
À l’occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, Opinion Internationale a interviewé Éric Straumann, maire de Colmar. Il revient sur les liens historiques entre sa ville et l’Amérique, l’héritage d’Auguste Bartholdi et la portée universelle de la Statue de la Liberté.
Opinion Internationale : en ce jour des 250 ans de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, pourquoi cet anniversaire concerne-t-il tout particulièrement Colmar ?
Éric Straumann : Colmar entretient des liens très forts avec les États-Unis. Nous sommes notamment jumelés avec Princeton et nous avons une histoire commune ancienne. Beaucoup d’émigrants alsaciens sont passés par Colmar, des années 1840 à 1860, avant de partir s’installer au Texas, notamment à Castroville. D’ailleurs, une délégation de cette ville viendra prochainement à Colmar.
Ces familles faisaient étape à l’Hôtel des Clefs, situé rue des Clefs, avant de rejoindre Le Havre ou un port de la mer du Nord pour embarquer vers l’Amérique.
La plupart venaient des villages situés au sud de Colmar, comme Oberentzen, Niederentzen ou Niedermorschwihr. On leur promettait plusieurs hectares de terres agricoles au Texas, grâce à une politique d’installation menée par les autorités françaises présentes sur place.
À cette époque, la démographie alsacienne était très dynamique et les terres agricoles ne suffisaient plus à nourrir toutes les familles. C’est ce qui explique cette importante vague d’émigration vers le Texas.
Et puis il y a évidemment la grande raison : le créateur de la Statue de la Liberté, Auguste Bartholdi, est né à Colmar. À chaque grande célébration autour de ce monument, nous sommes invités aux États-Unis. La ville était présente pour le centenaire, puis pour le 125e anniversaire, et nous savons combien ces deux histoires sont intimement liées.
Enfin, nous n’oublions pas que Colmar a été libérée par les forces américaines le 2 février 1945.
Pour ces raisons venues de loin, les Américains entretiennent donc un attachement particulier à Colmar. Au point qu’ils représentent aujourd’hui notre cinquième nationalité de visiteurs, avec une fréquentation en très forte progression. Beaucoup découvrent à cette occasion le musée Bartholdi, installé dans sa maison natale.
En 2026, que représente pour vous la Statue de la Liberté, œuvre de notre compatriote Auguste Bartholdi ?
Une œuvre d’une grande actualité ! Mon prédécesseur a fait installer une réplique de douze mètres de haut à l’entrée nord de Colmar. Elle rencontre un immense succès populaire. Près de 20 000 personnes viennent chaque année se faire photographier devant cette statue, et nous réfléchissons d’ailleurs à améliorer encore son aménagement.
La Statue de la Liberté symbolise évidemment la liberté. Elle représentait aussi, pour les millions d’émigrants arrivant dans le port de New York, l’espoir d’une nouvelle vie.
Pour notre génération, elle demeure le symbole d’une Amérique associée à la liberté, à l’initiative individuelle et à la prospérité.
L’indépendance américaine s’est construite autour de la liberté individuelle et de la liberté d’entreprendre et d’une méfiance fondatrice contre les pouvoirs autoritaires. Aujourd’hui, les États-Unis sont dirigés par Donald Trump. Pensez-vous qu’il incarne encore cet héritage ?
Donald Trump représente une rupture dans la vie politique américaine. C’est peut-être aussi une parenthèse, puisque les mandats présidentiels sont limités et qu’il quittera ses fonctions dans quelques années.
Il a beaucoup utilisé l’image de la puissance américaine, de la conquête et de la liberté individuelle.
Mais certains excès peuvent aujourd’hui lui être reprochés. Je ne porte pas de jugement de valeur sur le personnage. Ce sont les Américains qui l’ont élu. S’ils l’ont choisi, c’est qu’il a su répondre à leurs attentes à un moment donné.
En revanche, sa vision repose sur une forme d’exacerbation de l’individu et de l’intérêt personnel. Si les difficultés économiques devaient s’accentuer, avec notamment une baisse du pouvoir d’achat ou un renchérissement du coût de la vie, cela pourrait finir par peser sur son image auprès de l’opinion publique américaine.
Peut-on finalement dire que la Statue de la Liberté survivra à tous les présidents américains, quels qu’ils soient ?
Bien sûr. Les présidents passent, la Statue de la Liberté demeure. Elle est là depuis près de 140 ans et elle sera encore présente pendant de nombreuses décennies.
Les autorités américaines prennent très grand soin de ce monument. Elles savent toute la valeur de ce symbole universel. La Statue de la Liberté verra encore défiler de nombreux présidents sur cette île où elle veille, à l’entrée du port de Manhattan.
Et Colmar saura participer à cet effort de transmission par de là les épreuves et les temps.
Propos recueillis par Michel Taube
Colmarien, avec la Statue de la liberté sur sa photo officielle



















