
Source : IEDOM
Les derniers chiffres publiés par l’IEDOM, l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer, sont sans appel et fort inquiétants : en 2025, les défaillances d’entreprises dans les Outre-mer atteignent 2 832 cas, en hausse de +12,2 % par rapport à 2024. L’indice dépasse désormais largement celui de la France entière. La courbe ultramarine grimpe plus vite, plus haut, plus brutalement.
Ces chiffres racontent un décrochage historique.
Dans ces économies étroites, dépendantes des transferts et des aides, chaque ralentissement national agit comme un coup d’accélérateur de crise.
Mais l’extérieur ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Instabilité politique, débats obsédés par le statut et le passé, blocages administratifs, émeutes, incendies et pillages de radicaux extrémistes : tous ces facteurs internes cassent encore plus fort un tissu économique déjà très fragile des outre-mers.
Ces territoires ultra-périphériques ne sont pas seulement des extensions géographiques de la République. Ils en sont les miroirs. Mieux encore, ce sont des espaces à effet loupe. Chaque tension nationale y est amplifiée. Chaque crise y devient plus violente. Chaque hésitation ou erreur politique y coûte bien plus cher. Chaque manquement des politiques locales se payent cash et avec brutalité.
Petits, éloignés, dépendants des flux extérieurs, ces territoires sont très vulnérables aux chocs nationaux et aux chocs mondiaux : inflation, perturbations logistiques, tensions énergétiques, ralentissements économiques. Mais l’extérieur n’explique pas tout. L’intérieur aggrave toujours la situation.
De la Nouvelle-Calédonie à la Martinique, les débats institutionnels, les crispations statutaires, les affrontements mémoriels occupent l’espace public. L’histoire, le passé, les identités dominent le discours politique. Pendant ce temps, les préoccupations du quotidien — emploi, formation, compétitivité, innovation, attractivité — passent, au mieux, au second plan. La gouvernance locale devient alors inefficace, elle devient un véritable frein au développement. Les opportunités économique s’effacent. Et l’instabilité, ainsi créée, décourage tous les investissements.
Dans des économies étroites, peu diversifiées et dépendantes aux transferts sociaux, le moindre désordre institutionnel devient un accélérateur de crise. Les acteurs politiques et les activistes, en durcissant les rapports de force, amplifient tous les chocs extérieurs. Ils ajoutent de l’incertitude à l’incertitude. Ils fragilisent plus fortement un tissu entrepreneurial déjà sous tension.
Résultat : le déclin s’aggrave plus vite qu’ailleurs.
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Pourtant, ces territoires devraient être des sanctuaires de travail, de croissance, d’innovation. Ils disposent d’atouts considérables : positionnement géostratégique, biodiversité exceptionnelle, potentiel touristique, implication de la population, ancrage régional unique. Ils bénéficient également d’un avantage majeur : l’appui financier, institutionnel et monétaire de la France et de l’Europe. Aucune petite économie insulaire dans le monde dispose d’un tel soutien.
Les Outre-mer pourraient être des espaces de réussite économique, de transition énergétique, d’innovation touristique et agricole. Leur taille réduite pourrait être une force : agilité, adaptation rapide, pilotage plus fin des politiques publiques.
Mais pour cela, encore faut-il restaurer la stabilité, remettre l’économie au centre des priorités et sortir d’une logique permanente de confrontation.
Mais pour cela, les politiques locales devraient se consacrer à accompagner et travailler avec le monde économique.
La hausse des défaillances d’entreprises révèle une réalité préoccupante : l’accélération du déclin. C’est cette accélération qui doit alerter. Car dans les territoires ultra-périphériques, le temps économique va plus vite. Les crises y frappent plus fort. Et les marges d’erreur sont très étroites. Et donc le déclin est plus rapide, plus violent.
Quand la France traverse des turbulences, elle dispose d’amortisseurs puissants. Les Outre-mer, eux, encaissent le choc avec force et brutalité.
Ce ne sont pas les crises qui condamnent ces territoires, ce sont les renoncements et les erreurs des politiques publiques locales qui les accélèrent.
Les crises passent ; les mauvaises politiques, elles, laissent des cicatrices profondes et durables.
Là où il faudrait de la stabilité et des décisions claires, on laisse s’installer le désordre et on entretient le flou — et ça, l’économie, elle, ne pardonne pas.
Michel Taube





















