Opinion Outre-Mer
10H40 - lundi 23 février 2026

Pierre Sainte-Luce (groupe de cliniques Manioukani) : « de l’urgence aux soins durables aux Antilles et dans la Caraïbe ».

 

Pierre Sainte-Luce (groupe de cliniques Manioukani) : « de l’urgence aux soins durables aux Antilles et dans la Caraïbe ».

Pierre Sainte-Luce, vous êtes médecin et propriétaire du groupe Manioukani, composé de cliniques dans le monde la santé et de l’autonomie aux Antilles. Vous êtes aussi propriétaire du bel hôtel Arawak Beach Resort au Gosier en Guadeloupe et pilote d’avion. Vous venez d’inaugurer une nouvelle clinique à Saint-Martin appelée Wataki. Que signifie Wataki ?

 Wataki est un nom kalinago.
Il signifie piment.
L’épice.
Celle qui réveille les sens,
celle qui réchauffe,
celle qui donne du goût à la vie.
Pas à isoler,
mais à relier.

Wataki n’est pas seulement une clinique.
Wataki est une histoire.
Une histoire qui commence bien avant nous,
bien avant les murs,
bien avant les plans et les chiffres.

Elle commence avec l’histoire amérindienne de Saint-Martin.

 

Quelle étape constitue l’ouverture de cette clinique dans votre développement ?

L’ouverture de la clinique Wataki est une étape structurante pour le groupe Manioukani. Elle marque notre implantation dans les îles du Nord et notre volonté d’y proposer une offre de soins de proximité, moderne et complète, adaptée aux réalités insulaires.

C’est aussi une étape de maturité : nous ne nous contentons plus de répondre à l’urgence, nous construisons des parcours de soins durables, intégrant réadaptation, prévention, formation et innovation.

  

Quel est votre regard sur la santé des Antillais et les réponses qui y sont apportées par les professionnels de santé ?

La santé des Antillais est marquée par des pathologies chroniques : diabète, hypertension artérielle dont les conséquences amènent trop souvent à l’insuffisance rénale chronique et/ou à accident vasculaire cérébral.

Les professionnels de santé effectuent un travail remarquable, souvent dans des conditions difficiles. Ce qui manque parfois, des structures intermédiaires, capables de prendre le relais entre l’hôpital et le domicile.

La clinique Wataki répond précisément à ce besoin : une prise en soins globale, coordonnée, humaine, centrée sur le retour à l’autonomie.

 

De nombreuses personnalités de la Caraïbe étaient présentes à l’inauguration de la clinique. Pourquoi cette présence si nombreuse ?

La clinique Wataki n’est pas un projet isolé, c’est un projet caribéen.

Sint-Marteen, Saint-Barthélemy, Anguilla, les îles voisines partagent des problématiques communes.
La présence de Mr Malcom WEBSTER et Evans ROGERS représentants du gouvernement d’Anguilla, ou encore le représentant du Prime Minister de Sint Maarten Mr Hensley PLANTIJN, traduit une attente collective : celle de coopérations sanitaires renforcées, de complémentarités plutôt que de concurrences.

 

Les Antilles françaises pourraient-elles être la capitale sanitaire de la Caraïbe ? 

Les Antilles françaises disposent d’atouts considérables : qualité des formations, niveau d’exigence médicale, cadre réglementaire, innovation.
Faire des Antilles françaises une destination sanitaire de la Caraïbe est une ambition, cela suppose une vision stratégique, des investissements durables et une logique de réseau. La clinique Wataki s’inscrit modestement dans cette perspective : faire des Antilles un pôle de référence en soins médicaux de réadaptation.

 

Plus précisément croyez-vous au tourisme sanitaire comme facteur de développement économique des Antilles françaises ?

Il ne s’agit pas d’opposer les populations locales aux patients extérieurs, mais de créer des structures capables de servir les habitants tout en accueillant des patients de la région caribéenne, dans des domaines précis comme la réadaptation, le post-opératoire ou la convalescence.

C’est un levier économique, oui, mais surtout un levier de structuration du système de soins.

 

La ministre du tourisme a rendu visite le 28 mars 2025 à l'Habitation Fonds Rousseau à Schoelcher en Martinique, propriété de Monsieur Pierre Sainte-Luce.

L’ancienne ministre du tourisme, Nathalie Delattre, a rendu visite le 28 mars 2025 à l’Habitation Fonds Rousseau à Schoelcher en Martinique, propriété de Monsieur Pierre Sainte-Luce.

Pierre Sainte-Luce, vous êtes également un amoureux d’histoire, propriétaire des manuscrits de Victor Schœlcher et de l’Habitation Rousseau en Martinique, également président des mécènes de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage présidée par Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre français. Vous travaillez aussi sur la mémoire des kalinagos, les peuples premiers de la Caraïbe. Quelle est l’unité de l’homme entre ce porteur de mémoire et cet acteur de la santé ?

La culture de la mémoire et l’histoire des Antilles nous rappellent combien le corps fut, longtemps, un lieu de souffrance, de domination, mais aussi de résistance silencieuse.

Prendre soin des corps, les réparer, les accompagner, c’est alors participer à une réparation plus vaste : celle de l’histoire elle-même, non par de grands discours, mais par la justesse des gestes, la constance des actes.Car la santé et la mémoire partagent une même exigence fondamentale : elles parlent toutes deux de dignité humaine, de cette nécessité profonde de reconnaître l’homme dans son intégrité, son histoire et son droit à exister pleinement.

 

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication