Edito
08H19 - mercredi 3 avril 2019

Clooney, Ducasse, Brunei et la peine de mort : pas d’homo à l’échafaud* ! L’édito de Michel Taube

 

George Clooney part en guerre contre le Sultan de Brunei.

Au terme d’un long processus législatif de réintroduction de la charia, ce Sultanat, enclave dorée entre Malaisie et Indonésie, où, certes, aucune exécution n’a eu lieu depuis 1957, introduit aujourd’hui même la peine de mort pour homosexualité ou adultère et l’amputation d’une main ou d’un pied pour apostasie, blasphème ou vol. Ces peines sont réservées aux musulmans… Les bouddhistes (13% de la population) et les chrétiens (10%) du Sultanat encourront des peines moins sévères. Les musulmans apprécieront ce régime de faveur.

Michelle Bachelet, Haute Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, le quai d’Orsay par la voix de sa porte-parole Agnès von der Mühll ont appelé Brunei à reculer.

Il se trouve que le Sultan Hassanal Bolkiah, longtemps l’homme le plus riche du monde, est, entre autres activités, propriétaire de nombreux hôtels dans le monde, dont le Plaza Athénée et le Meurice à Paris.

George Clooney, sur le site www.deadline.com (le bien nommé en l’espèce), lance un appel, relayé par Elton John, aux personnes qui descendent ou se réunissent dans ces hôtels à y réfléchir par deux fois. L’idée de la star : « On peut faire honte aux banques, aux financiers et aux institutions qui font des affaires avec eux et choisissent de fermer les yeux ».

Les clients des hôtels The Dorchester (Londres), 45 Park Lane (Londres), Coworth Park (Royaume-Uni), The Beverly Hills Hotel (Beverly Hills, Etats-Unis), Hotel Bel-Air (Los Angeles, Etats-Unis), Le Meurice (Paris), Hôtel Plaza Athénée (Paris), Hotel Eden (Rome) et Hotel Principe di Savoia (Milan, Italie) entendront-ils cet appel à leur conscience ?

Au-delà même du sort des condamnés à mort, la peine capitale est un enjeu symbolique singulier des violations des droits humains, qui mêle morale, philosophie et justice. En ce sens, George Clooney a raison de s’engager : aux Etats-Unis, les entreprises pharmaceutiques ont subi de fortes pressions jusqu’à ce qu’elles finissent par refuser de livrer à l’administration pénitentiaire les substances permettant l’injection létale mortelle des condamnés à mort sur le point d’être exécutés. Et cette campagne a permis de freiner fortement les exécutions !

La mondialisation a des avantages. Elle a aussi des contraintes. Elle emporte même parfois des obligations (morales). Nous lui vouons un immense respect mais Alain Ducasse, maître parmi les maîtres, installé dans les deux hôtels parisiens du Sultan, auteur d’un livre programme « Manger est un acte citoyen », doit être gêné au coin de l’assiette. Et nous le sommes avec lui !

Il reste que l’introduction de la charia à Brunei vise aussi des enjeux économiques pour un Sultanat à l’économie fragilisée. Le Sultan semble vouloir donner des gages aux plus conservateurs, tandis que les plus progressistes tentent de maintenir une conception modérée de l’Islam. Un combat de titans devenu mondial…

 

Michel Taube

 

*En 2003, alors président (et toujours fondateur) d’Ensemble contre la peine de mort, nous avons lancé la campagne « Pas d’homo à l’échafaud » par laquelle, chaque année, un char participe à la Gay Pride parisienne. Cette campagne dénonce les pays (Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Iran, Afghanistan, Mauritanie, Soudan, Yemen, certains Etats fédérés de Somalie et du Nigeria et, donc, Brunei) où l’homosexualité est passible de la peine de mort.

Directeur de la publication