Edito
11H02 - mardi 9 février 2021

« Une dette, ça se rembourse » clame Christine Lagarde. Faut-il suivre Madame Euro ? L’édito de Michel Taube

 

On n’avait pas beaucoup entendu Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, depuis le début de la crise. Après l’appel d’une centaine d’économistes pour annuler les dettes des États détenues par la Banque centrale européenne, sa réaction ne se fit pas attendre : « inenvisageable… Une dette, ça se rembourse ! », martèle-t-elle sur BFMTV le dimanche 7 février, invoquant curieusement des motifs plus juridiques que financiers : ce serait « une violation du traité européen qui interdit strictement le financement monétaire des États ». Pour Christine la vertueuse, qui garde le trésor européen et l’Euro qu’une telle annulation fragiliserait grandement, ce qui importe, c’est ce qu’on fait de cette dette, lançant au passage une petite pique à la France, championne du monde de la dépense publique. Et pour bien nous remonter le moral, voilà qu’elle ajoute « Nous sommes face à la plus énorme crise économique que nous ayons vécue depuis la Seconde Guerre mondiale. » 

Faut-il y voir un paradoxe : au lendemain de ces déclarations, la présidente de la BCE encourage les gouvernements à stimuler davantage l’économie, donc à y injecter encore plus de milliards, avec l’aval et le soutien de la BCE. Sauf qu’il y a dépenses et dépenses. Il est vrai que soutenir les entreprises et la consommation en période de confinement ou de couvre-feu, ou investir dans de grands projets d’avenir, ce n’est la même chose que de financer une administration obèse et pénalisante, alors que la France manque de fonctionnaires de terrain à peu près partout. Ceci n’est pas un paradoxe, mais un mal bien français dont aucun dirigeant n’a réussi à la guérir. Il sera bien plus facile de réduire les dépenses sociales, mais Emmanuel Macron voulant éviter de déclencher la révolution, il va s’efforcer de raser à peu près gratis jusqu’aux prochaines élections présidentielles. Après, l’addition risque d’être lourde !

Christine Lagarde ne veut pas faire tourner la planche à billets. Il serait donc préférable d’emprunter sur les marchés financiers où les taux d’intérêt sont proches de zéro, malgré le défaut d’inflation qui permet habituellement de lisser la dette sur le long terme et de la payer de manière relativement indolore.  Mais déjà, la tectonique financière produit quelques effets : la profusion de dollars et d’euros, qu’ils soient empruntés ou fabriqués, est-elle une des causes de la hausse du cours des matières premières ? La récente remontée des prix du baril de pétrole est généralement vue comme un indice de croissance économique et d’optimisme. Mais d’autres y voient les prémices du retour de l’inflation. Côté taux d’intérêt, le frémissement doit donner des sueurs froides aux États surendettés : outre Atlantique, le taux obligataire à 30 ans a dépassé 2 % et celui à 10 ans frôle 1,2 %, soit les niveaux les plus élevés depuis un an. Si la confiance disparait et que les taux s’envolent, la question du remboursement de la dette prendrait une dimension dramatique, car la France en particulier ne pourrait plus financier le train de vie de l’État, faire face aux dépenses sociales les plus élevées du monde (n’en déplaise aux Mélenchon et autres Martinez), voire payer ses fonctionnaires. Quant à l’inflation, si elle permet de résorber la dette, elle peut exploser et échapper à tout contrôle, si l’argent est si abondant qu’il en devient virtuel. 

Mais finalement, notre système financier n’est-il pas fondamentalement virtuel ? Les banques prêtent bien plus que ce qu’elles ont en caisse, raison pour laquelle elles s’effondreraient si tous les déposants devaient réclamer leurs avoirs. De même, la valeur boursière des GAFA est très déconnectée de leur puissance économique réelle. Si l’actif est du vent, pourquoi le passif ne le serait-il pas ? Si la crise est mondiale, que se passerait-il si les États décidaient tous, unanimement, de ne pas rembourser leurs dettes ? La réponse risque d’être la fin de l’économie de marché et la nationalisation de toutes les économies, en particulier du système financier.

Et qu’en penseraient les États créanciers, en particulier la Chine, premier créancier des États-Unis ? Dans le passé, il ne s’est jamais produit de crise de cette envergure sans conséquences dramatiques. Celle de 1929 a débouché sur le nazisme avec les suites que l’on sait. Actuellement, l’effondrement du PIB semble presque indolore pour ceux qui bénéficient le plus largement de la manne publique, à savoir les salariés et bien entendu les fonctionnaires, qui même confinés et sans télétravailler, touchent 100 % de leur traitement. Alors que les variants du coronavirus se répandent sur la planète et que la France est toujours en queue de peloton des pays développés en matière de vaccination, l’accumulation des confinements et couvre-feux pourrait faire voler en éclat le « quoi qu’il en coûte » macronien, avant la prochaine présidentielle. 

L’espoir sanitaire, qui nourrit désormais l’espoir économique, pourrait en partie résider dans des traitements contre la Covid, en complément des vaccins. Sur ce terrain, la France pourrait être dans le bon train, une fois n’est pas coutume. Emmanuel Macron a d’ailleurs affirmé vouloir élargir la stratégie anti-covid aux thérapies. À suivre, donc…

 

Michel Taube

 

 

 

 

 

 

 

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