Opinion Outre-Mer
09H11 - jeudi 16 juillet 2026

Évolution institutionnelle en Martinique : le silence serait une faute. Tribune de Yan Monplaisir, président de LR Martinique et maire de Saint-Joseph

 

Mettre en garde contre les aventuristes de l’évolution institutionnelle n’est ni une marque de frilosité ni le refus du changement. C’est un devoir de responsabilité envers le peuple martiniquais.

Depuis trop longtemps, certains tentent d’imposer l’idée selon laquelle tous les maux de la Martinique trouveraient leur origine dans un statut institutionnel prétendument inadapté. Cette thèse est non seulement réductrice, elle est surtout commode. Elle permet à ceux qui ont exercé les plus hautes responsabilités dans la gestion des affaires publiques de détourner l’attention de leur propre bilan.

Car enfin, qui dirige la Martinique depuis des années ? Qui a pris les décisions, fixé les priorités, administré les budgets et conduit les politiques publiques ? Ceux-là mêmes qui viennent aujourd’hui expliquer que leur échec serait celui des institutions plutôt que celui de leur gouvernance.

Les Martiniquais ne doivent pas être dupes. On cherche à leur vendre un changement de statut comme d’autres vendent des promesses électorales : avec beaucoup d’affirmations et très peu de démonstrations.

Une institution ne crée ni la compétence, ni la rigueur, ni le sens de l’intérêt général. Changer le cadre juridique ne transformera pas comme par magie une mauvaise gestion en réussite collective. Ce raisonnement est une impasse.

Plus grave encore, cette fuite en avant intervient au moment où l’État traverse une crise budgétaire majeure. Chacun peut comprendre l’intérêt qu’il pourrait avoir à transférer davantage de compétences et de responsabilités aux collectivités territoriales. Mais avec quels moyens ? Avec quelles garanties financières ? La question mérite d’être posée sans détour. Derrière le discours sur l’autonomie pourrait bien se cacher la tentation de transférer des charges que l’État peine désormais à assumer.

Face à cette situation, le silence serait une faute.

Les Martiniquais qui refusent une évolution institutionnelle imposée ou contraire à leur volonté doivent désormais le faire savoir clairement. Leur opposition ne peut rester confinée aux conversations privées ou aux inquiétudes exprimées à voix basse. Elle doit s’exprimer publiquement, sereinement, mais avec fermeté. Dans une démocratie, les responsables politiques doivent mesurer le coût politique d’un projet qui ne bénéficie pas du consentement de la population.

Il est temps que le rapport de force démocratique évolue. Ceux qui envisageraient d’engager la Martinique dans une aventure institutionnelle sans adhésion populaire doivent comprendre qu’ils s’exposeraient à une opposition déterminée, vigilante et durable. Ils doivent savoir que chaque initiative allant à l’encontre de la volonté populaire sera observée, dénoncée et combattue dans le débat public.

La peur doit changer de camp. Non pas la peur de la démocratie, mais celle du jugement des citoyens. La peur d’avoir à répondre devant le peuple de décisions prises contre son intérêt ou sans son accord. La peur d’être désavoués par celles et ceux dont ils tiennent pourtant leur légitimité.

L’avenir institutionnel de la Martinique n’appartient ni à une poignée de dirigeants, ni à quelques idéologues persuadés de détenir seuls la vérité. Il appartient au peuple martiniquais.

Et lorsque le peuple refuse une aventure, il appartient aux responsables politiques de l’entendre. Faute de quoi, ils devront en assumer toutes les conséquences démocratiques.

 

Yan Monplaisir

Président de LR (Les Républicains) Martinique et maire de Saint-Joseph

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah
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