Edito
09H26 - mardi 20 octobre 2026

L’Appel du 20 octobre. La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Quoi qu’il arrive, la flamme de la République ne doit pas s’éteindre !

Il est des moments où continuer comme avant devient une forme de renoncement.

Non, la France n’est pas vaincue. Elle n’est pas condamnée. Elle n’est pas perdue. Mais elle doute.

Elle doute d’elle-même, de ses institutions, de ses dirigeants, souvent même de son avenir. Et lorsque la confiance disparaît, les colères deviennent des violences, les ressentiments des idéologies, et les extrêmes prospèrent sur les ruines de ce que le camp de la Raison n’a pas su défendre.

Nous avons déjà connu ces moments où un pouvoir épuisé donne le sentiment de ne plus savoir où il conduit le pays.

J’ai souvent comparé Emmanuel Macron à Paul Reynaud. Non parce que l’Histoire se répéterait, elle bégaie, elle ne se répète jamais, mais parce qu’elle nous enseigne qu’à certaines heures, l’impuissance d’un pouvoir peut ouvrir la voie à ceux qui promettent la rupture.

 

Le vide politique ne reste jamais vide longtemps.

Aujourd’hui, les deux extrêmes voudraient nous convaincre que tout aurait échoué.

La République. L’Europe. La démocratie représentative. L’économie ouverte. L’autorité de l’État. La promesse d’émancipation.

À les entendre, il faudrait choisir entre deux colères.

Je refuse ce choix.

Nous sommes nombreux, républicains des deux bords, à le refuser.

Nous sommes ceux qui pensent encore que la liberté vaut mieux que l’assignation, que l’égalité vaut mieux que le ressentiment, que la fraternité vaut mieux que la haine, que la laïcité protège davantage qu’elle n’exclut.

Nous croyons que les droits n’existent durablement qu’accompagnés de devoirs.

Nous croyons à l’autorité, mais à une autorité juste.

À la solidarité, mais à une solidarité responsable.

À l’économie de marché, mais pas à la société du chacun pour soi.

À l’État, non lorsqu’il prétend tout faire, mais lorsqu’il accomplit pleinement ce que lui seul peut faire : instruire, protéger, juger, garantir, orienter, préparer l’avenir.

Voilà ce que signifie être radicalement républicain : revenir à la racine. Et la racine, ce n’est ni la droite ni la gauche.

La racine, c’est la République.

Alors faut-il céder au découragement parce que les voix les plus brutales crient plus fort ? Faut-il croire que tout serait joué parce que ceux qui veulent fracturer semblent progresser ? Faut-il laisser les Français choisir entre la colère contre la colère, la peur contre la peur ?

Non.

Car la France demeure infiniment plus grande que ses divisions.

Elle vit dans l’instituteur qui transmet, dans l’entrepreneur qui risque, dans le commerçant qui incarne la vie d’un quartier, dans le policier qui protège, dans le soignant qui veille, dans l’ouvrier qui produit, dans le chercheur qui découvre, dans l’association qui tend la main, dans chaque citoyen qui, chaque matin, accomplit son devoir sans caméra et sans slogan, dans la « majorité silencieuse ». Dans chacun de nous !

C’est cette France-là qu’il faut rassembler.

Non contre quelqu’un. Mais pour quelque chose.

Pour retrouver la confiance. Pour remettre l’effort au cœur de l’émancipation. Pour transmettre plutôt que déconstruire. Pour produire avant de distribuer. Pour glorifier le travail et l’effort. Pour protéger sans enfermer. Pour réconcilier la liberté et la responsabilité.

L’Histoire nous rappelle qu’une nation peut connaître des moments difficiles sans perdre son âme.

En juin 1940, de Gaulle posa cette question : « Le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? » Et il répondit : non. Il conclut son appel en affirmant que la flamme de la Résistance ne devait pas s’éteindre.

Notre époque n’est pas la sienne. Nos combats ne sont pas les siens. Mais certaines exigences traversent le temps : Ne pas consentir au renoncement. Ne pas prendre l’inévitable pour le certain. Ne jamais abandonner ce que l’on croit juste parce que le vent souffle dans l’autre sens. Non, le mur n’est pas une fatalité.

Alors, quoi qu’il arrive, la flamme des valeurs de la République ne doit pas s’éteindre.

Et elle ne s’éteindra pas. Il n’est pas encore minuit moins le quart, mais c’est le moment pour chacun de nous de nous relever et d’entrer en résistance contre les forces obscures des extrêmes, armés d’armes pures. Nous savons, nous comprenons, alors agissons ! Les veilleurs, les vigies de la République doivent agir et réparer notre Nation.

Parce qu’il dépend encore de nous de rallumer chaque petit matin cette belle flamme, et de la transmettre à nos prochains, en évitant le grand soir…

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers.

Vient de paraître sur Amazon : « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » Préface de Xavier Bertrand

Le mur n’est pas une fatalité. La chronique et le nouveau livre de Patrick Pilcer

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