
Je n’ai rien cassé. Je n’ai incendié aucune voiture, pillé aucun commerce ni dégradé aucun bâtiment public. Pourtant, comme des millions de Français, je risque de devoir payer pour des choix qui ne sont pas les miens. Je refuse de considérer cela comme normal. La justice doit protéger les victimes et sanctionner les coupables, pas l’inverse.
Le 17 octobre, des commerces ont été pillés et des équipements publics pris pour cible. À Limoges, l’hôtel de ville a été ravagé par les flammes. Derrière ces destructions, il y a des victimes, des dépenses et des conséquences qui continueront bien après la dispersion des rassemblements.
On a vu des commerçants agressés, des vitrines brisées, des stocks partis en fumée en quelques heures. Ces scènes nous ont frappés parce qu’elles incarnent une injustice visible : des personnes qui n’ont rien demandé deviennent les victimes de la violence des pillards. Pour avoir été commerçant à Paris, notamment dans le secteur de Bastille, je sais ce que représente un commerce : du travail, des engagements, des sacrifices, et des charges qui tombent même quand l’activité s’arrête.
Mais les commerçants ne sont pas les seuls. Les habitants, les salariés, les usagers des services publics, les contribuables, tous subissent les retombées de ces actes. Pourquoi devraient-ils assumer les conséquences d’actes qu’ils n’ont pas commis ?
Chaque choix entraîne des conséquences
Je respecte le droit de manifester et de s’opposer aux décisions du gouvernement. Mais une revendication ne donne aucun droit sur la propriété des autres.
On ne peut pas revendiquer la liberté et refuser d’assumer les conséquences de ses actes.
Si les destructions viennent d’une minorité, il faut établir les responsabilités de cette minorité. Ce n’est pas à tous les manifestants de payer indistinctement, ce n’est pas aux citoyens restés chez eux, ce n’est pas aux victimes d’avancer la note puis de l’oublier.
Lorsqu’un bâtiment public doit être réparé, les moyens mobilisés ne peuvent pas être consacrés à d’autres priorités, comme l’éducation, la santé ou la sécurité. Lorsqu’un commerce ferme après un pillage, ce ne sont pas seulement des vitres à changer. L’activité s’arrête, des revenus disparaissent, des emplois peuvent être menacés.
La facture ne disparaît pas parce qu’elle change de payeur.
Une réponse à la hauteur des faits
La première exigence est d’identifier les auteurs, de prouver leur responsabilité et de prononcer des sanctions à la hauteur de ce qu’ils ont fait.
Je distingue deux obligations : la peine et la réparation. Une peine n’efface pas une agression ni un incendie ; une réparation financière ne dispense pas de sanctionner.
Sur la sanction, ma position est claire : la gravité des faits doit être déterminante. L’âge de l’auteur ne diminue ni l’étendue d’un incendie ni les coups reçus.
Le droit actuel atténue certaines peines en fonction de l’âge ; je souhaite que cela évolue pour les faits les plus graves. Je refuse que la jeunesse serve à minimiser des actes dont les victimes subiront durablement les conséquences.
Il ne s’agit pas d’une recherche de sévérité pour elle-même, mais d’une réponse juste : établir ce que chacun a fait et lui en faire assumer les conséquences.
L’insolvabilité ne doit pas être une impasse
D’abord, identifier les auteurs et établir leur responsabilité. Ensuite, prononcer des sanctions et fixer les réparations dues aux victimes. Enfin, faire appliquer ces décisions.
Si l’insolvabilité fait obstacle, il faut chercher les moyens de rendre le remboursement possible. Constater qu’un responsable ne peut pas payer aujourd’hui ne règle pas ce qu’il doit.
Des dispositifs existent déjà : le Sarvi peut, sous conditions, aider les victimes à obtenir le paiement des dommages et intérêts puis en poursuivre le recouvrement, et le travail rémunéré en détention peut aussi contribuer à l’indemnisation.
Je veux aller plus loin : développer ces possibilités, organiser des remboursements dans la durée et assurer un suivi réel des sommes dues. S’il faut créer un cadre supplémentaire, créons-le. Si le remboursement doit s’étaler sur trente ans, donnons-nous les moyens de l’organiser.
Les victimes doivent être indemnisées rapidement, mais avancer l’indemnisation ne doit pas dispenser les responsables de rembourser.
C’est une question de justice. Faire supporter définitivement le coût à des innocents, c’est leur demander de payer à la place des coupables.
Protéger les victimes, punir les coupables à la hauteur de leurs actes et faire appliquer les réparations : voilà ce que j’attends de la justice.
Certaines pertes ne se remboursent pas
Même une réparation financière complète ne répare pas tout.
Une personne agressée ne retrouve pas sa tranquillité parce qu’une vitrine est remplacée. Une indemnisation peut reconnaître un préjudice ; elle ne garantit pas l’effacement du traumatisme.
Il en va aussi du patrimoine. L’hôtel de ville de Limoges, édifice du XIXe siècle ayant traversé les deux guerres mondiales, a subi des destructions majeures. Une restauration pourra réparer une partie des dégâts ; elle ne rendra pas la partie de notre Histoire qui a disparu avec les flammes.
On peut reconstruire. On ne peut pas faire traverser à cette reconstruction les décennies et les épreuves qu’avait traversées l’original.
Cette limite rend la prévention et la protection indispensables. Après la destruction, même l’argent ne suffit plus.
Je refuse de payer pour un combat que d’autres m’ont imposé. Non par manque de solidarité envers les victimes, mais parce que je refuse que la responsabilité s’arrête là où commence la difficulté de la faire appliquer.
Chacun doit répondre de ses actes. Ceux qui n’ont rien fait n’ont pas à devenir les payeurs par défaut de ceux qui ont choisi de détruire.

















