
Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Se disait la dernière pomme.
J’ai résisté aux vents d’automne,
Aux pluies, aux premières gelées :
Il ne faut pas que j’abandonne
Mon fidèle ami, le verdier.
Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Il y va de mon cœur de pomme.
Je suis d’or rouge et de miel jaune
Comme une lune à son lever
Et j’éclaire tout le pommier.
Non, non, verdier, je me cramponne,
J’attendrai l’hiver pour tomber.
Maurice Carême.
La France fut le verdier de toutes les pommes, et de toutes couleurs. Et de tous pommiers. Et même de la grosse pomme. La terre. Le plus grand pommier. Elle fut l’exemple à suivre, le phare à respecter, à remercier pour les écueils évités. Le Verdier allait partout tout autour de la pomme. Des pommes de tous endroits.
La France fut !
Maurice Carème, qui était universaliste, ne se doutait peut-être pas, encore que de la part d’un poète il n’y aurait rien d’étonnant que toute sa pensée soit une prédiction, ne se doutait donc peut-être pas, que le pommier et son verdier France était en passe de perdre sa dernière pomme. Et ainsi ne plus avoir envie d’existence pour le verdier n’ayant plus de messages à transmettre, son amie la pomme étant tombée.
Nous avons donc appris ( ? ) l’énorme manque de mots dont disposent aujourd’hui les « gens » , et pas seulement les ados… vivants en France, prenons actes sans fatuité insultante de cette réalité, et dès lors traduisons : que donc signifie ce mot Verdier ? C’est un petit oiseau ami de la pomme. Cette pomme qui ne veut pas le quitter. Poésie que tout cela. Donc sans doute sans intérêt pour le lecteur.
Mais bon.
Le fait de se poser la question « vais-je Tomber ? ne pas Tomber ? » conduirait à dessiner l’aube d’un espoir. Mais l’espoir n’est-il pas la politesse du désespéré ?
Qu’en est-il de mon pays, la France ? Pauvre pomme… son ami le Verdier est-il encore en position d’attente ? Et accepte-t-il de transmettre à la grosse pomme, ou à certaines pommes seulement, ce qu’il voit, ce qu’il entends, ce qu’il sent, et surtout a-t-il envie de transmettre cela ? N’est-ce pas lui, surtout, qui va disparaitre, faute de messages à transmettre, ceux qui lui sont proposés étant incompréhensibles pour lui ?
Alors la pomme, la France, tombera ? … car entre elle et lui, il y avait ce mot, incroyable, et totalement ignoré de tous aujourd’hui, la fidélité. Cet ensemble construisait le Pommier. Ils mourront de l’absence des uns et des autres. Pommier compris.
Alors que faire après avoir vu ce qui est arrivé dans notre pays, ce que chacun d’entre nous aurait dû voir, à minima entrevoir depuis tant de temps… ce combat désespéré de cette pomme si bien décrite par le poète… mais que personne n’a écouté, n’a voulu entendre, n’a voulu comprendre… La pomme, qui semble croire que le verdier l’attend toujours, un peu, sachant qu’elle éclairait tout le pommier grâce à lui, déclare quand même « non non je me cramponne, j’attendrai l’hiver pour tomber ».
Est-ce cela la politesse du désespéré ? Et depuis quand l’hiver serait-il une promesse pour espérer permettre à nouveau d’éclairer le pommier ?
Nous sommes dans l’hiver depuis si longtemps. Merci à la pomme, au verdier, et au pommier d’avoir tant patienté. Et voyons si les « gens », ces femmes et ces hommes si dévalués, si dévaluables, s’éveillent pour se redécouvrir Verdier, garant de messages d’un pommier magnifique empli de pommes d’or rouge au cœur de miel qui éclairent à nouveau le pommier.
Et ainsi, que la France soit de nouveau le phare du monde. Evitant les écueils, étouffant les incendies bien avant leur naissance. Que mon espoir ne soit plus la politesse du désespoir.
Jean-Marie Viala
Ecrivain, avocat


















