
Nous attendions depuis des semaines de savoir comment le régime des Gardiens de la Révolution et leur ennemi juré Donald Trump allaient sortir du bourbier dans lequel les as entraînés l’échec de l’intervention israélo-américaine fin février.
Donald Trump n’aura finalement pas choisi la voie de la fermeté jusqu’au bout, mais celle d’un compromis avec un régime qu’il dénonçait pourtant comme l’un des principaux fauteurs de guerre et d’instabilité dans le monde. Nous l’avions appelé avant l’heure l’accord de la honte. C’est donc chose faite.
À l’heure où les Bourses s’envolent et où le prix du baril recule, les médias occidentaux crient déjà victoire. Une victoire dont personne ne connaît pourtant encore le contenu exact de l’accord qui doit être signé à Genève vendredi prochain. Que contient réellement l’accord conclu entre Washington et Téhéran ? Quelles garanties ont été obtenues ? Quels contrôles ont été prévus ? Quels renoncements ont été consentis ?
Pour l’instant, personne ne le sait.
Si l’on en croit les rares informations rendues publiques, ainsi que les premières indiscrétions relayées dans la nuit, nul ne peut par exemple affirmer avec certitude que la capacité du régime à poursuivre ses ambitions nucléaires a été définitivement neutralisée. L’opacité demeure. Et lorsqu’un accord est entouré d’autant de secret, l’expérience enseigne qu’il profite rarement aux démocraties.
Car une question demeure : quel était l’objectif initial ?
Depuis 143 jours, l’intervention israélienne et américaine était présentée comme une opération destinée à en finir avec la menace stratégique iranienne : chute d’un régime théocratique, anéantissement du programme balisitique et nucléaire iranien. Aucun de ces objectifs n’est atteint.
Non seulement le régime n’est pas tombé mais la victoire tactique qui a consisté à prendre en otage les pétroliers dans le détroit d’Ormuz a complètement renversé la donne et permis aux Gardiens de la révolution de prendre le dessus sur Donald Trump et ses troupes.
Pour Donald Trump, qui avait fait de la dissuasion par la force sa marque de fabrique diplomatique, ce dénouement aura un goût amer. Ses partisans les plus naïfs salueront son pragmatisme. Ses adversaires ou ses anciens alliés dénonceront une capitulation. L’Histoire tranchera.
Les pays du Golfe et Israël sortiront-ils de cette crise avec des garanties de sécurité stratégique ? Evidemment non ! Les théocraties totalitaires aux visées expansionnistes et impérialistes comme Téhéran ne déposent pas les armes parce qu’elles signent un document.
L’Europe, elle, semble déjà prête à tourner la page. À Paris, Berlin ou Bruxelles, beaucoup se réjouissent ouvertement des perspectives de reprise économique, de stabilisation des marchés et de retour aux affaires. Comme si la paix des contrats pouvait effacer la réalité des rapports de force.
Mais les grands perdants de cette séquence historique ne sont ni les diplomates ni les marchés financiers. Les grands perdants sont les femmes et le peuple iraniens qui ont défié les mollahs au péril de leur vie. Les opposants emprisonnés et exécutés. Les dissidents réduits au silence. Tous ceux qui espéraient que l’affaiblissement militaire du régime ouvrirait enfin une brèche politique.
Pour eux, l’accord conclu aujourd’hui ressemble moins à une promesse de paix qu’à une renaissance accordée à leurs bourreaux.
Et c’est peut-être là que réside la véritable tragédie de cette crise : au moment où le régime iranien semblait vaciller, l’Occident a préféré négocier sa survie plutôt qu’accompagner sa chute.
Michel Taube




















