Edito / Editorial
Asie-Pacifique /
12H11 - mardi 24 mars 2015

Il faut sauver Serge Atlaoui et les condamnés à mort indonésiens

mardi 24 mars 2015 - 12H11

 

Je suis contre la peine de mort, contre cette barbarie.

La peine de mort n’est jamais dissuasive, ni aux Etats-Unis ni en Chine ni en Indonésie. Comme de nombreux Indonésiens et ressortissants étrangers, le Français Serge Atlaoui est menacé d’exécution d’un jour à l’autre, accusé de complicité dans un trafic de drogue.

Nous ne sommes pas ici pour donner la moindre leçon à la justice indonésienne. Nous respectons la souveraineté de l’Etat indonésien et saluons le peuple indonésien. Mais la vie d’un homme, la vie de tout homme mérite de se mobiliser lorsque la justice et les libertés fondamentales sont en cause. Et c’est le cas aujourd’hui !

Nous comprenons la lutte sans merci que les autorités indonésiennes conduisent pour éradiquer le trafic de drogue. Mais nous ne comprenons pas que les peines les plus sévères s’appliquent indistinctement à toute personne interpellée, allant de la simple possession, aux complicités techniques et logistiques jusqu’à des rôles plus significatifs. Serge Atlaoui a subi, plus qu’il n’y a pris part, une entreprise dont il ignorait manifestement les tenants et les aboutissants.

La peine de mort ne dissuadera jamais les chefs de réseaux d’orchestrer leur sordide dessein. Et quant aux personnes arrêtés, une peine sévère mais rédemptrice pourrait, plutôt qu’une mise à mort sanglante, les transformer en agents de lutte contre la drogue. En Asie du sud-est, trop de pays « saluent » chaque année le 26 juin, la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, par des dizaines d’exécutions. Cela a-t-il fait baisser le trafic de drogue ? La réponse est non.

Concernant Serge Atlaoui, quels sont les faits ? Serge Atlaoui a été arrêté en 2005 dans un laboratoire clandestin de production d’ecstasy. La Cour suprême indonésienne l’a condamné à mort en 2007. Serge Atlaoui a toujours clamé son innocence. Son supérieur hiérarchique, un Indonésien, condamné à mort lui aussi, a eu droit à la révision de son procès. Pourquoi pas Serge Atlaoui ? Y a-t-il une justice discriminante pour les étrangers ?

Mercredi 11 mars 2015, au cours de l’audience qui examinait la demande en révision de son procès – ultime recours possible –, et alors que des faits nouveaux semblaient apportés par la défense, la justice indonésienne a refusé d’accepter les nouveaux témoins présentés par celle-ci, et a reporté au mercredi 25 mars 2015 l’énoncé de sa décision.

Le parquet général indonésien cite aujourd’hui le nom de Serge Atlaoui dans une liste d’étrangers condamnés à mort qui seraient exécutés prochainement. L’audience du 11 mars dernier laisse planer peu de doutes quant à la réponse judiciaire qui sera donnée à cette requête.

Si Serge Atlaoui était exécuté, cela ferait de lui le premier Français exécuté depuis Jérôme Carrein en 1977, soit depuis 38 ans.

Mais notre mobilisation ne concerne pas qu’un Français. 133 personnes sont actuellement condamnées à mort en Indonésie dont 59 pour trafic de drogue. Parmi eux, 42 sont de nationalités étrangères (France, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Australie, Brésil, Chine, Inde, Iran, Malaisie, Népal, Nigéria, Pakistan, Philippines, Sénégal, Zimbabwe et États-Unis).

Le 18 janvier 2015, le Président Joko Widodo avait ordonné l’exécution de six condamnés à mort : une Indonésienne, et des citoyens du Brésil, des Pays-Bas, du Vietnam, du Malawi et du Nigeria.

Nous avons écrit à l’ambassadeur d’Indonésie en France et demandé une audience.

Mobilisons-nous pour que Serge Atlaoui ne rejoigne pas cette triste liste de personnes exécutées pour rien et rappelons avec force que nous sommes opposé à la peine de mort en toutes circonstances…

Président de l’Union Internationale des Avocats

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