Edito
10H59 - jeudi 25 juin 2026

Trump, notre meilleur ennemi ? L’édito de Michel Taube

 

Trump, notre meilleur ennemi ? L'édito de Michel Taube

Pendant des années, Donald Trump a incarné pour une partie de l’Occident conservateur et libéral une forme de résistance face au politiquement correct, à l’effacement des frontières, à l’idéologie woke et aux abandons stratégiques des élites mondialisées. Son retour à la Maison-Blanche avait suscité de grands espoirs chez ceux qui croyaient encore à la défense des nations, à la liberté des peuples et à la fermeté face aux régimes autoritaires.

Mais une question dérangeante s’impose désormais : les dollars et les pétrodollars valent-ils davantage que les valeurs conservatrices et libérales que Trump prétend défendre ?

Au Venezuela, le spectacle est saisissant. Après des années de dénonciation du régime de Nicolas Maduro, accusé de fraudes électorales, de répression politique et de destruction économique de son pays, Washington semble désormais privilégier le pragmatisme commercial. Les sanctions s’assouplissent, les discussions se multiplient et les intérêts énergétiques reprennent le dessus. Le régime chaviste, pourtant affaibli et contesté, retrouve ainsi une forme de légitimité internationale qu’il n’espérait plus. Trump parle désormais de ses « nouveaux et formidables amis ».

Le même scénario semble se dessiner avec l’Iran.

L’accord conclu avec Téhéran apparaît à bien des égards comme un marché avec le diable. Alors que les Gardiens de la Révolution continuent d’exercer une influence déterminante sur l’appareil d’État iranien, alors que les opposants sont emprisonnés, que les femmes sont réprimées et que les libertés fondamentales demeurent étouffées, le régime obtient aujourd’hui des concessions qu’il n’aurait jamais imaginées obtenir il y a encore quelques années.

La question mérite d’être posée. Assiste-t-on à un simple réalisme diplomatique ou à un véritable renversement stratégique ? À force de privilégier les accords économiques, les investissements et les opportunités commerciales, Donald Trump donne parfois le sentiment que le maintien des régimes en place importe moins que les bénéfices financiers susceptibles d’en découler. Certains observateurs vont même jusqu’à s’interroger sur la place prise par les intérêts privés, familiaux ou économiques de l’empire Trump dans certaines décisions diplomatiques majeures.

Cette évolution est d’autant plus troublante que Donald Trump s’était construit une réputation d’adversaire résolu des dictatures hostiles à l’Occident. Aujourd’hui, son action apparaît souvent marquée par une forme de transaction permanente où les principes semblent négociables dès lors que les affaires prospèrent.

L’homme est imprévisible. Il est versatile. Il est parfois vénal. Ses admirateurs y voient du pragmatisme. Ses détracteurs dénoncent une absence totale de cohérence idéologique. Mais une chose est certaine : ceux qui, à Caracas comme à Téhéran, rêvent de liberté et d’ouverture démocratique ne peuvent qu’observer avec inquiétude ces rapprochements successifs.

Car lorsque les démocraties négocient avec les régimes autoritaires sans exiger de contreparties politiques sérieuses, ce sont rarement les peuples qui en sortent gagnants. Ce sont les appareils de pouvoir. Ce sont les oligarchies. Ce sont les dirigeants qui consolident leur emprise.

Téhéran applaudit. Maduro respire. Et pendant ce temps, les peuples iranien et vénézuélien continuent de payer le prix de leur absence de liberté.

Concernant l’Ukraine, l’OTAN, la relation à l’Europe, les droits de douane, Donald Trump a clairement des velléités de regarder ailleurs (sauf lorsqu’il visite Versailles), au point de distendre durablement les liens avec l’Europe. Triste 250ème anniversaire de l’indépendance en perspective…

Donald Trump voulait être le champion du monde libre. À force de pactiser avec ses adversaires d’hier, il risque surtout de devenir le meilleur ennemi de ceux qui continuent de croire que la liberté n’a pas de prix.

Le Prix Nobel de la paix s’éloigne dangereusement pour l’hôte de la Maison blanche…

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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