Opinion Outre-Mer
21H39 - jeudi 2 juillet 2026

Autonomie des Outre-mer et accord-cadre Martinique – État : quand Macron condamnait le Brexit mais promeut le Martinixit. L’édito de Michel Taube

 

Autonomie des Outre-mer et accord-cadre Martinique – État : quand Macron condamnait le Brexit mais promeut le Martinixit. L'édito de Michel TaubeLe 1er juillet 2026, Serge Letchimy et la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, ont donc signé un accord-cadre présenté comme une étape historique dans l’évolution institutionnelle de la Martinique, un texte présenté comme fondateur. Derrière les mots de « pouvoirs normatifs », d’« autonomie » et d’« émancipation », cet accord vise à renforcer les pouvoirs d’une Collectivité territoriale pourtant en faillite.

Pour ses quelques promoteurs, il s’agit d’une avancée vers davantage d’autonomie. Pour beaucoup d’autres, c’est une nouvelle dérive institutionnelle, peut-être celle de trop.

Car de quoi parle-t-on réellement ? D’offrir davantage de pouvoir normatif à un territoire alors même que la France a transféré une partie importante de ses compétences normatives à l’échelle européenne. Dans de nombreux domaines, le droit européen encadre et prime sur le droit national : commerce, concurrence, agriculture, monnaie, normes techniques ou réglementation économique.

Comment expliquer que l’État français puisse promettre à la Martinique des marges de souveraineté ou de pouvoir normatif accrues alors que l’Etat se prévaut déjà de les transférer à l’Union européenne depuis des années ?

À Paris, le Président de la République affirme régulièrement que la France, seule, n’a plus les moyens de répondre aux grands défis du XXIᵉ siècle. Face aux puissances continentales, à la mondialisation, aux enjeux industriels, énergétiques, climatiques, numériques ou géopolitiques, la réponse est : davantage d’intégration européenne et plus de puissance collective. Le message est clair : l’échelle nationale est insuffisante.

Mais, « en même temps », Emmanuel Macron et Serge Letchimy expliquent à la Martinique qu’un territoire de 350 000 habitants doit gagner en autonomie pour accroître son efficacité et renforcer son avenir. Comment donc expliquer qu’un pays de près de 70 millions d’habitants ait besoin de s’appuyer sur un ensemble de 450 millions d’Européens pour peser dans le monde, tandis qu’une petite île isolée gagnerait, elle, en efficacité en devenant plus autonome ?

De même, pendant des années, les responsables français et européens ont dénoncé le Brexit comme une erreur historique. Quitter un grand ensemble était présenté comme un affaiblissement économique et stratégique. Le Royaume-Uni lui-même continue de mesurer les conséquences de ce choix,, dix ans après son vote historique.

Ce qui serait une erreur pour la cinquième puissance économique serait ideal pour la Martinique ?

Le Brexit serait une faute, mais un « Martinixit » deviendrait une solution. La logique présidentielle est, là encore, difficile à suivre.

Ce « en même temps » est d’une totale contradiction.

On ne peut pas expliquer aux Français qu’ils ne sont plus assez grands pour agir seuls et expliquer aux Martiniquais et aux Ultra-marins qu’ils seront plus efficaces en étant encore plus petits.

 

Michel Taube

Michel Taube