Edito
15H30 - vendredi 17 juillet 2026

Le véritable capital d’une République. La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Petite chronique des raisons pour lesquelles la confiance est la première richesse des nations

Comment mesure-t-on la richesse d’un pays ? Depuis des décennies, nous répondons presque mécaniquement : son produit intérieur brut. Nous comparons les taux de croissance, les déficits publics, la dette, le chômage, le pouvoir d’achat, les exportations.

Nous savons calculer presque tout, sauf peut-être l’essentiel.

Car il existe une richesse que les comptables ignorent, que les économistes peinent à mesurer et qui pourtant conditionne toutes les autres. Je ne parle pas du bonheur, une notion abstraite et subjective. Je parle d’une autre richesse. Cette richesse s’appelle la confiance.

Prenons un exemple.

Pourquoi acceptez-vous de déposer votre salaire dans une banque ? Parce que vous faites confiance à cette banque.

Pourquoi acceptez-vous un billet de vingt euros en échange de votre travail ? Parce que vous faites confiance à la monnaie.

Pourquoi vous arrêtez-vous à un feu rouge à trois heures du matin, même lorsque personne ne regarde ? Parce que vous faites confiance à la règle commune.

Pourquoi un entrepreneur investit-il ? Parce qu’il fait confiance à l’avenir.

Pourquoi un chercheur consacre-t-il vingt ans de sa vie à une découverte dont il ignore encore l’issue ? Parce qu’il fait confiance au progrès.

Pourquoi un citoyen accepte-t-il le résultat d’une élection qu’il a perdue ? Parce qu’il fait confiance à la démocratie.

Retirez cette confiance : Tout s’effondre.

Les banques ferment. La monnaie perd sa valeur. Les investisseurs fuient. Les contrats deviennent suspects. Plus personne ne les signe ou ne les respecte. La parole publique ne vaut plus rien. La société se fragmente, se morcèle.

Les économistes parlent volontiers de capital financier. Les sociologues évoquent le capital social.

Je crois qu’il existe un capital encore plus fondamental. Le capital de confiance.

C’est ce capital de confiance qui permet à des millions d’inconnus de vivre ensemble sans se connaître. C’est lui qui rend possible le commerce, l’école, la justice, la recherche, la santé ou la démocratie.

Sans confiance, il n’y a plus de République. Il n’y a plus qu’une juxtaposition d’intérêts particuliers.

Or c’est précisément ce capital que nous dilapidons depuis plusieurs années. Nous doutons de nos institutions. Nous doutons de nos responsables politiques. Nous doutons de nos médias. Nous doutons parfois même de la science.

Chaque crise laisse derrière elle une nouvelle cicatrice. La pandémie, les réseaux sociaux, les violences, les promesses non tenues, les fractures territoriales. Tout concourt à installer une défiance devenue presque réflexe.

Et pourtant.

Les sociétés qui résistent le mieux aux crises ne sont pas toujours les plus riches. Ce sont souvent celles où les citoyens continuent à penser qu’ensemble on va plus loin et plus vite, où la parole publique conserve encore une valeur, où les institutions inspirent davantage le respect que la suspicion.

Francis Fukuyama écrivait il y a trente ans que la confiance constituait l’un des principaux moteurs de la prospérité économique. Il avait raison.

Mais je crois qu’elle est plus encore que cela : elle est le moteur de la démocratie elle-même.

Une République ne tient pas seulement par ses lois. Elle tient parce que les citoyens acceptent librement de leur obéir. Aucune Constitution, aussi parfaite soit-elle, ne remplacera jamais cette adhésion silencieuse et si nécessaire.

C’est pourquoi les grands bâtisseurs de la République ont toujours commencé par construire ou reconstruire la confiance.

Jules Ferry n’a pas seulement bâti des écoles, il a voulu former des citoyens. Le général de Gaulle n’a pas seulement restauré les institutions, il a restauré une confiance nationale. Pierre Mendès France n’a jamais cessé de rappeler que gouverner consistait d’abord à dire la vérité, car il n’y a pas de confiance sans vérité.

À l’approche de l’élection présidentielle, chacun présentera son programme. Les promesses seront nombreuses. Les chiffres précis. Les engagements détaillés. Mais une question me paraît plus importante que toutes les autres :

Quel candidat sera capable de restaurer la confiance ?

La confiance dans notre parole publique, dans notre école, dans notre système de santé, dans notre justice, dans nos élus, dans nos entreprises, dans la Science, dans le Progrès, dans notre capacité collective à refaire Nation.

Le véritable défi français n’est peut-être pas économique. Il est moral. Une société qui n’a plus confiance en elle-même finit toujours par s’appauvrir. Une société qui retrouve confiance découvre souvent qu’elle possède déjà une immense richesse.

Les économistes continueront à mesurer le PIB. Ils auront raison. Mais le véritable patrimoine d’une République se trouve ailleurs. Il réside dans ce bien invisible qui permet à des millions de femmes et d’hommes de penser qu’ils ont davantage à construire ensemble qu’à défendre chacun pour soi un pré carré.

Ce bien porte un nom. La confiance.

Il ne s’agit pas seulement de « croire en nous », car alors ce serait s’en remettre à un vœu pieu, pour ne pas dire un mensonge politique de plus. Il s’agit de recréer les conditions de la confiance, en partant, simplement, mais vraiment, des attentes réelles et profondes des citoyens, en partant de la base et non du sommet. Une logique dite « bottom up » et non « top down ».

C’est exactement ce que le Président de la Région des Hauts de France a réussi. Cette région se dirigeait à grands pas vers le vote extrémiste. Ses habitants avaient perdu confiance dans les institutions et en eux-mêmes. Xavier Bertrand a réussi à renverser la table, à gagner l’élection en réunissant très largement autour de lui, en lançant des grands projets industriels, en étant ferme sur les Valeurs Républicaines, et en redonnant ainsi confiance à ses électeurs. Il a ainsi transformé une région qui s’appauvrissait inexorablement avec des habitants qui désespéraient, en une région qui investit dans son avenir, qui crée des emplois avec des habitants fiers de leur Territoire.

C’est ce que le prochain Président de la République devra réussir aussi.

Si le prochain quinquennat devait avoir une priorité absolue, ce ne serait peut-être ni une réforme fiscale, ni une réforme institutionnelle. Ce serait une politique nationale de la confiance.

Car les démocraties ne meurent pas lorsqu’elles deviennent pauvres. Elles s’affaiblissent lorsque leurs citoyens cessent d’avoir confiance les uns en les autres. Et lorsqu’une République perd la confiance de son peuple, ce n’est pas seulement son économie qui vacille.

C’est son avenir.

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers
Patrick Pilcer, Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers