Edito / Editorial
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10H15 - jeudi 9 octobre 2014

Abolition de la peine de mort : le combat de l’opinion

jeudi 9 octobre 2014 - 10H15

Le monde entier célèbre la Journée mondiale contre la peine de mort le 10 octobre, signe que le combat abolitionniste est devenu une question internationale. En France par exemple, un grand débat aura lieu, en présence de Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, et de Robert Badinter, « père » de l’abolition en France, sur les enjeux de ce combat pour les jeunes.

Education, pédagogie sont devenus des enjeux cruciaux dans les pays qui l’ont abolie il y a plus de trente ans comme la France, depuis qu’une génération est née sans avoir connu les heures sombres d’une justice qui tue.

 

BADINTER-ABOLITION-PEINE DE MORT

Sensibiliser les jeunes aujourd’hui à la cause de l’abolition, c’est former les militants de demain qui viendront renforcer le mouvement abolitionniste dans le monde. L’heure de la mémoire pour les pays qui ont aboli depuis plus d’une génération doit aller de pair avec la vigilance sur l’actualité encore brûlante des régions du monde qui continuent à exécuter (principalement la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis). Nous pourrions disséquer les ressorts du mouvement vers l’abolition universelle et souligner les freins puissants qui font que depuis plusieurs années le rythme des abolitions s’est comme enrayé (le Gabon est le dernier pays abolitionniste en 2011 et le Tchad pourrait faire le pas sous peu).

Mais parlons ici de la France. Il y a en effet un enjeu politique spécifiquement hexagonal : en France aujourd’hui, on peut se demander si le consensus du personnel politique contre la peine de mort sera remis en question par les succès de Marine Le Pen qui est partisane de la peine capitale et d’une consultation du peuple français par référendum pour demander son rétablissement.

La proposition de l’ancien président de la République et candidat à la présidence de l’UMP, Nicolas Sarkozy (lui-même totalement hostile à la peine de mort*), d’user de référendum sur des questions majeures, pourrait faire resurgir sur la place publique le débat sur la peine de mort. Si demain un crime odieux emballait l’opinion publique et les manchettes de journaux, combien de leaders politiques se rangeraient-ils à cette idée ? Il a fallu près de vingt ans après le vote de l’abolition en 1981 pour qu’une majorité – friable – se dégage contre le rétablissement de la peine capitale. La vigilance s’impose donc.


Pour une Journée nationale pour l’abolition universelle

Si le droit de l’abolition est solidement ancré en France (notamment par des engagements internationaux irréversibles et l’inscription de l’abolition dans la Constitution de la Vème République en février 2007), reste le combat, jamais gagné, de l’opinion : comment sensibiliser, inlassablement, les opinions publiques, notamment ces jeunes générations qui n’ont jamais connu la cruauté de la mise à mort d’un homme, de ce que Robert Badinter exprimait ainsi : « couper un homme en deux ».

Depuis 2001, nous proposons l’instauration d’une Journée nationale pour l’abolition universelle de la peine de mort. Pourquoi pas le 9 ou le 10 octobre de chaque année ? C’est le 9 octobre 1981 que fut promulguée la loi d’abolition en France et le 10 octobre a lieu chaque année la Journée mondiale contre la peine de mort.

Avec cette Journée officielle, les établissements scolaires pourraient faire réfléchir les élèves sur les valeurs de la justice, rappeler le combat qu’a constitué en France le long chemin vers l’abolition : Condorcet, Victor Hugo, Albert Camus et beaucoup d’autres ont écrit des pages mémorables que les professeurs de littérature ou de philosophie, les instructeurs civiques que sont les enseignants pourraient utilement transmettre aux jeunes. Des débats contradictoires pourraient aussi être organisés pour consolider l’argumentation abolitionniste. Les organisations de défense des droits de l’homme, les autorités religieuses, les organisations d’avocats et de juristes pourraient tous les ans approfondir leurs actions de sensibilisation, de pédagogie sans lesquelles les lois peuvent toujours changer.

Cette Journée nationale, le Parlement en a déjà été saisi. Le Sénat a voté une proposition de loi, à l’initiative du groupe communiste, en 2002. Pour des raisons obscures, jamais l’Assemblée nationale n’en a été saisie. Quand donc le Parlement votera définitivement cette loi et instaurera cette Journée nationale pour l’abolition universelle de la peine de mort. Une dernière pierre à l’édifice abolitionniste français ?

Michel Taube
Fondateur d’Ensemble contre la peine de mort et d’Opinion Internationale

Pour aller plus loin : http://www.worldcoalition.org/

* : Lors de l’exécution de Saddam Hussein, Nicolas Sarkozy avait écrit une tribune dans Le Monde le 3 janvier 2007 : « Je suis opposé à la peine de mort. C’est pour moi une question de principe. Je crois que le monde doit continuer à cheminer vers son abolition totale. »

Directeur de la publication

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