l’exercer en tant de crise) peut donner leur chance au réveil de la gauche et de la droite républicaines. Mais la question est : vers quel bord vont braquer les Français ? A gauche toute pour une politique souverainiste audacieuse et réintroduire plus d’Etat, plus de centralisme, plus de jacobinisme, tendance naturelle d’une gauche française qui fête cette année son siècle de récupération marxiste (avec le congrès de Tours de décembre 1920) ?A gauche toute pour, plutôt, une nouvelle étape de décentralisation massive, de décompression de la tutelle administrative parisienne et de réinvention du rapport entre les Français et l’Etat ? Mais qui à gauche saurait franchement mener ce projet ?

Ou à droite toute pour réaliser la promesse libérale de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 ?

La droite républicaine devrait prendre exemple sur la gauche qui a le mérite de lancer ces initiatives fortes pour proposer elle aussi une tentative de dépassement de ses divisions internes, idéologiques et partisanes. Elle n’en prend pas le chemin pour le moment : dénoncer le manque de masques ne suffira pas à esquisser un dessein pour la France.

Le projet libéral que portait Emmanuel Macron, sacrifié par son refus de mener une réforme profonde de l’Etat, qui restera, avec son déni du nécessaire combat contre l’islam radical, comme le grand échec de son quinquennat, reste à accomplir. Un grand centre droit, libéral, à la fois souverainiste et européen, écologiste et social, peut encore se recomposer.

En embuscade, Marine Le Pen, avec son projet de repli sur soi et de retour de l’Etat, compte les points et pourrait à nouveau profiter du réveil de cette colère française que tente de capter une gauche au logiciel hérité d’un autre siècle qui est pourtant, lui, bien achevé.

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

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