Edito
11H08 - dimanche 19 juillet 2026

Défense, solution Palentir : l’Europe de demain se construira par des projets entre Etats, pas par la bureaucratie de Bruxelles. L’édito de Michel Taube

 
Défense, solution Palentir : l’Europe de demain se construira par des projets, pas par la bureaucratie de Bruxelles. L'édito de Michel Taube

Défense, solution Palentir : l’Europe de demain se construira par des projets, pas par la bureaucratie de Bruxelles. L’édito de Michel Taube

L’Europe de la défense par la preuve !

La rencontre entre Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz à Cologne le 18 juillet 2026, lesquels ont présidé le 26ème conseil des ministres franco-allemand [notre photo] marque peut-être un tournant plus important qu’il n’y paraît. Non pas parce qu’elle relance une énième ambition fédérale, mais parce qu’elle illustre une autre méthode : celle des alliances par projets.

Après l’échec du programme d’avion de combat SCAF, Paris et Berlin auraient pu s’enfermer dans les querelles industrielles.

Ils ont choisi une autre voie : développer un standard européen de combat, coopérer sur les missiles longue portée, renforcer les satellites militaires et, surtout, étudier une alternative européenne aux logiciels stratégiques américains dits Palantir, leaders mondiaux dans les services et l’édition logicielle dans le maintien de l’ordre, le renseignement et la sécurité.

Cette approche pragmatique est probablement l’avenir de l’Europe.

Car l’Union européenne souffre d’un mal chronique : vouloir tout décider à vingt-sept. Chaque État défend ses intérêts, les procédures s’allongent, les compromis se multiplient et les projets perdent leur ambition. À l’inverse, lorsque deux ou trois grandes nations décident d’avancer ensemble, les résultats arrivent plus vite. L’Europe s’est souvent construite ainsi. Airbus n’est pas né d’une directive bruxelloise mais d’une volonté politique entre quelques États. Ariane a suivi la même logique. Demain, les champions européens de l’intelligence artificielle ou de la défense pourraient naître de cette même méthode.

Le projet d’une alternative européenne à Palantir est emblématique. Depuis des années, les armées européennes utilisent des solutions américaines pour traiter leurs données militaires les plus sensibles. Cette dépendance pose une question de souveraineté. Longtemps, l’Allemagne a privilégié sans réserve les technologies américaines. Pendant près de quatre-vingts ans, sa sécurité reposait entièrement sur le parapluie stratégique de Washington.

Cette époque semble évoluer. Berlin rejoint désormais Paris pour défendre une autonomie technologique européenne, choisissant déjà des solutions françaises dans certains services de renseignement et envisageant avec la France une infrastructure numérique souveraine.

Ce rapprochement traduit une évolution géopolitique profonde. Sans rompre avec les États-Unis ni avec l’OTAN, l’Allemagne reconnaît que l’Europe ne peut plus dépendre exclusivement de technologies conçues, contrôlées et parfois interrompues par une puissance extérieure. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, avec son insistance sur le désengagement américain en Europe, n’est évidemment pas étranger à cette prise de conscience.

L’Europe n’a pas besoin d’un super-État toujours plus complexe. Elle a besoin d’États capables de s’associer librement autour de projets concrets, ambitieux et stratégiques. Une Europe des réalisations plutôt qu’une Europe des règlements. Une Europe des coopérations choisies plutôt qu’une usine à gaz institutionnelle.

Certes, il faut une Europe fédérale sur quelques leviers stratégiques : la monnaie, le marché unique, les libertés fondamentales avec le Conseil de l’Europe. Mais certainement pas une bureaucratie bruxelloise qui s’occupe de tout et, pire, qui se substitue aux Etats membres.

C’est peut-être cela, finalement, l’Europe de demain : moins de bureaucratie, davantage d’innovation, plus de souveraineté et des coalitions capables d’agir lorsque les intérêts convergent. Si la France et l’Allemagne montrent la voie, d’autres suivront. Et c’est ainsi que l’Europe retrouvera sa puissance.

 

Michel Taube

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Directeur de la publication