
Le 19 mars 1946, la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion et la Guyane française – les quatre plus vieilles colonies françaises – devenaient officiellement des départements. La loi est portée par quatre élus issus de ces territoires : Aimé Césaire (Martinique), Léopold Bissol (Martinique), Gaston Monnerville (Guyane) et Raymond Vergès (La Réunion).
Le texte est court. Il se résume en trois articles :
Art. 1er : Les colonies de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Réunion et de la Guyane française sont érigées en départements français.
Art. 2 : Les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliqués à ces colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l’objet de décrets d’application à ces nouveaux départements.
Art. 3 : Dès la promulgation de la présente loi, les lois nouvelles applicables à la métropole le seront dans ces départements, sur mention expresse insérée aux textes. La présente loi, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale constituante, sera exécutée comme loi de l’État.
L’attachement à la France transpire clairement dans les débats : « Nulle autre colonie ne s’y rattache (à la métropole) par des liens plus étroits ni plus solides (…) Accueillez nous ! Voici trois cents ans que nous attendons ! » déclare Raymond Vergès.
Ce qui est clairement revendiqué en 1946, après la liberté obtenue en 1848, ce sont l’égalité et la justice sociale : « Après la fraternité et la liberté, nous venons vous demander l’égalité devant la loi, l’égalité des droits » (Gaston Monnerville).
La départementalisation est le deuxième acte d’une histoire longue en création mais c’est aussi le prolongement de la conférence de Brazzaville qui, du 30 janvier au 8 février 1944, sous l’égide du général de Gaulle a tenté d’amorcer une « certaine décolonisation ». La départementalisation est ainsi la « fille » de la fin de la Seconde Guerre mondiale mais également celle de la Première Guerre mondiale car c’est en 1915 que les députés Lagrosillière de la Martinique et René Boisneuf de la Guadeloupe ont demandé que la Guadeloupe et la Martinique soient classés en départements français.
80 ans après, alors qu’un département d’Outre-Mer a rejoint les quatre premiers – Mayotte en 2011 – la départementalisation s’est essoufflée. Une exigence s’impose, qu’elles deviennent des « collectivités à part entière » et non des « collectivités entièrement à part ».
Alors interrogeons-nous.
Quelle place tient la mémoire dans cet enjeu administratif ?
Alors que beaucoup réduisent cette question à la seule dimension de l’esclavage que la République aurait si mal géré, que Victor Schoelcher est devenu un colonialiste pour certains citoyens d’Outre-Mer, il nous apparaît nécessaire de rappeler combien les « vieilles colonies » ont participé pleinement à la victoire de la France tant en 1918 qu’en 1945, en mettant en lumière le soldat Borical à Cayenne, mais aussi Félix Éboué, Aimé Césaire, Gaston Monnerville, Eugénie Eboué-Tell et surtout en plaçant les projecteurs sur l’histoire des dissidents qui sont la mémoire de nos départements d’Outre-Mer.
À nous de le rappeler afin que le 80ème anniversaire de la départementalisation soit aussi un moment de mémoire.
Photo : Mémorial de la Dissidence, Bord-de-Mer, Guadeloupe
Serge BARCELLINI
Contrôleur Général des Armées (2s)
Président Général de l’association « Le Souvenir Français »

















