
Il y a 250 ans naissait une nation libre. Donald Trump veut en être le symbole tout puissant en violation complète du refus, fondateur, de l’Amérique de se soumettre à tout pouvoir omnipotent.
C’est pourquoi un véritable libéral devrait davantage s’inspirer de la Statue de la Liberté que de Donald Trump, l’hôte, par nature provisoire, de la Maison-Blanche, pour épouser le rêve américain.
Deux cent cinquante ans après sa naissance, la nation américaine demeure un phénomène historique sans équivalent. En un temps record, les États-Unis se sont hissés au rang de première puissance mondiale, économique, militaire, technologique, scientifique et culturelle. Peu de peuples auront, en si peu de temps, autant marqué l’histoire de l’humanité.
Cette puissance fascine autant qu’elle irrite. L’Amérique n’a jamais laissé indifférent. Elle attire, elle dérange, elle inspire, elle exaspère. Elle agit comme un aimant sur le reste du monde.
Mais fait-elle encore rêver ?
C’est précisément là que la figure de Donald Trump vient brouiller le message. Elle télescope l’image que l’Amérique donnait d’elle-même depuis plus de deux siècles.
Donald Trump aurait pourtant pu entrer dans l’Histoire comme l’un des plus grands présidents des États-Unis, une sorte de George Washington du XXIᵉ siècle. Son énergie, son sens de l’entreprise, sa capacité à rompre avec les conformismes, son goût du risque, son refus de l’immobilisme, son intuition politique et son attachement revendiqué à la liberté constituaient autant d’atouts exceptionnels.
Sa guerre contre le wokisme et la pensée unique, contre une immigration non maîtrisée, contre le narcotrafic, sauvent (provisoirement ?) l’Amérique de dérives qui sont en train de gangréner, de tuer l’Amérique de l’intérieur.
Beaucoup d’Américains, er nous aussi, espéraient qu’il incarnerait le renouveau d’une démocratie américaine en perte de confiance.
Mais les qualités d’un homme d’État ne suffisent pas lorsqu’elles sont dévorées par les faiblesses de l’homme. L’appât du gain, la vulgarité assumée, la démesure permanente, une conception toujours plus personnelle du pouvoir qui tourne au culte de la personne et à la tentation autocratique, sont en train d’altérer durablement sa stature.
On l’a vu avec le Venezuela, la RDC, l’Iran : les expériences abondent pour se faire une idée plus claire de l’homme. Sa manière de multiplier les bras de fer diplomatiques au nom de la liberté et de la paix pour en fait décrocher des contrats énergétiques et commerciaux personnels juteux inquiètent au plus haut point.
Il existe une Amérique plus profonde que celle de Trump. Celle qui a offert au monde une Déclaration d’indépendance, une Constitution, un idéal démocratique, un esprit pionnier et une formidable capacité d’innovation.
Une Amérique qui partage avec la France une ambition universelle. Deux Républiques qui, chacune à sa manière, ont voulu proposer au monde une certaine idée de la liberté.
C’est pourquoi, pour notre part, nous préférons tourner notre regard vers un autre symbole, infiniment plus grand que les querelles politiques du moment : la Statue de la Liberté.
Œuvre magistrale du sculpteur colmarien Frédéric Auguste Bartholdi, offerte par la France au peuple américain, elle demeure l’emblème le plus éclatant de ce rêve américain dans lequel l’amitié franco-américaine tient une place singulière, comme l’explique le maire de Colmar dans un entretien qu’il nous a accordé à l’occasion des 250 ans de l’indépendance américaine.
La Statue à Liberty Island rappelle que les nations se grandissent moins par les hommes qui les gouvernent que par les idéaux qu’elles transmettent au monde.
Elle est aussi, je l’avoue volontiers, notre porte-bonheur personnel.
Les présidents passent. Les symboles demeurent.
Et parmi eux, la Statue de la Liberté continuera, bien après Donald Trump, de rappeler au monde ce que le rêve américain a de plus beau : la promesse toujours renouvelée de la liberté.
Vive la République américaine !
Vive la République française !
Michel Taube
Colmarien, avec la Statue de la liberté sur sa photo officielle



















