Edito
17H35 - mardi 20 janvier 2026

La Martinique : l’autre péril de l’ère Lecornu – Macron ? L’édito de Michel Taube

 

CTM fonds européens gabegie

L’information est passée presque inaperçue, comme occultée par la décision du gouvernement de recourir à l’article 49.3 pour faire adopter par l’Assemblée nationale le budget socialiste de l’État pour 2026. Lors du Conseil des ministres du lundi 9 janvier, le gouvernement de Sébastien Lecornu a pourtant adopté un projet de loi destiné à doter la Collectivité Territoriale de Martinique (la CTM) d’une autonomie renforcée dans la gestion de l’énergie, de l’eau et de l’assainissement.

Ce projet de loi s’inscrit, selon le gouvernement, « dans le cadre constitutionnel permettant aux collectivités régies par l’article 73 de la Constitution d’être habilitées à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières relevant du domaine de la loi ou du règlement », afin de prendre en compte leurs spécificités. Il répond à des demandes formellement exprimées par l’Assemblée de Martinique et vise à renforcer l’efficacité de l’action publique locale dans des domaines essentiels, l’énergie, l’eau potable et l’assainissement, notamment par la création et la mise en œuvre d’une autorité unique compétente en matière d’eau et d’assainissement sur le territoire martiniquais.

Et le gouvernement de conclure : « Par ces habilitations, le Gouvernement souhaite laisser l’Assemblée de Martinique construire, avec les acteurs locaux concernés, l’organisation de ces services publics dans un esprit de confiance. »

Le bât blesse doublement !

Efficacité et confiance sont précisément les deux maîtres mots qui soulignent les faiblesses de la CTM et les menaces qui pèsent sur ce projet de loi.

En effet, comment l’État et les Martiniquais peuvent-ils accepter de confier de nouveaux pouvoirs à une collectivité locale en quasi-cessation de paiement, qui souvent ne règle plus ses fournisseurs, et qui est dirigée par des élus ultra politisés et, pour beaucoup, indépendantistes ?

Déjà, lors de sa visite en Martinique en 2025, l’ancien ministre des Outre-mer Manuel Valls avait eu une altercation publique avec le président de la CTM, Serge Letchimy, au sujet des dettes et de la situation financière de la collectivité.

Depuis, la situation s’est encore aggravée, se traduisant par de nombreuses grèves, notamment dans les transports publics gérés par la CTM, et par des difficultés multiples de l’institution à gérer les fonds européens destinés aux entrepreneurs locaux. Des soupçons de cavalerie financière sont formulés avec insisiance.

La CTM, issue il y a dix ans de la fusion du département et de la région de Martinique, a accouché d’un machin institutionnel ingérable, confié à une équipe dont les compétences de gestion se sont révélées catastrophiques, et face à laquelle aucun contre-pouvoir, sinon l’Etat n’est en mesure de pondérer les aventures et les choix politiques.

Malheureusement, Emmanuel Macron, président de la République, et ses différents gouvernements successifs ont épousé l’idée selon laquelle les territoires d’Outre-mer devraient gagner en autonomie sur de larges pans de l’économie et de la société.

Autant on peut le comprendre s’agissant de la Nouvelle-Calédonie, territoire singulier, où l’accord de Bougival constitue une tentative audacieuse de sortie de crise institutionnelle, autant on ne comprend pas pourquoi, dans les Antilles, où les habitants sont massivement attachés à la France et sont profondément hostiles à toute velléité d’indépendance ou de rupture, les élus locaux, surtout en Martinique, s’engagent dans une surenchère autonomiste qui cache de plus en plus mal des risques de dérive indépendantiste.

Comment Paris peut-il ignorer que les discours autonomistes aux Antilles ou en Guyane sont portés par des indépendantistes et, souvent, par des jusqu’au-boutistes comme Rodrigue Petitot, qui a su pourtant, malgré ses actes de violences, imposer son discours sur la vie chère à l’ensemble des décideurs martiniquais, contre le bon sens et l’intérêt même des Martiniquais ?

De même, le président de la Collectivité de Martinique, Serge Letchimy, porte un projet de rupture qui se trouve de plus en plus dépassé par des extrémistes qui risquent fort de prendre le pouvoir en Martinique si l’État cède trop à ces velléités d’autonomie.

La priorité de la Martinique n’est certainement pas de renforcer les pouvoirs d’une collectivité incapable de se gérer elle-même. La priorité des Martiniquais, c’est la sécurité, la lutte contre le narcotrafic et le trafic d’armes, le pouvoir d’achat et non la vie chère, la formation, ainsi que le développement économique et touristique de l’île.

Pourquoi la Cour des comptes, ainsi que les institutions judiciaires, politiques nationales et européennes, ne se penchent-elles pas davantage sur la gestion de la CTM afin de remettre à plat les comptes d’une collectivité omnipotente qui étouffe de plus en plus les Martiniquais, au lieu de libérer leurs énergies et leur capacité d’agir ? Une mise sous tutelle de la CTM serait-elle nécessaire ?

Les projets de loi sur la vie chère et sur l’autonomie de gestion de la Martinique vont prochainement arriver sur les bancs de l’Assemblée nationale. A nos élus de prendre leurs responsabilités et de comprendre que l’avenir de la Martinique est plus que jamais dans l’ensemble français et non dans une fuite en avant autonomiste qui menace l’unité de la République et fait le jeu des rares indépendantistes.

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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