
La démocratie repose notamment sur un principe simple : le choix. Or, à Fort-de-France, capitale de la Martinique, ce principe est-il vraiment de mise pour les électeurs ?
À la veille des élections municipales, l’offre politique ressemble davantage à un huis clos idéologique qu’à une véritable compétition démocratique. Cinq listes se réclament de la gauche ou de l’extrême gauche. Aucune ne représente la droite républicaine, la droite nationale ou même un centre droit assumé. Comme si, dans la principale ville d’un territoire français, une partie entière du spectre politique avait tout simplement été effacée.
Elire le maire de Fort-de-France revient presque à choisir entre plusieurs nuances d’un même courant politique, sans véritable alternative. Depuis 1945, la ville est dominée par le même courant politique, celui du Parti progressiste martiniquais (PPM), hérité d’Aimé Césaire. Huit décennies d’influence continue. Une telle longévité pourrait s’expliquer par la qualité des résultats ou par une adhésion populaire constante. Mais aujourd’hui, le sentiment qui domine est plutôt celui d’un système figé, incapable de se renouveler et encore moins de proposer une véritable alternative.
Car l’opposition elle-même ressemble à un miroir du même pouvoir. Face au PPM, on retrouve d’anciens membres du même système, recyclés dans d’autres étiquettes, parfois entourés de figures controversées ou de profils qui interrogent sur l’exemplarité et la crédibilité du projet politique.
Une situation qui interroge profondément. Car la Martinique traverse aujourd’hui des défis économiques, sociaux et institutionnels considérables, et elle se retrouve pourtant avec un personnel politique souvent enfermé dans des logiques idéologiques héritées d’un autre temps.
Entre la majorité territoriale à la tête de la Collectivité territoriale de Martinique, dont la gestion suscite de plus en plus de critiques pour son manque de résultats et ses dérives financières, et un maire sortant, Didier Laguerre, héritier politique de la tradition césairienne et lui-même fragilisé par des affaires judiciaires (le parquet financier a fait appel du jugement de relax dans l’affaire de concussion qu’a jugé le Tribunal de Paris), l’horizon politique paraît singulièrement étroit.
Face à lui se dressent d’autres candidatures issues du même univers politique : une socialiste, Mme Bellay alliée à l’indépendantiste Carole qui va chercher à Bakou ses ordres de décolonisation, un pantin de Petitot, Steeve Morreau, qui a mis le feu aux poudres en 2024.
Les Martiniquais n’ont pas vraiment de choix.
Cette situation nourrit un phénomène déjà très massif en Martinique: l’abstention. En 2020, certes dans le contexte du Covid, 74,99 % des électeurs ne se sont pas déplacés pour voter à Fort-de-France. Un record inquiétant. Ils n’avaient été que 51% en 2014. Et tout laisse penser que ce le cru 2026 soit décevant si les électeurs continuent de percevoir ces élections comme un vote sans véritable alternative.
Pire, cette absence d’offre politique correspond-elle réellement aux aspirations des Martiniquais ? Un sondage commandé par le MoDem en octobre 2025, curieusement passé sous silence dans la presse locale, apporte un éclairage saisissant. Selon cette enquête, seuls 29 % des Martiniquais souhaitent davantage d’autonomie institutionnelle, un chiffre à peine supérieur à celui de 2020. Quant à l’indépendance, elle ne recueille que 9 % d’opinions favorables. Autrement dit, une immense majorité de la population demeure attachée au cadre français. Le décalage entre cette réalité et le personnel politique dominante est frappant.
Cette fracture est peut-être le véritable problème démocratique martiniquais. Une société largement attachée à la République française, à la stabilité institutionnelle et à l’économie réelle se retrouve « représentée » par des formations politiques qui parlent davantage d’identité, de décolonisation ou d’expériences institutionnelles que d’entrepreneuriat, de sécurité ou de développement économique.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi les forces modérées, républicaines, libérales ou conservatrices n’ont-elles pas été capables de présenter des listes crédibles à Fort-de-France ? Par manque de structuration politique ? Par peur du climat idéologique local ? Ou par résignation face à un système politique verrouillé depuis des décennies ?
L’histoire politique enseigne pourtant que les équilibres peuvent basculer très vite. Le jour où les Martiniquais du centre et de la droite décideront de se regrouper autour d’un projet clair, républicain, économique et pleinement ancré dans la France, une nouvelle page pourrait s’ouvrir.
Pour l’heure, un bout de la démocratie française étouffe et risque d’emporter la Martinique vers un avenir funeste.
Michel Taube



















