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Qui gouverne l’Europe ? La présidente de la Commission européenne, qui se prend de plus en plus pour la présidente tout court de l’Europe, ou les chefs d’État et de gouvernements (sans oublier le Parlement européen, co-législateur) qui se réunissent en Conseil européen à Bruxelles les 15 et 16 octobre ?
Parmi les plats du jour d’un Conseil sous haute tension, les dirigeants européens doivent discuter du budget de l’Union pour les années 2028-2034 : le fameux Cadre Financier Pluriannuel (CFP).
Or, sur la nouvelle architecture budgétaire et les enveloppes financières proposées par Madame von der Leyen, bon nombre des politiques historiques (dont la politique régionale et la politique agricole commune) sont clairement menacées de renationalisation au niveau des Etats et de rabots financiers.
Les RUP (nous préférons dire les Outre-mer français, portugais et espagnol) sont en première ligne de ces attaques.
À rebours de la politique bâtie patiemment pendant des décennies, qui consistait à sanctuariser les Outre-mer dans le cadre de l’UE, la présidente de la Commission européenne a donc proposé, dès juillet 2025, la suppression — dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel 2028-2034 — de la PAC spécifique dont bénéficient les RUP : le fameux POSEI.
Le POSEI, c’est un peu une politique agricole commune de l’agriculture dans les régions ultrapériphériques de l’UE que sont, pour la France, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Martin, les Açores et Madère au Portugal, et les Canaries en Espagne.
Manifestement, Ursula von der Leyen s’intéresse peu aux régions ultrapériphériques et préfère signer des accords de libre-échange mal ficelés dans le dos des pays fondateurs et des RUP.
C’est d’ailleurs la signature au forceps de l’accord Mercosur – UE par Madame Von der Leyen qui a mis le feu aux poudres car cet accord n’a pas prévu de clauses protectrices suffisantes (et de loin !) pour les RUP.
L’enjeu est tectonique et les professionnels ultramarins sont vent debout : ils exigent que le POSEI soit prioritairement sécurisé, conformément aux obligations découlant de l’article 349 du fameux traité de Lisbonne, qui impose des mesures adaptées aux réalités des RUP.

Raffaele FITTO, Vice-Président exécutif de la Commission européenne, chargé de la cohésion et des réformes
Des échanges de courrier peu amènes (que nous avons pu nous procurer) ont eu lieu ces derniers mois entre la Commission européenne et les professionnels de toutes les filières ultramarines.
Les professionnels des RUP rappellent cette règle d’or : « La sécurisation du POSEI, en tant que politique agricole commune dans les régions ultrapériphériques, est indispensable à la cohésion et à la crédibilité du projet européen dans tous ses territoires, y compris les plus éloignés. »
A Bruxelles le 13 octobre 2026, en clôture de l’AG d’Eurodom qui regroupe la plupart des acteurs socio-professionnels des régions ultramarines françaises, Gérard Bally, co-fondateur, délégué général sortant et nouveau conseiller spécial de son successeur Benoît Lombrière, a eu des mots très forts en s’adressant directement à la présidente de la Commission européenne :
« Mesdames, Messieurs les commissaires, malgré de bonnes initiatives comme l’Omnibus RUP, vous ne pouvez d’un trait de plume supprimer le POSEI car il est non seulement un des piliers de 40 années de politiques ultra-marines bâties par l’UE mais aussi parce qu’il découle d’une obligation des traités et vous en êtes la gardienne ! ».
Les initiatives peu amènes de la Commission européenne ont déjà eu un effet positif : une forme d’union sacrée s’est forgée derrière les RUP. Non seulement les représentants économiques des RUP, mais aussi les présidents des régions ultrapériphériques et les députés européens de tous les groupes politiques du Parlement, ont tous rappelé à plusieurs reprises, depuis plus d’un an, la nécessité de maintenir un POSEI autonome, hors des programmes nationaux et régionaux, avec un budget renforcé.
Les revendications sont claires :
- maintenir une ligne budgétaire dédiée POSEI au-delà de 2027 ;
- augmenter son enveloppe non revaloriser depuis 2011 (!) afin de tenir compte de l’inflation et de l’augmentation des coûts ;
- refuser toute dilution du POSEI dans le futur fonds unique et dans les plans nationaux.
Cette union sacrée, les chefs d’État et de gouvernement l’entendront-ils à Bruxelles ces jours-ci ?
La France, comme elle l’a fait trop tardivement sur le Mercosur, mais aussi l’Espagne et le Portugal, les trois seuls pays membres de l’Union européenne dotés d’un territoire ultramarin, oseront-ils s’opposer frontalement à Ursula von der Leyen ?
Les RUP, pardon… nos chères Outre-mer, valent bien un bras de fer !
Fondateur et directeur d’Opinion Internationale et d’Info Outre-mer


















