Opinion Outre-Mer
17H25 - lundi 19 octobre 2026

Malgré des violences sporadiques, l’ordre règne (pour le moment) en Martinique et en Guadeloupe ! L’édito de Michel Taube

 

Malgré des violences sporadiques, l’ordre règne (pour le moment) en Martinique et en Guadeloupe ! L’édito de Michel Taube

Pendant que les regards se concentrent sur les violences à Paris et dans les grandes villes de l’Hexagone, les Antilles vivent dans l’inquiétude d’une reprise de violences urbaines sous prétexte de vie chère.

Ainsi, la Guadeloupe a connu samedi soir une nuit avec quelques pillages [notre photo] et des incendies sporadiques. À Pointe-à-Pitre et aux Abymes, des commerces ont été vandalisés, certains détruits, et trois policiers ont été blessés par des tirs à balles réelles (des pistolets mitrailleurs selon nos sources). Un incendie criminel a été évité de peu contre un commerce en plein centre-ville.

Le pseudo collectif « Nou Las Palé » (« Fatigués de parler » en créole), mené par José Gaddarkhan, un chef d’entreprise désavoué par l’unanimité de ses confrères, tente d’étendre le mouvement. En vain pour le moment.

La Martinique, menacée par Rodrigue Petitot depuis des semaines, étrangement relayé par France-Antilles, attendait le 19 octobre avec inquiétude.

Dans la nuit du 18 au 19 octobre, quelques barrages enflammés sporadiques ont certes été dressés sur quelques routes. Au Marin, un abribus a été incendié. Ce lundi matin, des blocages perturbaient les déplacements, et les bus du TCSP étaient à l’arrêt en raison des obstacles à Sainte-Thérèse.

Au total, une vingtaine de barrages dont certains incendies ont été recensés dans 18 communes de la Martinique. Ce matin à 9h heure locale tous les barrages avaient été retirés sur les axes principaux pour les rendre à la circulation.

Les forces de sécurité intérieure ont été la cible de projectiles et contraintes de faire usage de moyens de dispersement. Six individus ont été interpellés.

Un commerce à Saint-Pierre et un grossiste pharmaceutique au Robert ont été saccagés et plusieurs véhicules incendiés.

Dans la nuit des vols à main armée ont aussi eu lieu au Lamentin et à Fort de France : au moins une équipe de braqueurs lourdement armés et s’exprimant en créole Saint Lucien ont été repérés selon la préfecture de Fort-de-France.

Depuis deux jours, deux constats peuvent être dressés :

  • sur les deux îles, la police et la gendarmerie sont très efficaces et mobiles pour dégager les barrages ;
  • la mobilisation est très faible, celle d’un mouvement peu populaire et uniquement porté par quelques voyous, manifestement divisés entre eux, que ce soit ceux qui soutiennent Petitot en Martinique, qu’en Guadeloupe avec ce quarteron de patrons isolés et lâchés par leurs collègues chefs d’entreprises.

Rodrigue Petitot serait-il sur le point de perdre son pari : mettre le feu à la Martinique, comme en septembre 2024 ? Le « R », le Roi Petitot, serait-il nu ?

Il est intéressant de rappeler que Rodrigue Petitot s’est rendu en Guadeloupe il y a une semaine : il a essayé de conquérir l’opinion publique mais il en est reparti pâle, insulté même par son ancien mentor Domota qui en 2009 avait mis le feu à la Guadeloupe avant que les Guadeloupéens ne se rendent compte quelques années plus tard de la forfaiture dont ils avaient été victimes.

Il est trop tôt pour le dire mais la question se pose déjà : les Antillais veulent-ils vraiment de la violence comme solution ? En Martinique, les dégâts de l’automne 2024 ont coûté cher non seulement aux entrepreneurs mais également aux salariés tout autant.

Heureusement, les Antillais, plus que leurs élus politisés, regardent les commerçants et les entrepreneurs autrement que comme des silhouettes derrière une devanture. Un magasin pillé, ce sont des salariés qui voient leur avenir compromis, un indépendant qui doit refaire ses comptes, des fournisseurs qui attendront leurs paiements. Derrière le rideau métallique forcé, il peut y avoir des années d’efforts et des économies familiales ruinées.

Les Antillais savent bien que par exemple en 2024 en Martinique, la Chambre de commerce et d’industrie de Martinique a recensé 137 entreprises vandalisées, pillées ou incendiées, plus de 1.000 emplois impactés et des dégâts estimés entre 78 et 100 millions d’euros. Dans une économie isolée et fragile, c’est une blessure énorme.

Défendre ces entreprises, c’est défendre la possibilité de vivre et de travailler aux Antilles. Leur destruction ne réduira aucune facture et n’augmentera pas le pouvoir d’achat.

De même le droit de manifester ne doit pas empêcher le droit de circuler et les Antillais veulent rester maîtres de leurs déplacements.

Le danger est plus politique : laisser s’installer l’idée que les Antilles sont condamnées à choisir entre la vie chère et les nuits de violence, telle est la stratégie d’élus politisés et idéologisés.

Or tous les députés et sénateurs guadeloupéens viennent d’écrire au président de la République pour lui demander que le collectif groupusculaire « Nou Las Palé », ne représentant vraiment personne, soit reçu par le préfet de la Guadeloupe. C’est comme lorsque Manuel Valls, ministre des Outre-mer, avait reçu le RPPRAC de Petitot, pourtant discrédité et trainé en justice, en février 2025. Ce serait une faute politique !

À Paris comme à Fort-de-France et à Pointe-à-Pitre, la République doit tenir la même promesse : protéger ceux qui vivent de leur travail et donner des réponses à ceux qui n’arrivent plus à en vivre. Oui, les Antilles méritent la sécurité, des perspectives économiques et le respect de leur parole. Mais ni la chienlit ni une autonomie aventureuse menée par des incompétents incapables de répondre aux attentes de leurs concitoyens.

 

Michel Taube

Michel Taube

Michel Taube

Le Pen condamnée mais présidentiable : l'humiliation ou la justice face aux politiques. L'édito de Michel Taube
Directeur de la publication