Opinion Outre-Mer
14H57 - mercredi 23 septembre 2026

Yan Monplaisir : « en Martinique, la convergence des anti-France nourrit la faillite de la CTM et explique le funeste accord cadre sur l’autonomie »

 

Yan Monplaisir : « en Martinique, la convergence des anti-France nourrit la faillite de la CTM et explique le funeste accord cadre sur l'autonomie"

À la veille d’une séance plénière de la Collectivité territoriale de Martinique consacrée notamment à la situation financière de la CTM, Yan Monplaisir, président de LR en Martinique, maire de Saint-Joseph et élu à la CTM, répond aux questions d’Opinion Internationale et d’Info Outre-mer. Il dénonce une gestion qu’il juge « désastreuse, populiste et électoraliste », appelle à un changement politique en 2028 et exprime également son opposition à l’évolution institutionnelle engagée en Martinique avc l’accord cadre sur l’autonomie publié au Journal officiel le 14 août dernier.

Propos recueillis par Michel Taube pour Opinion Internationale et Info Outre-mer.

 

Opinion Internationale et Info Outre-mer : La Collectivité territoriale de Martinique se réunit demain en séance plénière, notamment autour du rapport de la Chambre régionale des comptes, qui décrit une situation financière particulièrement préoccupante et revient sur plusieurs recommandations datant de 2021 qui n’ont pas été suivies. Vous êtes maire, élu à la CTM et président des Républicains en Martinique. Quel est, selon vous, l’enjeu de cette séance ? Et au fond, y a-t-il encore véritablement un enjeu compte tenu du contexte politique local ?

 

Yan Monplaisir : l’enjeu aurait dû être de donner aux Martiniquais une explication sur cette situation catastrophique et angoissante pour beaucoup d’entre eux.

Je ne sais pas si nous aboutirons à cet exercice-là, parce qu’il existe une forme de complicité à l’intérieur de cette assemblée et, finalement, très peu d’opposition. Certains attendent sans doute que la mandature se termine et espèrent être les héritiers de ce fiasco. D’autres sont complices parce qu’ils se retrouvent dans une démarche de rupture, ce sont les termes de Serge Letchimy, avec le lien national qui correspond finalement à leurs convictions.

Il y a, en réalité, très peu de débat dans le personnel politique local. J’attends donc très peu de choses de cette séance.

Ce que j’aurais souhaité, c’est qu’on nous explique comment nous en sommes arrivés là. Le problème n’est pas seulement l’endettement, même s’il est excessif puisqu’il représente quasiment une année budgétaire. C’est surtout que la capacité de désendettement s’est considérablement dégradée, avec une épargne courante qui s’est étiolée jusqu’à quasiment disparaître.

Aujourd’hui, si l’on devait rembourser cette dette avec l’épargne courante, il faudrait vingt-quatre ans.

Je sais que des démarches sont en cours pour essayer d’emprunter encore une centaine de millions d’euros auprès de la Caisse des dépôts et consignations. Si tel était le cas, nous arriverions potentiellement à vingt-six années nécessaires pour rembourser cette dette.

On a donc endetté toute une génération et, pour autant, il n’y a pas de performance.

 

« Il y a eu une gestion désastreuse, populiste et électoraliste »

Un autre élément est, lui aussi, proprement scandaleux. L’idée qui avait prévalu lors de la création de cette collectivité unique était celle de la rationalisation : rationalisation du processus de décision, mais également rationalisation de la gestion des dépenses.

Nous avons aujourd’hui dans cette collectivité 4 500 salariés déclarés, auxquels il faut certainement ajouter des CDD ou d’autres employés temporaires.

La Guadeloupe, qui est tout à fait comparable à bien des égards, compte, en additionnant les effectifs de ses deux collectivités, environ 3 700 salariés.

Nous avons donc, selon ces chiffres, 3 700 salariés en Guadeloupe contre 4 500 en Martinique, alors même que nous n’avons plus qu’une seule collectivité. La création de cette collectivité unique aurait dû conduire à une diminution des effectifs, notamment grâce à la suppression des doublons.

On voit bien qu’il y a eu une gestion désastreuse, populiste et électoraliste des deniers publics.

 

La Martinique est aujourd’hui en faillite.

Lorsque la collectivité qui se trouve au sommet de la pyramide est en difficulté, tous les organismes qui gravitent autour d’elle le sont également : ceux qui s’occupent du social, du transport, du tourisme ou encore des personnes en difficulté.

Nous arrivons à une situation invraisemblable dans laquelle c’est désormais la collectivité majeure qui va solliciter les collectivités situées en dessous d’elle : les communautés d’agglomération, les EPCI, voire les communes, auxquelles on a pourtant supprimé beaucoup de ressources.

Aujourd’hui, beaucoup de décideurs ne font même plus appel à la CTM lorsqu’ils recherchent des cofinancements pour leurs opérations, parce que cela reviendrait, en quelque sorte, à jeter une bouteille à la mer.

C’est une catastrophe pour la Martinique.

 

Mais comment sortir de cette situation lorsque vous dénoncez une forme de complicité d’une grande partie des responsables politiques martiniquais, toutes tendances confondues ?

 Pour sortir de cette situation, il faudra du temps, c’est évident. Mais il faudra surtout rétablir la confiance et prendre des décisions qui nécessiteront du courage.

À mes yeux, aucun de ces ingrédients n’est aujourd’hui réuni.

Nous irons donc progressivement jusqu’en 2028, date des prochaines élections, où nous serons libérés de cette gestion, soit parce que ceux qui sont actuellement en responsabilité ne se représenteront pas, soit parce qu’ils seront battus.

Mais d’ici là, il faudra sans doute, une nouvelle fois, la « douce complicité » de l’État pour permettre au système de survivre.

Ce sera néanmoins une survie en réanimation, avec un malade doté de très peu de moyens pour évoluer comme nous serions en droit de l’attendre afin de répondre aux besoins de la Martinique.

 

N’êtes-vous pas vous aussi dans une forme de contradiction ? Certes vous protestez contre la situaion, et vous êtes un des seuls leaders martiniquais à le faire, mais d’un côté, vous décrivez une situation de quasi-faillite de la CTM et, de l’autre, vous expliquez qu’il faudra attendre les prochaines élections, en 2028. Pire, au vu des forces en présence, certains leaders politiques que vous considérez comme responsables ou complices de cette situation pourraient l’emporter en 2028 et donc aggraver la situation de la Martinique. Ne faut-il pas aller plus vite ?

Vous posez la bonne question. Mais je suis un démocrate. Je ne peux pas aller plus vite que le rythme des élections.

Ce qui est certain, c’est que le risque que vous évoquez existe : celui de voir se poursuivre cette période populiste qui prévaut sur notre territoire depuis les années 1980, avec alternativement les autonomistes et les indépendantistes.

Ce sont des responsables qui, selon moi, ne proposent pas réellement de solutions pour la Martinique mais mettent systématiquement en avant les contradictions et les difficultés de l’organisation du système.

Ils dénoncent le système comme une antienne, ce qui devient également un prétexte à ne rien faire : si la Martinique ne va pas mieux, ce serait à cause du système. Il n’y aurait donc plus de responsables. Circulez, il n’y a rien à voir !

Moi, je prétends que l’on peut gérer la Martinique différemment.

J’appelle notamment la nouvelle génération à tourner le dos à cette politique mortifère, à ce renoncement à nous-mêmes et à ce renoncement à l’effort. J’appelle cette nouvelle génération à s’impliquer et à apporter une réponse très simple : la Martinique doit être gérée.

Nous ne devons évidemment pas nous désintéresser des questions institutionnelles et de l’organisation de notre territoire, mais cela ne doit pas constituer la priorité.

Un gestionnaire doit pouvoir, dans un contexte donné, optimiser les moyens dont il dispose.

C’est ce que font les autres territoires. Pas tous, évidemment, mais globalement les autres territoires d’Outre-mer sont mieux gérés que la Martinique parce qu’ils sont moins empêtrés que nous dans cette contradiction qui consiste à demander à la France et à l’État de résoudre nos problèmes tout en affirmant que l’État est lui-même le problème et que notre relation avec la France est le problème.

Cette contradiction permet finalement d’excuser toutes les insuffisances.

 

 « Accord-cadre sur l’autonomie : je regrette que LR n’ait pas réagi »

Abordons un deuxième sujet : l’évolution institutionnelle de la Martinique. Vous êtes le président des Républicains en Martinique. Un accord-cadre sur cette évolution a été signé entre l’État et la CTM présidée par Serge Letchimy et publié au Journal officiel mi-août. Comment expliquez-vous que LR, votre propre parti, n’ait pas véritablement réagi au niveau national ? En êtes-vous amer ?

Oui, j’en suis très amer et je regrette qu’il en soit ainsi.

J’ai alerté notre parti lorsque j’ai été informé de cette manœuvre, car il s’agit, selon moi, d’une manœuvre qui a été menée très rapidement et sur la base d’une mensonge : l’unanimité supposée mais totalement erronée des élus locaux de Martinique pour cette prétendue autonomie.

Je le regrette profondément.

 

« La population doit pouvoir se prononcer »

Je regrette surtout que l’État ait perdu une partie de ce que nous attendons de lui, c’est-à-dire qu’il assure l’unité nationale et qu’il respecte les principes de la volonté populaire.

Ensuite, en Martinique, certains élus locaux jouent un rôle dangereux : le projet d’accord cadre sur l’autonomie a été porté au Sénat par une élue crypto-PPM, Catherine Conconne, et à l’Assemblée Nationale par l’indépendantiste Marcellin Nadeau. Funeste convergence qui nourrit l’anti-France !

Il a été indiqué que la population serait consultée.

Pour l’instant, elle ne l’a pas été et je considère qu’il existe une tentative de contourner cette consultation.

À mon avis, si la population est consultée, elle rejettera cette proposition.

Mais ce texte est grave parce qu’il valide l’idée que le gouvernement et l’État sont favorables à une évolution statutaire de la Martinique. Cela peut, en tout cas, être interprété de cette manière.

De ce point de vue, cela renforce et crédibilise les projets que je considère comme funestes de certains responsables, notamment de ceux qui sont indépendantistes ou qui souhaitent une véritable rupture avec la France.

On voit bien qu’il existe une convergence dans cette démarche et que tout ceci vient nourrir ce que, pour ma part, j’appelle l’« anti-France ».

 

Propos recueillis par Michel Taube

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