Serge Letchimy est le reflet, l’incarnation de la trajectoire qui fragilise et menace la Martinique. Au lieu de regarder pour bâtir l’avenir, les dirigeants martiniquais regardent le présent et le futur avec des rétroviseurs dans les yeux. Serge Lectchimy le premier.
Les Martiniquais sont spectateurs et victimes de la trajectoire politique menée par Serge Letchimy. D’année en année son discours s’est mis à glisser. Non pas brutalement, mais au fur et à mesure de ses échecs. Ses priorités ont changé, ses mots se sont alourdis. Et là, où les Martiniquais attendaient des actions, Serge Letchimy produit des mises en accusation permanente. C’est dans ce basculement que s’inscrit la dernière séquence de sa vie publique.
Crime de l’Etat ?
Par exemple, le BUMIDOM, dispositif organisé par l’État dans les années 60 et 70 pour permettre aux jeunes d’aller s’installer dans l’hexagone, devient une « déportation », un « crime » d’État dans une diatribe d’une violence inouïe commise le 26 mars dernier en pleine assemblée plénière de Martinique. l’action publique de l’Etat aujourd’hui est tout autant attaquée.
Le président de la CTM accuse donc l’Etat d’avoir commis et de continuer à fomenter un crime démographique en vidant les Antilles et la Guyane de leur population. Il est vrai que l’avenir, que ce soit au niveau national ou dans les Outre-mer, se joue sur la question démographique. Mais pas de la sorte, pas en accusant, mais en mobilisant toutes les énergies pour relancer la démographie en traitant les vrais problèmes !
Pourquoi ces excès de langage ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette intensité dans l’outrance ? Est-ce pour la Martinique, confrontée à des défis économiques bien actuels ? Est-ce pour répondre à la pression sur le pouvoir d’achat ? Ou bien assiste-t-on à une stratégie plus classique : faire du bruit sur hier pour éviter les questions d’aujourd’hui ?
Pendant que le monde réel s’agite, Serge Letchimy, lui, convoque les fantômes du passé. L’histoire n’est plus analysée : elle est scénarisée.
Serge Letchimy a donc décidé de ne plus regarder les choses avec un peu de méthode net il saupoudre l’espace public de rapports ambitieux et de concertations tronquées comme avec le plan Martinique 2050. Pourtant il sait très bien que le monde de 2026 n’est pas celui des années 1960, ni celui d’avant 1848. Et dans son fonctionnement 2050 fonctionne comme une utopie idéologique qui nourrit la démagogie et entretient les illusions.
La référence à Aimé Césaire, souvent invoquée, prouve ce décalage. Césaire fut un homme de combat intellectuel, mais aussi de rigueur. Il dénonçait sans simplifier, il accusait sans caricaturer. Il savait que la force d’une parole tient à sa précision. Letchimy, en radicalisant le vocabulaire jusqu’à parler de « déportation » ou de « crime démographique », a choisi le chemin inverse : l’intensité a remplacé l’exactitude.
Serge Letchimy finira-t-il par accuser Aimé Césaire d’avoir été le collabo martiniquais de cette déportation en étant député de cette France criminelle de 1946 à 1993 ?
Le problème, évidemment, est que cette stratégie a un coût : le discours perd en crédibilité et Serge Letchimy est de moins en moins pris au sérieux. À force de dramatisation, cela devient de la caricature. Et l’on glisse alors vers une forme d’absurde : si tout est « crime », si toute décision est « trahison », si toute nuance est impossible, alors plus rien ne distingue l’essentiel de l’accessoire.
De l’autonomie à l’indépendance ?
Pour fonctionner, cette stratégie doit être basée sur une simplification radicale. Il faut que la complexité historique disparaisse au profit d’une simplification excessive. Dans ce schéma, la France devient donc la puissance fautive qu’il faut dénoncer sans arrêt, pour survivre politiquement et pour masquer ses propres erreurs, son inaction. Le tout pour légitimer les demandes d’autonomie.
Car au-delà des mots, c’est la finalité qui est bien réfléchie par Serge Letchimy. Ce déplacement vers le passé sert à construire l’image d’une relation profondément injuste avec la France au point qu’il faille rompre avec elle.
Donc, l’édile de Martinique n’hésite plus : il accuse systématiquement l’Etat d’être coupable de tous les maux de la Martinique et de perpétuer une forme de crime post-colonial. Vous allez voir, il va falloir bientôt décoloniser la Martinique !
On le sait, depuis des années, Serge Letchimy porte des revendications d’évolution statutaire : autonomie, pouvoir normatif, rupture institutionnelle, nouveaux congrès de rupture. Il y va à fond !
Pourtant, la Martinique est déjà passée à la collectivité unique qu’il défendait comme une évolution majeure. Et quinze ans plus tard, les échecs de la CTM en matière de gestion des besoins vitaux de la population, de finances, de conduite de projets, sont désastreux. La collectivité est en cessation de paiement et devrait presque être mise sous tutelle !
Seule issue : la fuite en avant, l’aventure ! La boîte de Pandore est ouverte et le débat institutionnel, nourri par les surenchères d’un Petitot insurrectionnel, semble repartir de plus belle.
Où va donc la Martinique ? Autonomie renforcée ? Pouvoir législatif local ? Simple adaptation administrative ?
Dès que nous sommes tombés éditorialement dans le chaudron de la Martinique (véritable laboratoire de la France qui advient), nous avons eu le pressentiment que Serge Letchimy rêverait d’être le premier président de la République indépendante de Martinique.
Indépendance ? Les Martiniquais n’en veulent pas du tout, comme le rappelait récemment Eddie Marajo, intellectuel martiniquais, en s’appuyant sur une étude récente publiée par le Modem.
Mais Serge Letchimy, comme de nombreux leaders dits de gauche, ignorent l’opinion de leurs mandants.
L’indépendance ? Voilà l’horizon que nous préparent tous ces semeurs de démagogie populiste et et de haine.
Devant le Parquet national financier où il était poursuivi récemment pour concussion, Serge Letchimy avait indiqué qu’il quitterait la vie politique en 2026, expliquant notamment que la politique l’avait « appauvri » et qu’il souhaitait désormais se consacrer à sa famille.
Aurait-il changé d’avis ?
Au plus grand dam des Martiniquais…
Michel Taube
Où va la Martinique ? Série éditoriale de Michel Taube
1er volet : la Martinique, par-delà le brouillard, un volcan
2ème volet : Martinique 2050 : un projet fomenté sans les principaux intéressés ?

Michel Taube



















