
Madame la ministre des Outre-mer, chère Naïma,
Vous allez donc, au nom de l’Etat, presque en catimini, sans consultations préalable des Martiniquais ni des corps constitués, signer un accord-cadre avec Serge Lecthimy, président de la CTM, sur l’autonomie de la Martinique.
Inscrit au Journal officiel de la Martinique dès sa signature, cet accord va lancer un processus, peut-être irréversible, de rupture.
Rupture ? Je n’exagère pas car c’est le terme employé depuis des années par Serge Letchimy pour imposer un bras de fer à l’Etat et obtenir son autonomie de la rupture !
Pourquoi l’Etat français ne peut pas, – vous ne pouvez pas -, signer ce qui constitue un véritable coup d’Etat en douce. Une faute politique majeure dont vos successeurs auront à gérer les retombées en 2027, Madame la ministre.
Par cet accord, vous allez signer, au nom de l’Etat, un chèque en blanc à l’Assemblée des élus martiniquais pour qu’elle se dote rapidement « d’un pouvoir normatif autonome, condition d’une autonomie réelle au sein de la République, permettant d’adapter et d’édicter les lois et règlements applicables en Martinique sans nécessité d’habilitation par le Parlement » (ce qui est contraire à l’article 73 de la Constitution).
Et ceci dans tous les domaines clés de la vie quotidienne dont dépend l’avenir : économie, énergies, foncier, agriculture, international, environnement, éducation, culture, transports, tout y passe ! L’autonomie fiscale annoncée va de plus alourdir une fiscalité déjà oppressive.
Pire, l’article 5 du projet d’accord-cadre qui circule, d’autant plus dangereux qu’il est flou, prévoit déjà la possibilité pour le Congrès des élus d’adopter de nouvelles étapes vers cette autonomie de la rupture. Je vous le dis, madame la ministre, la rupture avec la France est au bout de cette autonomie !
Les Martiniquais ne veulent pas plus d’autonomie, ils veulent que leurs institutions fonctionnent !
Pourquoi cet empressement ?
Madame la Ministre Naïma Moutchou, avant toute signature, prenez donc le temps d’écouter les Martiniquais. Un sondage paru en 2025, commandité par vos alliés et amis du Modem, montrait qu’une écrasante majorité des Martiniquais sont hostiles à plus d’autonomie car ils se sentent pleinement Français. Avez-vous lu cette étude ?
Certes, vous me direz, Madame la ministre, cet accord prévoit une consultation des Martiniquais mais les termes de cette consultation ne sont pas évoqués. Et cette consultation, véritable référendum de rupture, devrait précéder et non conclure un tel processus.
Au fait, madame la ministre, avez-vous pensé à consulter tous les Français, très attachés à leurs Antilles et aux Outre-mer ?
C’est pourquoi ouvrir aujourd’hui un nouveau cycle statutaire sans s’assurer qu’il réponde à une attente clairement exprimée par la population, c’est ignorer, c’est mépriser les Martiniquais.
La CTM est incapable d’assumer ses obligations actuelles !
Depuis sa création en 2015, la Collectivité Territoriale de Martinique, pourtant déjà dotée de pouvoirs considérables, n’a pas tenu les promesses qui avaient justifié la fusion des institutions précédentes.
Pire, la CTM, avec laquelle vous aller signer, madame la Ministre, est en très mauvaise posture : sans parler des gabegies financières, les services publics dont elle a la charge sont les plus mal gérés de France et battent tous les records de grèves dans les transports, les déchets et autres secteurs clés.
Bref, cette surenchère institutionnelle de Monsieur Letchimy a les allures d’une fuite en avant des élus locaux qui ont beau jeu de s’en prendre à l’Etat quand rien ne va tout en exigeant de lui (et de l’Europe) des moyens à profusion.
Fuite en avant ? La Martinique a besoin, bien plus que d’un nouveau chantier institutionnel, de réponses aux urgences du quotidien et de l’avenir. Les Martiniquais demandent de la stabilité et surtout des solutions pour endiguer les assassinats de jeunes et les ravages du narcotrafic, contre l’invasion des sargasses, les coupures d’eau, les grèves à répétition dans les transports. Relancer l’hôtellerie, le bâtiment, les industries et l’agriculture, proposer aux jeunes des formations et des emplois, faciliter la vie des entrepreneurs, prioriser le développement économique, le pouvoir d’achat, redonner des raisons d’espérer… Telles sont les priorités.
Cette boîte de Pandore de l’autonomie qui va dépecer la France
Osons le dire, cet accord – cadre est l’aboutissement d’une entreprise de longue haleine, aidée par un matraquage médiatique local et des réseaux sociaux univoques et franchement wokes, qui ont imposé une doxa dominée par LFI et le PS, elle-même soumise à la surenchère autonomiste d’agitateurs comme Rodrigue Petitot en 2024 et des démagogues comme le président Letchimy aujourd’hui.
Cette doxa socialiste a déjà fait ses œuvres avec le vain et contre-productif projet de loi sur la vie chère dont vous avez hérité bien malgré vous, Madame la ministre, et dont il faut espérer qu’il n’aboutira pas.
En annonçant lui-même cet accord-cadre hier soir, le président Letchimy n’a pas caché ses intentions : « amorcer un changement de modèle économique ». Économie ? L’absence de dialogue et de co-direction du territoire avec le monde économique est une constante de la CTM. Traduction : autonome demain, la Martinique imposera une économie encore plus planifiée, encore plus administrée, encore plus décroissante.
Ce que Serge Letchimy n’a pu faire il y a six mois en voulant surtaxer le secteur de l’eau, il va l’imposer à toute l’économie martiniquais en l’étouffant littéralement.
L’Elysée et Matignon ne peuvent imposer un tel changement à quelques mois de l’élection présidentielle. Les candidats devraient tous condamner cet accord ! Et cesser de croire qu’en cédant aux sirènes de l’autonomie, ils cèderont aux élus locaux la charge de gérer les Outre-mer. Ils n’en récolteront que plus de problèmes, de violences, de crises budgétaires que les préfets et les forces de l’ordre auront de plus en plus de mal à gérer.
Après la Nouvelle-Calédonie, après la Corse, après la Guyane, la Martinique et demain la Guadeloupe ! La boîte de Pandore est grande ouverte. Cet accord va fragiliser la France car il s’inscrit aussi dans un contexte international où des puissances étrangères encouragent ces mouvements autonomistes pour mieux déstabiliser la France.
Au passage, quel comble que cet accord qui va affaiblir la France soit signé le jour où deux conférences régionales, co-présidées par vous-même, réunissent des Etats des Amériques pour inscrire les Antilles dans l’ensemble caraïbéen et lutter contre le narcotrafic.
L’auteur de ces lignes est Français, amoureux de la Martinique, profondément girondin politiquement. Nous disons Oui à la décentralisation, OUI à la singularisation, OUI aux expériences locales, mais OUI AUSSI aux compétences et à la bonne gestion des collectivités locales (ce qui n’est pas le cas en Martinique). Et NON à l’autonomie qui ouvre la voie à la rupture et aux indépendances !
Madame la ministre, l’autonomie de la Martinique que vous allez signer, c’est la rupture garantie à l’horizon avec les Martiniquais et la France !
Michel Taube




















