
Le 14 octobre dernier, Claude Moniquet, co-président d’ESISC (European Strategic Intelligence and Security Center), consultant (CNEWS et Europe 1)et auteur*, organisait, au Parlement européen, avec la députée suédoise Béatrice Timgren, une table ronde sur « l’antisémitisme en Europe 3 ans après le 7 octobre ».
Non seulement cette rencontre a été l’occasion de riches échanges, devant une salle comble, mais les intervenants ont mis en lumière le manque d’action de l’Europe contre l’antisémitisme au regard de sa dimension redevenue systémique.
Les différents intervenants ont analysé les causes de la montée vertigineuse de l’antisémitisme ces trois dernières années et se sont prononcés sur la manière dont les institutions européennes peuvent y répondre. Leur discussion s’est concentrée sur quatre thèmes : déterminer l’origine (venant entre autres de l’étranger) de ce « nouvel antisémitisme » ; veiller à ce que les fonds publics ne soient pas utilisés pour soutenir l’antisémitisme ou la radicalisation ; empêcher les idées antisémites de s’implanter grâce à l’éducation ; et protéger les personnes et les communautés juives contre le harcèlement, les menaces et les appels à la violence.
Béatrice Timgren (groupe ECR, Conservateurs et Réformistes Européens), qui était l’hôte de cette table ronde, a ouvert la séance en évoquant ce qu’elle a qualifié d’incapacité de l’Europe à tirer les leçons du 7 octobre. Elle a critiqué les manifestations organisées dans les villes européennes qui, selon elle, célébraient le Hamas tandis que les victimes juives ne suscitaient que peu de sympathie. Elle a également appelé à ce que les financements de l’UE soient tracés jusqu’aux bénéficiaires finaux, y compris les sous-traitants, et a averti que les accusations d’islamophobie ne devaient pas empêcher de scruter de près les organisations islamistes et leur financement.
« La démocratie ne nous oblige pas à financer ses ennemis »
Pour Béatrice Timgren : « Trois ans après le 7 octobre, l’Europe n’a toujours pas tiré les leçons de cette tragédie. Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, nous avions dit : “Plus jamais ça.” Mais nous y revoilà. L’attaque du 7 octobre a été le pire massacre de Juifs depuis l’Holocauste. Lorsque des Juifs ont été assassinés, ils n’ont pratiquement pas trouvé un seul mot de sympathie. La démocratie ne nous oblige pas à financer ses ennemis. La tolérance n’implique pas la capitulation. Des millions de musulmans européens veulent la sécurité, la liberté, une vie meilleure et s’intégrer à la société européenne — pas l’islam politique ».
Les participants ont, ainsi, appelé à une action plus rapide de la part des plateformes en ligne et des pouvoirs publics, à une meilleure coordination entre les juridictions et à un soutien efficace aux personnes visées. Ils ont souligné que personne ne devrait être victime de harcèlement ou de menaces en raison de son appartenance à la communauté juive, et que les appels à la violence ne devaient pas pouvoir circuler sans une réponse rapide.
La discussion a également mis en évidence la nécessité d’une plus grande transparence et d’une meilleure responsabilisation dans l’attribution des financements de l’UE et des États membres. Les orateurs ont, unanimement, réclamé des informations claires sur les bénéficiaires des subventions et les objectifs des activités financées, un suivi efficace, ainsi qu’un examen indépendant en cas de préoccupations fondées. Toute mesure, ont-ils souligné, doit être fondée sur des preuves et conforme au droit européen et aux droits fondamentaux.
Patricia Teitelbaum, présidente de l’IMPAC, a abordé les origines et le financement de l’antisémitisme, ainsi que les mesures que l’Union européenne pourrait prendre pour y remédier : « Alors que le Qatar et d’autres sources du Golfe ont injecté des milliards dans des réseaux liés aux Frères musulmans à travers l’Europe et les États-Unis depuis plus de 40 ans — en finançant des mosquées, des groupes de jeunes, des médias, des ONG et des projets éducatifs —, nous ne pouvons pas nous étonner que tant de jeunes Européens diabolisent aujourd’hui Israël. En Belgique, les supports pédagogiques biaisés et les discours partiaux recensés par l’IMPAC ont façonné ces attitudes dans les écoles depuis plus de 20 ans. »
L’éducation a été identifiée comme un élément essentiel d’une réponse durable. Les intervenants ont discuté de l’importance d’enseigner l’histoire et l’identité juives, d’aider les éducateurs à faire face à l’antisémitisme contemporain et de permettre aux jeunes de comprendre la contribution des communautés juives à la société européenne.
Goel Jasper, directeur de la communication à la Fondation Yael – qui finance et soutient des écoles juives à travers le monde -, a évoqué l’éducation comme moyen de renforcer l’identité juive et de lutter contre l’antisémitisme. Il a fait valoir que les jeunes Juifs devaient être soutenus pour prendre confiance en eux et prendre conscience de leur capacité à apporter une contribution positive à la société : « On ne peut pas résoudre l’antisémitisme en se concentrant uniquement sur l’antisémitisme. L’antisémitisme est une maladie de celui qui hait, pas de celui qui est haï. Au fond de nous, nous croyons que l’antidote ultime à l’antisémitisme est le pro-sémitisme. Le pro-sémitisme consiste à former des Juifs fiers, confiants et compétents, qui savent qu’ils ont une formidable opportunité d’influencer le monde de manière positive. Si nous avions passé des siècles à dire aux enfants juifs à quel point certains éléments de la société pouvaient les haïr, ou à leur apprendre à se cacher sous un bureau, ou encore à se disputer avec un manifestant en ligne, nous aurions construit une forteresse défensive, mais nous aurions négligé les fondations nécessaires à notre avenir… »
« A la Fondation Yael », a-t-il ajouté, « nous pensons que l’antisémitisme est une maladie qui touche celui qui hait, et non celui qui est haï. C’est une obsession de ceux qui trouvent un sens à leur vie dans la ruine d’autrui. Pourquoi les enfants juifs devraient-ils laisser les sombres obsessions de ces personnes définir leur identité ? »
Réaliser le rêve nazi d’une Europe Judenrein…
Personnellement, j’ai présenté un panorama de l’antisémitisme en Europe depuis le 7 octobre et expliqué qu’il s’agissait désormais d’une haine très largement importée : « Un « nouvel antisémitisme » n’a pas cessé de se développer, venu du Moyen-Orient et du monde arabe, se nourrissant de l’antisionisme et du conflit israélo-palestinien et propagé en Europe par la frange radicalisée de la jeunesse d’origine extra-européenne, par l’extrême gauche et, malheureusement, par certains courants de la gauche traditionnelle et des partis écologistes. » Je n’ai pu faire autre que conclure sur une note pessimiste en évoquant ce que seraient les conséquences de l’inaction européenne face à l’antisémitisme : « Chacun doit être conscient qu’il est minuit moins cinq. Il n’est plus temps de se borner à des condamnations vagues et sans effet sur la réalité. Il est temps, au contraire, d’agir, de manière décisive. Si nos gouvernements et l’Union européenne ne réagissent pas, s’ils se contentent de discourir, la crise que nous vivons aura une conséquence claire et évidente. Depuis 2023, en Europe, les Juifs ont commencé à envisager de quitter leurs pays. Certains l’ont fait et sont partis en Israël, en Amérique du nord, en Australie ou ailleurs. Et ce mouvement va se poursuivre Si la réaction n’est pas ferme et sans concessions, dans 20 ans, il n’y aura plus, en Europe que des communautés juives réduite au minimum, ne rassemblant plus que les derniers optimistes, les inconscients ou ceux qui sont trop vieux ou trop pauvres pour partir. Ainsi se réalisera le rêve nazi : l’Europe sera Judenrein… ».
Avocate au barreau de Paris, Alice Zarka a évoqué des cas concrets et les défis juridiques posés par les attaques numériques coordonnées : « De telles attaques peuvent poursuivre plusieurs objectifs, notamment nuire aux intérêts économiques et à la réputation d’entreprises et de particuliers, diffuser des discours de haine et déstabiliser les institutions démocratiques. Je tiens tout particulièrement à attirer l’attention sur la manière dont ces techniques peuvent être utilisées pour faire resurgir, sous une forme moderne, des stéréotypes antisémites historiques. Par exemple, le préjugé tenace selon lequel les Juifs contrôlent le système bancaire peut désormais se manifester par des allégations de blanchiment d’argent ou de corruption, accompagnées de références répétées à l’identité juive ou israélienne des personnes visées. »
La Yael Foundation ciblée par une campagne de haine en ligne
Elle a illustré son propos en évoquant un cas concret : « Je voudrais citer le cas d’Uri Poliavich, entrepreneur et cofondateur de la Fondation Yael, une organisation dédiée à la promotion de l’éducation juive à travers le monde. Il a été la cible d’une campagne malveillante en ligne comportant, entre autres allégations, des accusations de blanchiment d’argent. Ces accusations ne sont liées à aucune procédure judiciaire identifiée et ne s’appuient sur aucune preuve étayée et vérifiable de manière indépendante. »
L’imam Hassen Chalghoumi, président de la Conférence des imams de France, bien connu pour son inlassable combat pour instaurer un islam pacifié, ouvert et tolérant et pour sa lutte sans concession contre l’antisémitisme a rappelé les préoccupations liées aux idéologies extrémistes, à leur influence au sein de la société civile et des institutions publiques, ainsi qu’à leur lien avec l’antisémitisme : « Les Frères musulmans exploitent le sentiment de victimisation des jeunes, utilisant leurs souffrances pour la transformer en haine ; ils agissent dans l’ombre et infiltrent les institutions religieuses musulmanes. »
Enfin, Cristian Terheș, député européen représentant la Roumanie, lui aussi membre du groupe ECR, a évoqué l’utilisation des fonds européens dans l’éducation à la haine des jeunes Palestiniens et dans les versements effectués par l’Autorité palestinienne aux terroristes condamnés et à leurs familles : « Trois ans après les attentats du 7 octobre, nous devons appeler les choses par leur nom. L’Europe s’était promis que cela ne se reproduirait plus jamais, et pourtant elle a financé ceux qui enseignent la haine des Juifs. Dans des écoles gérées par les Nations unies et financées par les contribuables européens, on apprend aux enfants palestiniens à admirer Dalal Mughrabi, qui a orchestré le massacre de 38 Israéliens, dont 13 enfants. Un enfant qui apprend le mot « martyr » dès le CP n’est pas éduqué à la paix, mais à la haine. L’antisémitisme que l’on observe aujourd’hui dans les rues et sur les campus européens ne surgit pas de nulle part. Il est enseigné, il est récompensé et, trop souvent, il est financé. L’Autorité palestinienne a déclaré au monde entier qu’elle avait mis fin au système de « rémunération pour meurtre ». Pourtant, les États-Unis ont découvert qu’elle avait versé plus de 200 millions de dollars à des terroristes et à leurs familles rien qu’en 2025. On ne peut pas récompenser le meurtre et appeler cela de l’aide sociale. L’Europe a été bâtie sur des fondements judéo-chrétiens, sur le caractère sacré de toute vie humaine, et le financement de ceux qui glorifient le meurtre des Juifs trahit ces fondements. Si nous voulons sérieusement mettre fin au financement de la haine, il ne doit plus y avoir un seul euro versé tant que les manuels scolaires n’auront pas été modifiés et que ces paiements n’auront pas cessé. C’est cela que signifie « Plus jamais ça » ».
La table ronde s’est conclue par un appel en faveur d’une réponse européenne coordonnée, alliant un contrôle rigoureux des financements publics, une protection efficace contre le harcèlement antisémite en ligne, une responsabilité juridique et un investissement durable dans l’éducation. Les participants ont souligné que les institutions publiques et les plateformes en ligne devaient réagir rapidement lorsque des personnes ou des communautés juives sont prises pour cible, et que les financements européens devaient être transparents et soumis à un contrôle effectif.
eule une mobilisation de toutes les instances européennes pourra faire reculer la haine antisémite. Notre idée d’instaurer le 7 octobre une Journée mondiale contre l’antisémitisme souhaite y concourir.
Michel Taube
Fondateur d’Opinion Internationale et d’Ensemble contre la peine de mort

Dernier ouvrage paru de Claude Moniquet : « Comprendre le 7 Octobre 2023 » (Volume 1: De la création d’Israël à l’offensive du Hamas) – Editions du Félin




















