Edito
18H48 - samedi 7 mars 2026

La France des communes n’est pas la France du national. L’édito de Michel Taube

 

La France des communes n’est pas la France du national. L'édito de Michel Taube

Chaque année, lors du Congrès des maires de France organisé à Paris au mois de novembre, un fossé saute aux yeux. Des milliers de maires venus des 35 000 communes du pays échangent sur les réalités concrètes de l’action publique, la gestion des écoles, des routes, de la sécurité, de l’urbanisme ou de la vie associative. Et pourtant, les deux forces politiques les plus puissantes dans les urnes nationales et au Palais Bourbon y sont presque invisibles : La France insoumise et le Rassemblement national. La droite nationale comme l’extrême gauche restent en effet très peu représentées parmi les maires de France.

Cette France duelle, du national et du local, interroge. Comment des formations capables de mobiliser des millions d’électeurs lors des scrutins présidentiels ou législatifs peinent-elles à s’enraciner dans les territoires ? La réponse tient sans doute à la nature même de la politique municipale. Gouverner une commune exige un ancrage local, une proximité quotidienne, une culture de gestion et de compromis qui ne correspond pas toujours aux logiques plus idéologiques ou protestataires de la politique nationale.

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 modifieront-elles cet équilibre ? Rien n’est moins sûr.

Certes, quelques villes symboliques pourraient basculer, notamment au profit du Rassemblement national et de ses alliés. Nice, cinquième ville de France, fait ainsi partie des places fortes observées avec attention. Mais au-delà de quelques conquêtes possibles, il est probable que la structure globale du pouvoir municipal restera largement dominée par les forces politiques traditionnelles et les majorités locales souvent trans-partisanes.

La situation est d’ailleurs plus complexe du côté de la gauche radicale. Officiellement, La France Insoumise dirige peu de villes. Dans les faits, nombre de grandes métropoles gouvernées par des socialistes ou des écologistes appliquent des politiques publiques inspirées, soutenues ou influencées par les forces de l’extrême gauche. Paris, Strasbourg et plusieurs grandes villes illustrent cette réalité : les étiquettes partisanes diffèrent, mais les orientations idéologiques convergent souvent.

Seule une gauche unie peut conquérir des villes au second tour et c’est pourquoi nous sommes convaincus que LFI et le PS se retrouveront au soir du 15 mars pour conserver ou conquérir des bastions municipaux.

Ainsi se dessine une singularité française : un pays où les deux principales forces politiques de la scène nationale restent largement minoritaires dans l’exercice concret de la démocratie locale. Deux niveaux de perception des réalités coexistent alors, celui du débat politique national, souvent idéologique et spectaculaire, et celui des communes, plus pragmatique, plus enraciné, plus quotidien.

Comprendre cette dualité est essentiel. Car elle éclaire aussi nombre de blocages, d’incompréhensions et d’échecs qui traversent la vie politique française. Entre la France des plateaux de télévision et celle des mairies, entre les jacobins et les girondins, il existe parfois un fossé. Et tant que ces deux Frances continueront à s’ignorer, la politique nationale peinera à retrouver ce qui lui manque le plus : le sens du réel.

 

Michel Taube

Directeur de la publication