Edito
18H01 - jeudi 22 octobre 2026

Le moment est venu d’organiser une grande Convention Républicaine. La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Une nation ne s’effondre pas seulement lorsque ses institutions tombent. Elle s’effondre quand ceux qui partagent les Valeurs de la République se contentent de regarder la catastrophe arriver. Elle s’effondre quand la « majorité silencieuse » se contente d’observer et quand personne ne se retrousse les manches. Elle s’effondre quand chacun joue sa partition dans son coin et oublie l’intérêt général.

Après la chienlit du 17 octobre, après les fractures accumulées, une évidence s’impose : la République ne peut plus attendre que les Républicains se mettent d’accord après la catastrophe.

Il faut que nous nous réveillions, que nous reprenions nos esprits, et que nous nous réunissions avant.

En juin 1964 naissait la Convention des Institutions Républicaines. Elle réunissait différents clubs et mouvements de la gauche non communiste et allait devenir, autour de François Mitterrand, l’un des instruments du rassemblement qui porta ce mouvement au pouvoir.

L’époque était différente. La méthode mérite pourtant d’être méditée.

Car aujourd’hui encore, le problème n’est pas l’absence de femmes ou d’hommes capables. Le problème est l’éparpillement.

Édouard Philippe regarde Gabriel Attal. Gabriel Attal regarde Édouard Philippe. Bruno Retailleau regarde David Lisnard. Chacun construit son espace, compte ses soutiens, mesure ses intentions de vote. Mais aucun ne gagnera. Aucun d’eux n’a pu créer l’envie, la dynamique.

A en croire les derniers sondages, aucun ne sera même au second tour. Et pourtant si on additionne les intentions de vote du camp républicain, le candidat qui portera le projet républicain du Centre et de la Droite aurait suffisamment de voix pour être au second tour et battre le RN.

Mais pendant ce temps, au lieu de réunir ce qui est épars, au lieu de rassembler au-delà des divergences, la République se fragmente. Et nous laissons faire…

Or une présidentielle n’est pas un concours de présidents de club. C’est la rencontre d’un peuple avec un projet.

Et nous avons précisément inversé l’ordre des choses : nous cherchons d’abord l’homme ou la femme, avant d’avoir retrouvé ce que nous voulons faire ensemble. Impossible de rassembler avec ce « tout-à-l’ego » !

Je propose donc une Convention Républicaine. Pas une nouvelle boutique. Pas un parti supplémentaire. Pas une primaire de vanités.

Mais un lieu où tous ceux qui se reconnaissent dans les Valeurs de la République, dans la démocratie libérale, l’autorité républicaine, la laïcité, l’Europe, l’économie de responsabilité et la solidarité puissent enfin se retrouver.

De Gérard Larcher à Yaël Braun-Pivet. Avec Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, David Lisnard et tous ceux qui refusent que le débat public se résume à l’affrontement des colères et à la guerre des égos.

Ils ne pensent pas la même chose. Tant mieux.

Certains, comme Jean Louis Borloo et Xavier Bertrand, travaillent en profondeur, depuis quelque temps, sur un projet républicain avant de penser à leur propre candidature. Leurs idées, leurs programmes, leur énergie nous seront très utiles. C’est d’ailleurs cela que les Français attendent.

La République n’a jamais exigé l’uniformité, mais elle réunit ceux qui ont envie d’un avenir commun, autour de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité, de la Laïcité, dans une France indivisible, laïque, sociale et démocratique.

Cette Convention devrait accomplir trois choses.

D’abord, écrire un nouveau contrat républicain.

Quelques principes simples, non négociables : liberté, égalité, fraternité, laïcité, responsabilité ; autorité de l’État ; indépendance de la justice ; économie qui produit avant de distribuer ; solidarité envers ceux qui en ont besoin ; Europe capable de protéger ; école qui transmet et émancipe.

Ensuite, élaborer une dizaine de priorités communes. Pas trois cents promesses. Car gouverner, c’est savoir choisir.

Enfin, seulement ensuite, déterminer par une méthode transparente qui peut porter ce projet devant les Français, pour qu’il n’y ait qu’un seul gagnant : la France.

Le projet avant le casting. Le contrat avant l’ambition. La République avant les ego.

Ce qui nous menace n’est pas seulement une addition de crises. C’est la disparition progressive de ce lien invisible sans lequel aucune société ne tient : la confiance.

Confiance dans la parole publique. Confiance dans la justice. Confiance dans l’école. Confiance dans la possibilité d’apprendre, d’étudier, de travailler, de transmettre, de construire une famille, de vivre mieux demain qu’hier.

Une République n’est pas seulement une Constitution. C’est un pacte entre des millions d’inconnus qui acceptent de se reconnaître un destin commun. C’est cela qu’il faut reconstruire.

Non pas contre une partie de la France, mais Pour la France.

Nous avons trop longtemps cru que le refus des extrêmes constituait à lui seul un projet. Il n’en est rien. Le barrage n’est pas un projet. Et une digue ne sera jamais un horizon.

Il faut à nouveau donner envie.

Envie de travailler.
Envie de transmettre.
Envie d’entreprendre.
Envie de servir.
Envie de faire Nation.

Envie de ne pas être face à face mais ensemble, côte à côte.

La République n’a pas besoin d’un sauveur. Elle a besoin d’un rendez-vous. Organisons-le.

Une grande Convention Républicaine.

Pour réunir ce qui est épars. Pour écrire ce qui nous rassemble. Pour vivre ensemble.

Et pour rappeler qu’avant les ambitions des uns et les candidatures des autres, il existe quelque chose de plus grand que nous tous : l’intérêt général et notre avenir commun.

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers.

Vient de paraître sur Amazon : « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » Préface de Xavier Bertrand

Le mur n’est pas une fatalité. La chronique et le nouveau livre de Patrick Pilcer