Michel Thomas, dit Houellebecq (*1956), publie un recueil de poèmes.
« Combat toujours perdant » comporte des textes de qualité variable mais honnête, une petite musique qu’avec le temps, on ne peut que reconnaître, et … une exécution en règle de l’avenue Vincent Auriol.
L’avenue la plus « funèbre » (sic) d’Europe …
Il faut dire que ça commence mal. Vincent Auriol (1884-1966), cette nullité propulsée à l’Élysée – avant d’autres – et, c’est vrai, une voie urbaine d’une tristesse infinie, l’avenue Vincent Auriol, sur laquelle s’adosse le groupe hospitalier de La Pitié Salpêtrière, une voie qui s’enfuit de la place d’Italie pour vite se jeter dans la Seine…
Le recueil de Houellebecq est sans grande surprise, hormis une belle incongruité qui résume.
Sous prétexte de vente immobilière, le plan topographique de l’avenue Vincent Auriol est publié et comporte la mention de la rue Dunois.
Mais sans vraiment en tirer argument.
Dunois ? C’est un peu le contraire d’Auriol, ce faux Vincent, borgne stupide, socialiste borné, président toxique (1947-54), et fossoyeur de l’Indochine.
Dunois ? Jean de Dunois, dit le Bâtard d’Orléans (1403-68), compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. Il est l’auteur du premier fait d’armes qui redonna espoir aux Français favorables à la France, ces Armagnacs qui ne voulaient pas que leur beau Pays se dissolve dans la brumeuse Albion.
Dunois emmène en septembre 1427 les troupes françaises pour la levée du siège de Montargis, aidé de La Hire et Xaintrailles. Le premier grand revers anglais de la guerre de Cent ans, la première victoire française depuis des lustres…
Houellebecq oublie l’Histoire – comme d’habitude – et surtout, cette leçon de l’histoire.
Aussi bas la France peut tomber, aussi fort elle sait, finalement, se redresser.
C’est cela, la France, dirait Charles de Gaulle.
« Combat toujours perdant » est un titre impossible. Qui se bat ne perd jamais.
Allez ! Soyons juste : « L’ancienne voie romaine » est un fort beau poème, dont on citera quelques vers.
« Nous avions emprunté l’ancienne voie romaine
Dans l’espoir d’échapper aux groupes d’assassins
Dans l’espoir insensé d’échapper au destin.
(…)
Derniers représentants du peuple légendaire,
Qui bâtit des cités, des temples prodigieux
Nous avons enterré les statues de nos dieux (…) »
Laissons donc Vincent Auriol et l’abandon funèbre ! laissons là le désespoir facile des années Houellebecq, ces Trente Hideuses (1990-2020).
En passant la Seine, en retrouvant Carnavalet, on rejoint une autre période d’épreuve, celle des survivants des massacres de la Terreur.
Les reines de la France thermidorienne et du Directoire (août 1794-novembre 1799).
Celles qui ont redonné, avec les Merveilleux et les Inc’oyables, le goût de vivre, et du goût à la Vie.
On s’est beaucoup moqué de Madame Tallien (1773-1835), puis d’une certaine veuve d’un général guillotiné, une femme édentée pour avoir trop mâché la canne à sucre, une femme plus lascive encore que la Tallien, cette Rose de Tascher de La Pagerie, vieille femme de Trente Ans, Joséphine (1763-1814), et, passant vite sur Madame Récamier, on a en oublié la plus flamboyante de toutes, créole comme Joséphine, et infiniment spirituelle.
Fortunée (Hamelin, 1776-1851), cela vaut bien Félix (Faure) !
Sur le portait de Carnavalet, le « détail » a été corrigée. Fortunée, qui avait vingt ans aux côtés de Barras, « les plus beaux cheveux du monde, une grande bouche bien fraîche et toujours en train de rire », était vêtue de gazes si légères, si transparentes qu’elles en étaient parfois oubliées…
Jeune femme habituée aux grands espaces de l’Atlantique, femme libre qui ne goûta jamais le confinement parisien, elle déploya son influence sur beaucoup, de Talleyrand à Chateaubriand,
Il y aurait beaucoup à dire sur cette femme mais juste un mot : elle illustre à merveille ce que vise à dire ce court article.
Houellebecq, qui désormais surjoue Houellebecq, peut faire encore illusion dans ce petit monde parisien, mortifère, et qu’on nous dit littéraire.
Mais revivre, sortir des années de mort, avant-hier Robespierre avec Fortunée Hamelin, rejaillir aujourd’hui après Trente Ans de descente aux enfers de notre Pays, ces Trente Hideuses, ces années Houellebecq, voilà l’enjeu !
Avec en tête la devise de Balzac : « Je fais partie de cette opposition qui s’appelle la Vie » !

















